
Il y a des rapports qu’on aimerait pouvoir balayer d’un revers de main, et puis il y a les chiffres. Ceux que publie le média et ONG Flagrant déni, spécialisé dans le suivi des violences policières, appartiennent à la seconde catégorie. Selon ce travail rendu public en novembre 2025, les violences policières auraient plus que doublé depuis 2016. Dans le même temps, la capacité de l’institution à les sanctionner, elle, s’est effondrée. Voilà l’équation qui devrait nous empêcher de dormir tranquilles.
Le cœur du problème tient en un mot : l’élucidation. Flagrant déni avance un taux d’élucidation de l’ordre de 25 % pour l’ensemble des enquêtes, et pas seulement celles confiées à la police des polices. Autrement dit, dans trois cas sur quatre, la plainte se perd dans les méandres administratifs sans que personne ne réponde de rien. Quand on sait que ces affaires concernent des citoyens face à des agents censés les protéger, le déséquilibre saute aux yeux.
Le rapport pointe aussi une anomalie de fond. Dans la grande majorité des cas instruits par l’IGPN, l’enquête est menée par des policiers sur d’autres policiers. La jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme réclame pourtant une indépendance réelle des enquêteurs. Or cette indépendance ferait défaut dans environ 90 % des dossiers de la police des polices en France. C’est cette mécanique de l’entre-soi qui mine la confiance et qui, à force, ridiculise le pays sur la scène internationale.
À ce tableau s’ajoute un autre volet, encore plus sombre, documenté par le média d’investigation Disclose. Entre 2012 et 2025, l’organisation a recensé 429 victimes déclarées de violences sexuelles commises par des policiers et des gendarmes, impliquant 215 agents de tous grades. Ces affaires-là touchent à l’intime, et leur accumulation interroge sur la capacité de l’institution à faire le ménage dans ses propres rangs.
Faut-il pour autant tomber dans le réquisitoire global contre une profession ? Non, et ce serait même contre-productif. La grande majorité des policiers font leur métier dans des conditions difficiles, sous tension, avec des moyens comptés. Le problème n’est pas l’uniforme, c’est l’impunité. Quand un système organise sa propre absence de sanction, il fragilise autant les citoyens que les agents intègres, qui se retrouvent associés aux dérapages d’une minorité jamais inquiétée.
Reste la vraie question, politique celle-là. Confier le contrôle de la police à une instance vraiment indépendante reviendrait à reconnaître que l’auto-régulation a échoué. Aucun gouvernement n’aime ce genre d’aveu. Pourtant, à mesure que les chiffres s’empilent et que les condamnations européennes se profilent, le statu quo devient intenable. La France aime se présenter en patrie des droits de l’homme. Encore faudrait-il que ses propres forces de l’ordre ne transforment pas le slogan en mauvaise plaisanterie.
Crédit photo : DR
Sur les logiques des violences policières en France, l’essai d’Arié Alimi va au fond du sujet.
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