
On avait fini par ranger Syd Matters dans la case des groupes qu’on aimait à vingt ans et qu’on n’entendrait plus. Erreur. Le collectif français mené par Jonathan Morali est revenu le 4 septembre avec A Gospel of Some Sort, son premier album depuis Brotherocean en 2010. Seize ans, donc. Autant dire une éternité, à l’échelle d’une carrière pop.
Pendant tout ce temps, Morali n’a pas chômé, il a juste changé de métier. Il est devenu compositeur pour l’image, avec deux travaux que beaucoup connaissent sans forcément faire le lien : la bande-son du jeu vidéo Life is Strange, en 2015, devenue culte auprès de toute une génération de joueurs, et la musique du film d’animation Tout en haut du monde la même année. Son explication pour cette longue absence est d’ailleurs assez touchante : il ne supportait plus d’entendre sa propre voix.
Bonne nouvelle, il l’a retrouvée. Et il ne revient pas seul, puisque la formation se reconstitue quasiment au complet, avec Rémi Alexandre, Jean-Yves Lozac’h, Clément Carle et Olivier Marguerit. Ça s’entend tout de suite : ces onze titres ne cherchent pas à refaire le Syd Matters d’avant. La folk fragile des débuts s’est épaissie, nourrie de synthés, d’arrangements spacieux, d’une façon très cinématographique de laisser respirer les morceaux. Les années passées à écrire pour des écrans ont clairement déteint sur la musique.
Envie de remonter le fil ? C’est sur cet album de 2005 que figure le morceau repris dans Life is Strange.
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Le résultat est mélancolique sans être plombant, plutôt lumineux même par endroits. Armageddon Time ouvre le bal sur plus de six minutes, Ténèbres en dure sept, et pourtant on ne décroche pas. Il y a aussi des morceaux plus ramassés, Choking on Anger ou Nuclear, qui rappellent que Morali sait toujours écrire une chanson efficace. La presse spécialisée n’a pas boudé son plaisir, certains parlant carrément de chef-d’œuvre.
C’est peut-être un peu excessif, et l’album demande qu’on lui accorde du temps, casque sur les oreilles, plutôt qu’en fond sonore. Mais pour qui a usé les premiers disques du groupe, ou pour qui a pleuré devant la fin de Life is Strange, c’est un retour rare : un artiste qui disparaît, mûrit ailleurs, et revient meilleur. L’Olympia du 17 novembre est déjà complet, ce qui en dit long. Si vous voulez mon avis, foncez.
Crédit photo : Third Side Records





