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Moins de pollution « grâce » au Coronavirus?

Posté par Celia Capella 24 mars 2020 0 commentaire

Ces derniers jours, la presse et les réseaux sociaux ont partagé en masse ce qui semble être la seule bonne nouvelle du moment. Avec le confinement de millions de personnes à travers le monde, les images satellite traçant les émissions polluantes montrent un déclin en Chine, et plus récemment au Nord de l’Italie. Berthine a tenté de comprendre l’impact réel du Coronavirus sur la pollution atmosphérique, et si il y a vraiment lieu de se réjouir pour l’environnement.

traçant les émissions polluantes montrent un déclin en Chine, et plus récemment au Nord de l’Italie. Berthine a tenté de comprendre l’impact réel du Coronavirus sur la pollution atmosphérique, et si il y a vraiment lieu de se réjouir pour l’environnement.

En Chine, une baisse remarquable des émissions polluantes

La Terre est scrutée par des centaines de satellites qui mesurent grâce à des instruments de pointe la composition de l’atmosphère. Certains, comme le satellite européen Copernicus Sentinel-5P, ont recueilli des données sur les concentrations de dioxyde d’azote (NO2) dans le ciel chinois entre le 20 Décembre 2019 et le 16 Mars 2020. Ce polluant est produit par la plupart des véhicules, les centrales à charbon ou encore les activités industrielles. Il est reconnu comme un poison violent, agissant notamment au niveau de la muqueuse des poumons, et est précurseur d’autres polluants comme l’ozone troposphérique (ou « mauvais ozone », un gaz à effet de serre) ou les nitrates originaires des pluies acides. C’est un peu le super-vilain des polluants, mais également un bon indicateur de l’impact de l’activité humaine sur la qualité de l’air.

Les images de l’agence spatiale européenne (ESA) parlent d’elles-même : on voit le voile de NO2 disparaître progressivement au cours du mois de janvier avant de ré-augmenter légèrement courant mars.

Ces données coïncident avec la mise en quarantaine de millions de citoyens chinois, mais aussi avec les célébrations du Nouvel An lunaire, qui provoquent généralement une baisse similaire des concentrations chaque année.

« Le dioxyde d’azote étant principalement produit par la circulation et les usines, il constitue un indicateur de premier niveau de l’activité industrielle dans le monde. Ce qui est clairement visible, c’est une réduction significative des niveaux de dioxyde d’azote en Chine, causée par la réduction de l’activité due aux restrictions COVID-19, mais aussi par le Nouvel An chinois en janvier. »

Josef Aschbacher, directeur des programmes d’observation de la Terre de l’ESA

D’après Claus Zehner, directeur de la mission Copernicus Sentinel-5P de l’ESA, « Nous pouvons certainement attribuer une partie de la réduction de la concentration de dioxyde d’azote à l’impact du coronavirus. Nous constatons actuellement une réduction d’environ 40 % par rapport aux villes chinoises, mais il ne s’agit là que d’estimations approximatives, car le temps a également un impact sur les émissions. »

Pour étudier cette chute de pollution, les données concernant la consommation de combustibles fossiles peuvent être analysées. Ci dessous se trouve un graphique publié par Carbon Brief, un site web basé au Royaume-Uni qui couvre les derniers développements en matière de science climatique, de politique climatique et de politique énergétique.

L’article date du début du mois de mars et appuie le constat d’une baisse de pollution due au coronavirus. Cette année, indiquée en rouge, la baisse habituelle de la consommation d’énergie autour du nouvel an a été prolongée de 10 jours jusqu’à début mars. En effet, le congé annuel a été prolongé pour donner au gouvernement plus de temps pour contrôler l’épidémie – et la demande est restée faible, même après la reprise officielle du travail le 10 février. De même, l’utilisation du pétrole brut montre des chiffres en déclin pour cette période. Ensemble, les réductions de l’utilisation du charbon et du pétrole brut indiquent une réduction des émissions de CO2 de 25 % ou plus, par rapport à la même période de deux semaines suivant la fête du nouvel an chinois en 2019.

Un impact écologique à relativiser

Cependant, une réduction de 25 % de la consommation d’énergie et des émissions pendant deux semaines ne permettrait de réduire les chiffres annuels que d’environ un pour cent. La Chine dispose également d’une surcapacité très importante dans toutes les grandes industries émettrices de CO2, ce qui signifie que les volumes de production – et les émissions – peuvent se rattraper rapidement après un arrêt, si la demande est là.

Pour la Chine, 2020 devait être l’année de la vitrine de sa réussite économique, marquant la réalisation de l’objectif de « construction d’une société modérément prospère », fixé il y a dix ans. Des taux de croissance du PIB nettement plus faibles pour cette année ne correspondraient guère au scénario. Si le gouvernement central devait compenser ces quelques semaines « à vide », il pourrait en résulter une augmentation globale des émissions de CO2.

A la suite de la crise financière de 2008, les émissions de CO2 chinoises s’étaient effondrées jusqu’à ce que Pékin effectue un investissement massif pour «relancer les secteurs économiques les plus énergivores et les plus polluants, rappelle Lauri Myllyvirta du Centre de recherche sur l’énergie et la propreté de l’air. Ceux qui croient pouvoir saluer une pause bienvenue dans l’urgence climatique doivent refréner leur optimisme. »

L’impact en Europe

En faisant des recherches pour mieux comprendre les données sur la chute de la pollution dans le nord de l’Italie suite au confinement, l’un des premiers liens qui m’a été proposé était le suivant :

Une affirmation. Pas d’arguments. Pas de source scientifique.

Si l’on en croit le site motor1.com, « il n’existe pas, du moins au niveau local, de lien direct de cause à effet entre la pollution atmosphérique et la réduction du trafic imposée par COVID-19. Quand le trafic diminue grandement, et que la pollution aérienne reste sensiblement la même, il semble normal de se demander si toute la politique de régulation mise en place partout ailleurs en Europe et notamment en France concernant l’automobile a réellement un impact concret sur la pollution. » Plutôt pratique quand on veut vendre des voitures, moins quand on veut vraiment comprendre ce qu’il se passe.

La réalité, c’est que des premières analyses partagées par l’agence spatiale européenne remarquent effectivement une baisse de la concentration de dioxyde d’azote dans l’air au dessus de l’Italie.

Cette réduction est particulièrement visible dans le nord de l’Italie, ce qui coïncide avec le verrouillage national visant à empêcher la propagation du coronavirus. Claus Zehner commente :

« La baisse des concentrations de dioxyde d’azote dans la vallée du Pô, dans le nord de l’Italie, est particulièrement évidente.Bien qu’il puisse y avoir de légères variations dans les données en raison de la couverture nuageuse et des changements météorologiques, nous sommes très confiants que la réduction des concentrations que nous pouvons observer, coïncide avec le verrouillage en Italie causant une diminution du trafic et des activités industrielles ».

Claus Zehner, directeur de la mission Copernicus Sentinel-5P de l’ESA

Cependant, la seule source à ce sujet est l’article de l’ESA (lien à la fin de cet article). Des études sur un temps plus long sont nécessaires pour confirmer l’impact du confinement et estimer l’influence des conditions météorologiques sur les données.

On peut remarquer également la concentration très importante des émissions polluantes dans le Nord de l’Italie en comparaison au reste de l’Europe. Cela s’explique par la présence de nombreuses industries polluantes dans cette zone, un problème bien connu en Europe. Dans un article de 2017, les Echos relayaient le ministère italien de la Santé, qui dénonçait la dangerosité de la pollution pour les citoyens. Il était alors estimé qu’en 2020, 21,5% des Italiens seraient exposés à des concentrations de particules fines supérieures aux seuils prescrits par la loi. Un taux qui passe à 34% dans le Nord et à 42,3% pour les résidents des centres villes.

Pire encore, cette mauvaise qualité de l’air et notamment la concentration en particules fines serait, d’après un article publié par la Société italienne de médecine environnementale , « un transporteur, pour
de nombreux contaminants chimiques et biologiques, y compris des virus« . L’analyse du nombre de cas de COVID-19 et de la pollution par les particules fines dans la plaine du Pô (Nord de l’Italie) semble indiquer une relation directe entre ces données. On note une augmentation anormale du nombre de cas, qui s’explique difficilement par les modèles épidémiologiques de contamination de personne à personne. L’article conclut que les concentrations particules fines ont pu exercer une action de « boost » à la propagation de l’épidémie dans la vallée du Pô.

Une affaire à suivre

La pollution atmosphérique et l’épidémie actuelle ont un lien important. Il sera intéressant de suivre leurs évolutions dans les prochains mois, pour mieux comprendre l’impact de l’activité humaine sur la planète mais aussi sur notre santé. Les analyses partagées dans les médias actuellement sont à relativiser, puisqu’elles répondent surtout à un besoin de nouvelles sensationnelles et « tendance » pour faire du clique.

Si de telles épidémies menacent à nouveau l’humanité dans les prochaines années, le travail des scientifiques est essentiel pour les combattre. Les avancées et les changements qui auront lieu suite à cette pandémie sans précédant ne pourront se faire sans des considérations environnementales, de manière cohérente avec les alertes des scientifiques concernant la qualité de l’air.

Sources

Ces prochains mois, on lira et entendra surement tout et n’importe quoi concernant l’impact de l’épidémie sur l’environnement. Pour en savoir plus, je vous conseille de jeter un oeil sur ces quelques sources :

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