Culture

La Voisine danoise : sur Arte, une espionne à la retraite met le feu à son immeuble de Reykjavik

posted by Vincent 1 février 2026
La Voisine danoise : sur Arte, une espionne à la retraite met le feu à son immeuble de Reykjavik

Cultiver des carottes et ne plus jamais devoir être aimable. Voilà le programme que s’était fixé Ditte Jensen, agente d’élite des services secrets danois, au moment de raccrocher pour s’installer dans un petit immeuble d’une banlieue tranquille de Reykjavik. Vous vous en doutez, rien ne se passe comme prévu.

La Voisine danoise, à découvrir sur Arte et sur arte.tv, tire de ce postulat une série d’espionnage aussi drôle que grinçante. Car notre retraitée a beau aspirer à l’anonymat, elle reste fidèle à elle-même : un sens de la justice chevillé au corps, des méthodes pour le moins expéditives, et une fâcheuse tendance à s’immiscer dans les affaires de ses voisins, qu’ils le veuillent ou non.

Le résultat tient du mélange improbable et réjouissant. D’un côté, une mécanique de thriller, avec surveillance, manipulations et coups tordus. De l’autre, une satire sociale qui observe au scalpel les hypocrisies du voisinage, les petites lâchetés ordinaires et les façades bien lisses du vivre-ensemble. Ditte joue les redresseuses de torts, tour à tour enjôleuse et vengeresse, cuisinière émérite et redoutable tortionnaire.

Le Danemark, lui, ne goûte pas vraiment cette retraite islandaise. La Couronne dépêche un tandem d’agents passablement maladroits pour rapatrier l’insoumise. Leur confrontation avec cette dame de fer donne quelques-unes des scènes les plus savoureuses de la série.

Derrière la caméra, on trouve l’Islandais Benedikt Erlingsson, à qui l’on devait déjà le formidable Woman at War, cette fable écolo où une quinquagénaire sabotait des pylônes électriques. On retrouve ici le même goût pour les héroïnes indociles et l’humour pince-sans-rire nordique. Il cosigne le scénario avec Ólafur Egilsson, sur une musique de Matti Kallio.

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Et puis il y a Trine Dyrholm. L’immense actrice danoise, révélée chez Thomas Vinterberg, compose une Ditte magnétique, tout en froideur méthodique et en failles à peine esquissées. Son jeu précis et retenu nourrit un suspense permanent où chaque regard pèse son poids. Rien que pour elle, la série vaut le détour.

Télérama a salué une série « réjouissante », aux dialogues ciselés et à la noirceur riante. On confirme. C’est mordant, délicieusement amoral, et le quotidien d’un couloir d’immeuble y devient le terrain de jeu d’une dramaturgie incisive.

Quelques réserves ? Le rythme prend parfois son temps, façon série nordique, et il faut accepter le côté volontiers déjanté de l’ensemble. Mais si vous aimez les polars scandinaves qui ne se prennent pas au sérieux, les héroïnes revêches et l’ironie qui pique, vous allez passer un excellent moment.

À savourer un soir d’hiver, avec un plaid et une tasse de quelque chose de chaud. Ditte, elle, n’approuverait probablement pas tant de mollesse.

Crédit photo : DR

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