Témoignages

Allez, viens à la Morinière

Posté par Ju le Zébu 10 décembre 2019 0 commentaire

Samedi soir, nord des Deux-Sèvres, dans le bocage bressuirais. Je bois une bière avec mes amies d’enfance. Je comprends qu’elles prévoient de sortir ce soir et j’imagine qu’elles vont aller en boîte. Comme je suis du genre pantouflarde et que les dernières fois qu’elles m’ont proposé de les accompagner je leur ai dit « non », elles n’ont pas osé m’en parler. Mais ce soir, j’ai bien envie de me changer les idées. Je leur demande donc où est-ce qu’elles comptent aller. Un peu surprises de mon intérêt mais ravies, elles m’invitent tout de suite à me joindre à elles. C’est décidé nous irons toutes les trois. Rendez-vous à 1h30. Nous allons en boîte à la Morinière.

La dernière fois que j’ai mis les pieds à la Morinière, j’avais 16 ou 17 ans (j’en ai maintenant 24). D’ailleurs, la boîte de nuit s’appelait alors La Vache qui Vole. Et oui, on est à Moncoutant et c’est une ancienne étable ou un autre bâtiment agricole du genre. Pour certain·e·s, ça n’a peut-être l’air de rien mais une boîte de nuit en pleine cambrousse à moins de 15 minutes de chez nos parents, ça ne court pas les campagnes. Vous le comprendrez mieux si vous faites ou avez fait partie de cette jeunesse rurale qui doit s’organiser avec ses parents ou le grand-frère insomniaque pour faire plus de trente minutes de route afin d’aller danser, boire, peut-être choper, jusqu’au petit matin.

Je ne me souviens pas de la dernière fois que je suis allée en boîte. Ça doit faire un moment. Je n’ai jamais trop aimé ça et de la Vache qui Vole notamment, je n’ai pas d’excellents souvenirs. Ce que j’aimais toujours le plus, c’est me préparer pour sortir. Dans le choix des vêtements et du maquillage, je me projetais finalement plus dans une soirée qui ne sera pas aussi grandiose que le sont mes attentes. Et puis, il faut le dire, par rapport aux autres clubbers, je suis toujours un peu en décalée. Pas assez à l’aise, pas assez sexy… Pas assez ou trop de chose à la fois. En bref, ce n’est pas mon truc. Ça m’avait donc bien arrangé que mes ami·e·s à la fac soient plus adeptes des verres en ville et des soirées en appart.
Mais ce soir, j’ai juste envie d’aller m’amuser avec mes amies, pas de me prendre la tête. C’est un exercice de légèreté et je vais faire en sorte que mes angoisses d’adolescente mal à l’aise ne me suivent pas cette nuit. A la limite, j’y vais juste pour danser n’importe comment. Tant que c’est parfaitement assumé, ça passe !

Dès le moment où nous avons acté que je viendrais, je me suis mise à réfléchir (avec une certaine fébrilité) à ce que j’allais porter. Une de mes amies me rassure en disant qu’aujourd’hui, ce n’est pas prise de tête de sortir en boîte et elle ajoute que je peux même y aller habillée comme je suis. Oh non, quand même. Dans mon imaginaire, la boîte de nuit peut être le lieu de toutes les extravagances ! Mais bon, j’opte pour une tenue noire plutôt élégante et surtout confortable (de super baskets vert-bouteille au lieu de talons jamais assez hauts et toujours trop douloureux). Mes amies aussi sont restées plus simples que dans mes souvenirs : jeans, blouse ou chemisier et petite fantaisie sur les talons ou le manteau en fausse fourrure. Franchement, à nous trois, nous avons plutôt la classe. Un petit verre de rouge avant de décoller et nous voilà en route pour Moncoutant.
Dans le petit centre-ville, pas un chat. Nous poursuivons notre chemin jusqu’à la sortie (si vous voyez où se trouve la réserve de pêche de Pescalis, c’est par-là).

Comme un phare dans la nuit, brille un énorme lampadaire sur parking déjà bien rempli. Nous laissons nos pulls superflus dans la voiture puis nous dirigeons vers la porte d’entrée (qui ressemble à un truc blindé). Nous sonnons puis un vigile bien baraqué comme il faut nous laisse entrer. Étape numéro 1 : le vestiaire. Il y a un peu de monde avant nous. Le type qui se charge des manteaux, la cinquantaine et l’air fatigué, galère confusément à être efficace. Finalement, il prend nos affaires et oublie de faire payer une de mes amies. C’est deux euros de gagnés pour elle. Étape numéro 2 : payer nos entrées. Cela semble un peu illogique mais les caisses sont situées après le vestiaire. Et la file d’attente est toute engorgée. C’est long. Ça nous laisse un peu le temps de voir ce (et celleux) qui nous entoure. Sur le mur en face, sont accrochés les objets trouvés. Beaucoup de boucles d’oreilles solitaires et quelques cartes de crédit (Mozaic Jeune du Crédit Agricole majoritairement). Il y a maintenant beaucoup de monde autour de nous. Et le monde a l’air jeune. Moyenne d’âge : 19 ans. Des mecs qui bousculent un peu et parlent fort. Des filles qui se faufilent. Mes observations font rire mes amies : « Pour Juju, tout est une expérience ! ». C’est en attendant dans la queue que nous avons l’idée de cet article.

Enfin, nous approchons de la caisse. Ce soir, l’entrée est à 12 euros et comprend un cocktail alcoolisé ou une bouteille pour trois. Nous optons pour les cocktails. L’une de mes amies nous glisse qu’elle trouve l’un des caissiers mignon. Surprise, il était dans mon master l’an dernier. Pour le coup, c’est improbable.

Nos entrées réglées, nous pénétrons dans l’enceinte des festivités. Dans l’angle à gauche, se trouve le bar tout en longueur, avec quelques sièges hauts. Au fond, se dresse l’estrade où le DJ passe ses sons. Devant lui s’étend, en forme rectangulaire, la piste de danse. Elle est surmontée de spots lumineux et d’une énorme boule à facettes. Sur les cotés de la piste, il y deux surélévations sur lesquels on peut aussi danser. Toute la droite de la pièce est composée de petits groupes de canapés et de fauteuils, où quelques personnes boivent des coups et où plus tard, les épuisé·e·s ou les trop bourré·e·s iront s’affaler. Pour le moment, il y a surtout du monde au bar et en train de danser. Mais contrairement à mes souvenirs, ce n’est pas oppressant.

Avant toute chose, nous allons aux toilettes. Il vaut mieux y aller maintenant plutôt que dans deux heures (on ne sait pas à quoi vont ressembler les WC après quelques vomis ou autre). Ici aussi, il y a un peu de file d’attente. Les portes ne ferment pas, donc il faut que l’une d’entre nous la bloque de l’extérieur.
Après, histoire de se mettre en jambe, nous allons chercher notre cocktail. Il faut attendre un peu aussi et finalement une serveuse nous demande ce que l’on veut. Le cocktail en question (que j’imaginais classe avec un petit parasol) est un verre de Ti-Punch sorti d’un bidon et servi dans un gobelet en plastique jetable. Bon, nous nous en fichons. Nous rigolons et buvons. Direction la piste de danse. Mes amies savent très bien danser. Elles sont à l’aise et s’amusent. J’ai un mince filet d’angoisse (OMG, comment on bouge un pied devant l’autre ?). Mais je me dis que personne ne me surveille et qu’il suffit d’écouter un peu le rythme, ce que je fais et j’y prends plaisir aussi. Je n’aurais pas autant la classe qu’elles mais à bien regarder, c’est le cas de pas mal de gens autour de nous.

D’ailleurs, les gens autour de nous. Parlons-en. Je suis presque déçue de ne pas apercevoir de têtes connues, datant du collège. Sur un ton un peu railleur, ma mère a dit plus tard, qu’ils ont tous des bébés maintenant et qu’ils ne peuvent plus sortir. Je n’en sais rien. Bébé ou pas, ils ne sont pas là. Du reste, en effet, niveau vestimentaire, ce n’est pas prise de tête. Ils sont habillé·e·s pour la plupart comme ils ou elles iraient au lycée (bah oui, iels vont sûrement encore au lycée huhu). Les filles ne sont pas dénudées à l’extrême comme ça pouvait être le cas avant. La majorité d’entre elles sont d’ailleurs en jeans et baskets, confortables pour danser. Les garçons sont pour certains en jeans et chemise, pour d’autres juste en T-Shirt ou en pull. Il y en a même un en mode bobo avec une polaire ! Au moins, iels ne vont pas prendre froid ce soir. Je me demande même s’iels n’ont pas un peu trop chaud. Mais bon, à la limite, ça me met plus à l’aise. Tant que ça ne sent pas la transpi ! Dans mes souvenirs, la boîte de nuit, ça puait grave les hormones. Ça se roulait des grosses pelles au milieu de tout le monde. Des trucs comme ça. Là, tout le monde ou presque se contente de danser, rire et picoler.

Il y a bien quelques exceptions. Deux ou trois filles habillées très court et au grand décolleté et quelques mecs, le froc au niveau des genoux (là, je dois quand même dire que je n’avais plus vu ça depuis super longtemps), qui se frottent les uns aux autres de manière très explicite sur la piste. Pour le coup, ce sont eux qui ont l’air d’être en complet décalage avec l’ambiance qui règne. Ils ont même l’air bien vulgaire.

Nous poursuivons notre soirée en alternant danse, pause clopes, cocktails (coca/rhum pour moi). Vers 4h, on annonce le concert d’une bien grande célébrité sur le déclin, Makassy. Vous connaissez ? Moi pas. Et les jeunes autour devaient encore être au primaire ou au début du collège lorsqu’il avait du succès. Makassy est précédé d’une chanteuse dont je n’ai pas compris le nom et qui ne chante pas très bien. Puis, il arrive, fait crier les gars dans la salle, puis les filles (en boîte à la Morinière, on aime encore bien faire la différence entre les deux genres), puis il fait crier tout le monde avant de commencer. Il met l’ambiance, fait monter des gens sur scène, nous apprend des pas de danse. Dans l’ensemble, c’est marrant.

Grand poète ce Makassy. En boîte je n’avais pas compris les paroles. Apparemment, il ne sait pas que lui aussi peut se retrouver en dessous sans avoir honte. Mais bon.

Apparemment, la Morinière a accueilli l’été dernier La Fouine. C’est le bon plan pour les nostalgiques !

A un moment dans la soirée, un mec vient saluer une de mes amies. C’est un ex à elle du lycée (sa période « dark »!). Il est super alcoolisé et après lui avoir parlé, va s’affaler sur des marches pas loin. Nous sommes inquiètes de le voir comme ça et seul. Mon amie va donc voir son épave d’ex mais revient vite vers nous. Dans son demi-coma, alors qu’elle s’inquiète pour lui, il lui a demandé si elle essayait de le choper. Pauvre type. Plus tard, deux vigiles bousculent tout le monde sur la piste de danse pour venir l’évacuer sans ménagement par la sortie de secours. Nous ne voyons pas bien ce qu’il se passe mais ils ont l’air de juste le poser par terre dehors, peut-être vomissant. Il est en T-Shirt, nous sommes en décembre et surtout il n’est pas en état de veiller sur lui-même. La bienveillance est de mise ici, dis donc.

Niveau musical, c’est un peu hétéroclite ! Comme on est en France et comme on est en Deux-Sèvres en plus, on n’échappe pas aux années 1980, légèrement adaptées aux sons de boîte. Je prends d’abord un peu peur (« Mon Dieu, pitié, faîtes que l’on n’écoute pas Indochine toute la nuit »). Mais heureusement, ça ne dure pas. Il y a bien sûr maître Makassy (« Baby je vais et je viens »!) mais aussi des sons de zouk, des choses bien contemporaines (Aya Nakamura pour ne citer qu’elle). Vers 5h, l’ambiance musicale prend un tournant un peu teufeur. Clairement, ce n’est pas notre délire. Nous rentrons vers 6h.

Aussi improbable que cela puisse paraitre, j’ai passé une très bonne soirée à la Morinière. A partir du moment où on est avec ses potes et que l’on ne prend pas tout ça au sérieux, même Makassy est un bon camarade pour danser. Et puis, il faut se le dire, aller en boîte à Moncoutant, c’est un peu un voyage en Terre Inconnue !

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