
Il y a des livres dont le titre dit déjà tout, ou presque. Celui de Yannick Haenel, paru le 20 août chez Gallimard, en fait partie. Trois cent vingt pages pour raconter une seule année, la première, celle où un jeune prof de lettres arrive dans un collège de la banlieue parisienne et découvre que le métier ne ressemble à rien de ce qu’on lui avait promis.
Le narrateur s’appelle Jean Deichel. Les lecteurs de Haenel le connaissent déjà, c’est son double romanesque, celui qui traverse plusieurs de ses livres. Cette fois, il remonte aux années 1990, à sa titularisation, à cette période bancale où l’on est censé apprendre son métier en le faisant. Détail savoureux et vrai : il loge dans un club de tennis, loin du collège, et se retrouve parfois juché sur une chaise d’arbitre comme un dernier îlot de liberté.
Ce qui frappe, c’est que Haenel a vraiment enseigné. Plus de quinze ans. Il sait donc de quoi il parle quand il décrit l’humiliation d’une inspection, le regard qui juge, l’institution qui lâche ses jeunes profs en rase campagne. Le tableau est sombre, concret, sans complaisance.
Sauf que voilà, ce n’est pas un roman noir sur l’école qui coule. C’est même tout l’inverse. Haenel refuse le texte à thèse, refuse la déploration facile. Il glisse partout de l’humour, de la poésie, une forme de grâce qui affleure au milieu du désastre. La plus belle scène du livre montre des collégiens qui se passent en douce un livre de Charlotte Delbo. Rien d’autre. Et c’est bouleversant.
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Il y a aussi le sujet qu’on n’attendait pas. Face aux assassinats de Samuel Paty et de Dominique Bernard, Haenel aurait pu récupérer, brandir, moraliser. Il fait autre chose : il réaffirme, presque à voix basse, ce que vaut le dévouement d’un enseignant. C’est plus courageux que tous les manifestes.
La presse ne s’y trompe pas, les critiques sont excellentes, et les premiers lecteurs suivent, avec une note qui frôle les quatre étoiles sur cinq. Un roman ample et précis, drôle et méditatif, qui parle de l’école mais surtout de ce qui nous tient debout.
Pour qui ? Pour tous ceux qui ont un jour aimé un prof, ou qui en sont un. Autant dire à peu près tout le monde.
Crédit photo : Gallimard





