
L’affaire a fait froid dans le dos. À Bordeaux, un homme de 26 ans, jusque-là inconnu des services de police, a été arrêté et placé en garde à vue. Selon ses propres aveux, il préparait une tuerie de masse, motivée par une haine des femmes. Et il se revendiquait d’une idéologie dont on parle beaucoup sans toujours savoir ce qu’elle recouvre : celle des incels.
Commençons par le mot. « Incel » est la contraction de l’anglais involuntary celibate, soit « célibataire involontaire ». Derrière cette étiquette presque anodine se cache une mouvance née en Amérique du Nord, profondément misogyne. Le raisonnement, si on peut l’appeler ainsi, tient en une phrase : ces hommes estiment que les femmes leur refusent une sexualité à laquelle ils auraient droit. De cette frustration érigée en système naît une rancune, parfois une véritable haine.
Le détail qui glace, dans le cas bordelais, c’est le calendrier. Selon ses déclarations, le suspect envisageait de passer à l’acte puis de se suicider à une date bien précise, celle des dix ans de l’attentat commis par Elliot Rodger. Ce nom est une référence funeste pour cette mouvance : en 2014, en Californie, ce jeune homme a tué plusieurs personnes avant de se donner la mort, en laissant derrière lui un manifeste misogyne devenu un texte fondateur pour les incels. On mesure à quel point cette nébuleuse en ligne peut basculer dans le réel.
Le Parquet national antiterroriste, saisi du dossier, a souligné quelque chose d’important : cette lecture haineuse du monde se mêle souvent à des ressorts idéologiques d’ultradroite. Une partie de cette mouvance, imprégnée de suprémacisme, va jusqu’à théoriser que les sociétés multiculturelles « détourneraient » les femmes de certains hommes. Misogynie et racisme s’y nourrissent mutuellement.
Pour comprendre comment l’idéologie masculiniste se diffuse en ligne.
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Ce qui rend le phénomène difficile à saisir, c’est qu’il prospère dans des recoins d’internet, sur des forums où la frustration individuelle se transforme en idéologie collective. On y entretient un vocabulaire codé, une vision du monde où les hommes seraient des victimes et les femmes des coupables. Le passage du clavier au passage à l’acte reste minoritaire, heureusement. Mais quand il survient, il est dévastateur.
Faut-il s’alarmer ? Il faut surtout comprendre, sans dramatiser à outrance ni minimiser. Les services de renseignement prennent désormais cette menace au sérieux, et le simple fait qu’un projet ait été déjoué montre que la vigilance fonctionne. Reste la question de fond : comment des jeunes hommes en arrivent à se radicaliser dans la haine des femmes, et comment les en sortir avant l’irréparable.
Des témoignages d’anciens incels « repentis » existent, et ils sont précieux : ils prouvent qu’on peut revenir de cette idéologie. C’est sans doute le seul motif d’espoir dans une histoire qui, autrement, ne donne pas franchement le sourire.
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