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Mères isolées : le réseau des CIDFF s’engage contre la précarité

Posté par Maxima 8 décembre 2019 0 commentaire

Par Léa Guichard, Conseillère technique violences, santé, conjugalité, parentalité, éducation à la FNCIDFF

Le thème de la monoparentalité n’est pas nouveau. Depuis début 2019, le gouvernement a lancé plusieurs conférences sur le sujet – sous l’égide de Marlène Schiappa – permettant ainsi de le mettre un peu plus en avant. Les associations de terrain ont cependant détecté depuis longtemps déjà les difficultés spécifiques rencontrées par les mères isolées.

En 1980, ce que l’on appelait alors le CIF (Centre d’Information Féminin) publiait une étude sur la situation des « femmes seules »1. Ce rapport évoque la question de la monoparentalité, plus particulièrement la situation des mères isolées (qui représentaient déjà 80 % des personnes en situation de monoparentalité) en lien avec la précarité économique. Les mères isolées sont surreprésentées parmi les ouvrières et travailleuses domestiques. Leurs ressources sont faibles et elles sont en moyenne moins diplômées que les mères en couple. Malgré les évolutions du monde du travail en France, ce constat reste exact. Les associations féministes soulignent que les femmes en situation de monoparentalité rencontreNT des difficultés spécifiques dans tous les domaines, allant du logement à la santé et bien d’autres encore.

Les Centres d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF) accueillent, informent et orientent des centaines de milliers de femmes en France, dont près de 24 % de mères seules. Elles sont accompagnées par une très grande variété de professionnel.le.s dans plusieurs domaines de leur vie. On trouve ainsi dans les CIDFF des juristes, des travailleur.euse.s sociaux, des psychologues, etc.

Pour la première fois depuis sa création (en 1972), la Fédération Nationale des CIDFF publie un rapport sur les situations des femmes reçues en 2018 et se concentrent plus particulièrement sur les femmes en situation de monoparentalité. Nous vous présentons dans cet article les grandes lignes de ce rapport.

1LAGARDE Marie-Christine, « Campagne d’information ‘Femmes seules‘. Pré-étude réalisée pour le ministre délégué à la condition féminine », Centre d’Information Féminin, janvier 1980.

Comment définir la monoparentalité ?

En France, la notion de monoparentalité est apparue dans les années 1970. Il en existe cependant plusieurs définitions. L’Insee et la Dress privilégient la résidence comme critère de monoparentalité alors que les CAF préfèrent appréhender la monoparentalité à travers la situation budgétaire du parent en situation de monoparentalité.

Le critère de la résidence des deux parents ne saurait justifier seul d’une situation de monoparentalité (même si ce critère reste important). La résidence séparée des deux parents n’est pas synonyme de monoparentalité, il peut s’agir de personnes séparées pour des raisons professionnelles mais où les deux parents sont investis dans la vie de famille et l’éducation des enfants. De même, la cohabitation effective des deux parents ne signifie pas systématiquement une prise en charge conjointe et égale des deux parents (la répartition sexuée du travail illustre que les femmes assument davantage les charges domestiques et éducatives que les hommes). Dans ce cas de figure, on ne parle pas de monoparentalité, mais de parentalité inégalitaire.

Quelles sont les origines de la monoparentalité ?

Auparavant, la majorité des foyers monoparentaux faisaient suite au décès de l’un des deux conjoints (le plus souvent du père). Cela n’est plus que le cas de 10 % des foyers monoparentaux1.

Aujourd’hui, les causes sont multiples. Selon l’enquête réalisée par le FNCIDFF auprès de son réseau, la séparation ou le divorce mais aussi l’existence de violences au sein du couple sont les deux causes principales étant à l’origine de la situation de monoparentalité.
La FNCIDFF reprend la terminologie de « foyer monoparental » adoptée par le Haut conseil de la famille en 2010, et retient la définition de la CAF.

La situation de monoparentalité se définit également à travers la situation d’isolement du parent isolé face à l’éducation des enfants. La prise en charge financière, mais aussi éducative et affective, d’un ou plusieurs enfants par un seul parent constitue une situation de monoparentalité.

1OlivierChardon, Fabienne Daguet, Émilie Vivas, « Les familles monoparentales. Des difficultés à travailler et à se loger », INSEE, n°1195, 2008

La monoparentalité en quelques chiffres :

Le stigmate des mères isolées

La stigmatisation négative des mères de foyers monoparentaux est une problématique à part entière. En effet, être une mère seule avec un ou plusieurs enfants ne correspond pas à la norme de la famille traditionnelle (nucléaire et hétérosexuelle).

C’est ce que démontre Manon Réguer-Petit dans son article « Mères seules et belles-mères. Normes conjugales et maternelles en tension » :

La séparation développe les discours de rupture les plus forts avec un modèle familial caractérisé par la conjugalité et la complémentarité des rôles parentaux1.

Les mères isolées disent ressentir également une stigmatisation des institutions. Ce manque de considération infantilise les mères (surtout les jeunes mères) au lieu de les considérer comme des adultes responsables.

Il existe par ailleurs un double standard dans la représentation des familles monoparentales. Alors que les mères monoparentales sont stigmatisées, qu’on leur reproche régulièrement de ne pas savoir offrir à leurs(s) enfant(s) les pleines conditions de leur épanouissement, voire de les mettre en danger dès qu’elles travaillent trop, ou que leurs revenus sont trop bas, les pères monoparentaux sont davantage présentés comme des « héros modernes ». Cette situation reflète la perception différenciée de l’investissement parental des hommes et des femmes, puisqu’il est considéré comme normal que les mères soient présentes au quotidien et qu’elles accomplissent la majorité des tâches liées à l’entretien du foyer, du suivi scolaire et des activités extrascolaires des enfants, tandis qu’un investissement même moindre de la part des pères est souvent salué comme extraordinaire2.

1RÉGUER-PETIT Manon, « Mères seules et belles-mères. Normes conjugales et maternelles en tension. », Genre, sexualité & société, n° 16, Automne 2016

2BRUGEILLES Carole, SEBILLE Pascal, « La participation des pères aux soins et à l’éducation des enfants. L’influence des rapports sociaux de sexe entre les parents et entre les générations », CNAF – Politiques sociales et familiales, n° 95, mars 2009

27 recommandations pour lutter contre la précarité des mères isolées

Face aux inégalités entre les femmes et les hommes dans l’éducation des enfants, aux injonctions de genre subies par les femmes pour être de « bonnes mères » et au désengagement des pères, la première recommandation indispensable formulée par la FNCIDFF est celle de l’éducation et de la formation. Pour ce faire, il faut :

  • Veiller à la mise en œuvre de toutes les mesures législatives et politiques tendant à la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes au sein de l’Éducation nationale
  • Former tou·te·s les professionnel·le·s (du soutien à la parentalité, de la justice, des forces de l’ordre, de l’éducation, des entreprises, de la fonction publique…) à l’égalité entre les sexes, et notamment les médiateurs et médiatrices familiales afin qu’il·elle·s soient les garant·e·s du caractère égalitaire des accords mis en œuvre.

La spécificité des freins rencontrés par les mères isolées nécessite un accompagnement spécialisé et une réelle prise en considération de la monoparentalité dans la législation, les dispositifs, les politiques publiques. C’est pourquoi la FNCIDFF adresse 27 recommandations aux pouvoirs publics pour :

  • Prévenir la rupture du couple ;
  • Accompagner les mères isolées pour faciliter leur accès aux droits, à leur autonomie, au logement ;
  • Accompagner et soutenir les mères isolées dans la fonction parentale et l’implication des pères dans la coparentalité ;
  • Favoriser l’insertion professionnelle des mères isolées en leur facilitant l’accès et le maintien dans l’emploi ;
  • Accompagner les mères isolées, dont les proches aidantes, vers la sortie des violences et l’accès à la santé.

La reconnaissance de ce public, de ses problématiques et la mise en place de réponses adaptées sont les conditions sine qua non pour réduire les inégalités dont les mères isolées sont victimes, pour stopper la précarisation de ces femmes en croissance permanente, et pour avancer vers une égalité réelle entre toutes les femmes et tous les hommes.

Sources :

BRU Vincent, « Rapport fait au nom de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République, sur la proposition de loi relative au principe de garde alternée des enfants (n° 307) », Assemblée nationale, 22 novembre 2017.

BRUGEILLES Carole, SEBILLE Pascal, « La participation des pères aux soins et à l’éducation des enfants. L’influence des rapports sociaux de sexe entre les parents et entre les générations », CNAF – Politiques sociales et familiales, n° 95, mars 2009.

CHARDON Olivier, DAGUET Fabienne, VIVAS Émilie, « Les familles monoparentales. Des difficultés à travailler et à se loger », INSEE Première, n° 1195, juin 2008.

GUICHARD Léa, PAPON-BAGNES Julie, « Zoom. Mères isolées : quelles problématiques, quelles réponses ? », FNCIDFF — CIDFF Infos, n° 225, juin 2019.

LAGARDE Marie-Christine, « Campagne d’information ‘Femmes seules‘. Pré-étude réalisée pour le ministre délégué à la condition féminine », Centre d’Information Féminin, janvier 1980.

RÉGUER-PETIT Manon, « Mères seules et belles-mères. Normes conjugales et maternelles en ten­sion. », Genre, sexualité & société, n° 16, Automne 2016.

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