
On aimerait croire que le charbon appartient au passé, à une époque de cheminées d’usine et de mineurs au visage noirci. La réalité financière est nettement moins romantique. Les grandes banques continuent d’alimenter la machine, tout en jurant la main sur le cœur qu’elles s’en désengagent.
Le décalage est saisissant. D’un côté, des communiqués léchés annonçant des politiques climatiques ambitieuses et une sortie programmée du charbon. De l’autre, des transactions bien réelles qui financent encore des entreprises développant de nouvelles mines et de nouvelles centrales.
En France, le trio de tête est connu : BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale. Selon les travaux menés par des ONG comme Reclaim Finance ou les Amis de la Terre, ces établissements ont continué à soutenir des groupes problématiques, parfois ceux-là mêmes qui ouvrent de nouveaux projets fossiles.
Le mot qui revient, c’est greenwashing. Une communication taillée pour donner l’image d’un engagement écologique, alors que les flux d’argent racontent une autre histoire. La promesse verte d’un côté, le chéquier discret de l’autre.
Les banques, elles, contestent cette lecture. Elles mettent en avant une baisse réelle des montants accordés au charbon ces dernières années, parfois de l’ordre de 60 %. BNP Paribas, par exemple, souligne que l’ensemble du secteur a vu les financements chuter sous le milliard d’euros. La tendance existe, personne ne le nie.
Le problème, c’est qu’une baisse n’est pas un arrêt. Tant qu’un seul euro finance l’ouverture d’une nouvelle centrale, l’engagement de sortie reste une formule, pas un fait. Et en matière de climat, ce sont les nouveaux projets qui font le plus de dégâts à long terme.
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Là où ça devient vertigineux, c’est qu’on parle de notre argent. Les sommes qui dorment sur nos comptes courants, nos livrets, nos contrats d’assurance-vie, servent en partie à financer ces choix. Le citoyen qui trie ses déchets le dimanche peut, sans le savoir, alimenter une mine de charbon le lundi.
D’où l’intérêt de regarder de près ce que fait sa banque, et pas seulement les couleurs de son application mobile. Quelques établissements plus engagés existent, des comparatifs circulent, et changer de crèmerie n’a jamais été aussi simple qu’aujourd’hui.
Le charbon reste l’énergie la plus émettrice de CO2, celle qu’il faudrait abandonner en premier si l’on prenait les objectifs climatiques au sérieux. Voir le secteur bancaire avancer à reculons sur ce dossier a quelque chose de profondément agaçant.
Alors oui, les choses bougent, lentement. Mais entre le rythme des promesses et celui des actes, il reste un fossé que les rapports d’ONG s’obstinent, année après année, à venir mesurer. Tant mieux.
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