Idées

Quand les ados décident de descendre dans la rue à leur tour

posted by Vincent 2 avril 2023
Quand les ados décident de descendre dans la rue à leur tour

On a tendance à parler des collégiens comme d’une catégorie à part, encore trop jeune pour la politique, trop occupée par les contrôles et les groupes de discussion sur le téléphone. À Montreuil, en Seine-Saint-Denis, quelques adolescents sont venus rappeler que cette image leur va mal. Pendant que les adultes battaient le pavé contre les coupes budgétaires et la dégradation de l’école publique, eux ont voulu exister dans le mouvement, à leur manière, avec leurs mots et leur colère bien à eux.

La phrase qui résume leur état d’esprit tient en une formule lancée par l’un d’eux : les adultes manifestent, mais nous aussi on existe. Derrière cette petite provocation, il y a une réalité concrète. Les établissements de Seine-Saint-Denis cumulent les difficultés depuis des années. Classes surchargées, postes non remplacés, professeurs absents qu’on ne pourvoit pas, locaux qui se délabrent. Le collège Berthelot, dans la même commune, a connu une grève reconductible des équipes éducatives au printemps 2025, sur fond de gestion contestée et de situation jugée intenable.

Les collégiens qui se mobilisent ne font donc pas que copier leurs aînés. Ils vivent les conséquences directes de ces manques. Un prof absent pendant des semaines, c’est une matière qui disparaît du quotidien. Une classe à trente, c’est l’attention diluée, le bruit, l’apprentissage qui devient une épreuve. Ces gamins le ressentent dans leur chair scolaire, et ils ont décidé de le dire à voix haute plutôt que de le subir en silence.

Reste une question qui dérange les adultes : un collégien a-t-il le droit de faire grève ? Juridiquement, la grève est un droit attaché au salariat, ce qui ne concerne évidemment pas un élève de quatrième. Mais le mot a été repris par les adolescents comme un symbole, une façon de se ranger du côté de ceux qui se battent pour leur école. Et c’est là que ça devient intéressant. On assiste à une politisation précoce, parfois maladroite, souvent sincère, qui en dit long sur le climat d’une époque où la contestation déborde largement le monde du travail.

Les réactions oscillent entre l’attendrissement et l’agacement. Certains adultes y voient une belle prise de conscience citoyenne, d’autres une récréation déguisée, voire une manipulation par des plus grands. La vérité se loge probablement entre les deux. Ces jeunes ne maîtrisent pas tous les enjeux d’un budget de l’Éducation nationale, mais ils savent reconnaître une salle de classe qui ne tourne pas rond.

Au fond, ce qui se joue à Montreuil dépasse l’anecdote locale. Toute une génération grandit avec l’idée que sa parole vaut quelque chose, et qu’on peut l’exprimer ailleurs que dans un cahier de doléances scolaire. On peut sourire de leur naïveté ou s’inquiéter de leur précocité militante. On peut aussi y voir le signe rassurant que l’envie de peser sur le monde ne s’apprend pas qu’à l’âge adulte.

Crédit photo : DR

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