Culture

Ali Akbar, la dernière voix qui crie l’actualité dans les rues de Paris

posted by Vincent 5 août 2021
Ali Akbar, la dernière voix qui crie l'actualité dans les rues de Paris

Il existe encore, à Saint-Germain-des-Prés, un homme qui vend les journaux comme on le faisait il y a un siècle : en les criant. Ali Akbar est le dernier crieur de journaux de Paris, vestige vivant d’un métier que le numérique a quasiment rayé de la carte.

Son histoire commence loin de la capitale. Né dans la pauvreté au Pakistan, il enchaîne très jeune les petits boulots pour s’extraire d’une enfance difficile. Marin, plongeur dans un restaurant de Rouen, il connaît la France par sa face la plus rude, celle du travail précaire.

C’est à Paris que sa vie bascule. Il y croise Georges Bernier, le fameux professeur Choron, cofondateur d’Hara-Kiri, qui lui confie ses premiers journaux à écouler. Le voilà lancé dans la rue, sa pile sous le bras et la voix en avant.

Dans les années 1970, il jette son dévolu sur le sixième arrondissement, alors quartier d’étudiants où l’on mangeait pour pas cher. Devant Sciences Po, rue Saint-Guillaume, il apprend le français au contact des jeunes qui défilent.

Et pas n’importe lesquels. Il raconte avoir croisé là un certain Édouard Philippe, futur Premier ministre, et bien d’autres devenus ministres ou députés. Toute une génération de la classe politique française a, d’une certaine façon, grandi à portée de sa voix.

Son génie, il le déploie dans les années 1980, quand il se met à inventer ses propres titres. Un crieur ne lit pas la une, il la réécrit, la pimente, la rend irrésistible pour le passant pressé. C’est un art de la rue autant qu’un commerce.

La fabuleuse histoire du vendeur de journaux - Ali Akbar

L’incroyable parcours du dernier crieur de journaux de Paris, par lui-meme.

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Le temps, forcément, a fait son œuvre. Là où il écoulait 150 à 200 journaux par jour à ses débuts, il en vend désormais une trentaine. La presse papier décline, les habitudes changent, mais lui reste planté là, fidèle au poste.

Ce qui frappe chez Ali Akbar, c’est qu’il incarne une certaine idée de Paris. Pas la carte postale, plutôt l’âme populaire d’un quartier, cette familiarité de village où l’on connaît le marchand par son prénom et où il vous connaît par le vôtre.

La République a fini par le remarquer. À plus de soixante-dix ans, cet homme arrivé de loin a été fait chevalier de l’Ordre national du Mérite, salué comme un magnifique exemple d’intégration et comme une voix de la presse française.

Reste une mélancolie douce derrière le portrait. Quand Ali Akbar rangera définitivement sa pile de journaux, c’est tout un pan sonore de Paris qui s’éteindra. Une voix de moins dans la rue, et le silence un peu plus épais.

Illustration générée par IA

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