
Il y a des films d’animation Disney que tout le monde a vus, et puis il y a Avalonia, l’étrange voyage. Sorti fin 2022 sous son titre original Strange World, ce long-métrage réalisé par Don Hall, déjà aux commandes des Nouveaux Héros et de Raya, a connu un destin cruel. Lâché dans des salles désertées, plombé par un marketing quasi inexistant, il s’est soldé par un naufrage commercial mémorable : 73 millions de dollars de recettes pour un budget estimé à 180 millions. Autant dire un gouffre. Résultat, il a fini par atterrir sur Disney+ presque en catimini, comme un cadeau de Noël qu’on aurait oublié sous le sapin.
Sauf que le film, lui, ne démérite pas. L’histoire suit les Clade, une lignée d’explorateurs légendaires. Searcher Clade, agriculteur rangé des aventures et doublé en version originale par Jake Gyllenhaal, se retrouve embarqué malgré lui dans une expédition souterraine vers un monde fantastique grouillant de créatures organiques. À ses côtés, un père aventurier disparu depuis des années, incarné par Dennis Quaid, et un fils adolescent, Ethan, qui ne rêve pas d’héroïsme mais voudrait surtout qu’on lui fiche la paix avec ses histoires de cœur.
Car c’est là que le film se distingue : Ethan est ouvertement gay, et le récit l’aborde avec une simplicité désarmante, sans grand discours ni leçon appuyée. À cela s’ajoute une fable écologique limpide, une réflexion sur la transmission entre trois générations d’hommes qui ne se comprennent pas, et une esthétique inspirée des vieux pulps de science-fiction, ces magazines bon marché aux couvertures bariolées. Les images sont splendides, les paysages biologiques d’Avalonia inventifs, la partition musicale soignée.
Pourquoi cet échec, alors ? Plusieurs explications se sont télescopées. La concurrence d’Avatar 2, sorti dans la foulée, a aspiré tout l’oxygène. La fatigue post-pandémie pesait encore sur la fréquentation des salles familiales. Et certains marchés ont purement et simplement censuré le film pour son personnage gay, ce qui n’a rien arrangé côté promotion mondiale. Disney, échaudé, a préféré limiter la casse plutôt que de défendre son bébé.
C’est tout le paradoxe de cette affaire. On tient là un Disney généreux, progressiste sans être moralisateur, visuellement audacieux, et pourtant boudé. Certains lui reprocheront un scénario un peu balisé, une intrigue qui suit les rails attendus du film d’aventure familial. Le reproche n’est pas infondé. Mais combien de productions du studio, autrement célébrées, souffrent des mêmes facilités sans qu’on leur en tienne rigueur ?
Avalonia restera sans doute comme une curiosité, un de ces films maudits que l’on redécouvre des années plus tard avec un mélange de tendresse et de regret. La plateforme lui offre une seconde vie, à défaut d’une première en bonne et due forme. Une chose est sûre : il y a là de quoi occuper une soirée d’hiver bien plus intelligemment que le tout-venant du catalogue. À condition d’accepter de donner sa chance à un orphelin.
Crédit photo : DR
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