
Il y a des énigmes scientifiques qui ont quelque chose de poétique. Celle-ci en fait partie. Depuis 2022, les radiotélescopes captaient d’étranges battements venus de l’espace, des bouffées d’ondes qui revenaient toutes les quelques minutes, parfois toutes les quelques heures, sans qu’on sache d’où elles sortaient. Le ciel pulsait, et personne ne savait dire pourquoi.
Ce qui rendait l’affaire si têtue, c’est que ces signaux ne ressemblaient à rien de connu. On sait depuis longtemps reconnaître les pulsars, ces étoiles à neutrons qui tournent à toute vitesse et balaient le ciel d’un faisceau radio en quelques secondes. Là, le rythme était mille fois trop lent. Aucun modèle ne tenait. Les astronomes appellent ça des transitoires radio à longue période, ce qui est une jolie façon de dire qu’ils n’y comprenaient pas grand-chose.
C’est un doctorant de l’université de Sydney, Kovi Rose, qui a fini par dénouer le fil. Pas en braquant un télescope plus gros, mais en croisant les regards. Plutôt que de s’enfermer dans la seule radio, il a ajouté l’optique, l’ultraviolet et les rayons X, et l’image a surgi.
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Derrière la source baptisée ASKAP J1745, il n’y avait pas une étoile solitaire, mais un couple. Une naine blanche, vestige d’étoile presque aussi lourd que le Soleil concentré dans un volume à peine plus grand que la Terre, et une petite naine rouge, dix fois plus légère. Les deux tournent l’une autour de l’autre en moins d’une heure et demie, dans une étreinte si serrée que la naine blanche arrache en continu du gaz à sa compagne. Une étoile qui dévore lentement sa voisine, et dont le choc des champs magnétiques crache des ondes radio.
La trouvaille, publiée début juin dans Nature Astronomy, tient à un détail magnifique : les rayons X et les ondes radio battent presque sur le même tempo, toutes les 1,345 heure. C’est l’orbite elle-même qui sert d’horloge. Rose parle d’une pierre de Rosette, une clé pour déchiffrer toutes les autres sources du même genre.
On adore ces histoires-là. Un jeune chercheur, un peu d’obstination, et une énigme qui traînait depuis quatre ans finit par tomber. Rien ne dit que tous ces signaux cachent une étoile affamée, certains relèvent peut-être d’autre chose. Mais on tient enfin un cas net, observé sous plusieurs lumières à la fois. Le ciel garde ses secrets, mais un peu moins qu’hier.
Crédit photo : Carl Knox (OzGrav, Swinburne) & Joshua Pritchard (CSIRO)





