
Pierre-Elie de Pibrac est né en 1983. Photographe français, il a commencé son projet anthropologique et social à Cuba en 2016. L’idée : s’immerger longuement dans une société, laisser le temps faire son travail, et rapporter des portraits capables de tenir debout tout seuls.
Le Japon est venu après. Entre décembre 2019 et août 2020, il a sillonné l’archipel pour construire la série « Hakanai Sonzai » — que l’on peut traduire par « je me sens une créature éphémère ». La formulation dit tout.
Cette série a été exposée au musée Guimet sous le titre « Portrait éphémère du Japon ». Une collection d’images qui mêle portraits couleurs, paysages et natures mortes en noir et blanc, proches dans leur traitement des estampes japonaises classiques.
Ce qui frappe dans ce travail, c’est le refus de l’exotisme de pacotille. De Pibrac ne photographie pas le Japon de carte postale. Il photographie des visages, des atmosphères, des silences. Des moments qui auraient l’air ordinaires si la composition ne les rendait pas si précis.
Le concept d’impermanence — le mono no aware en japonais — est au coeur de la série. Cette conscience aiguë que tout passe, que rien n’est stable, que la beauté tient précisément à ce qu’elle ne dure pas. C’est un fil directeur philosophique, pas seulement esthétique.
De Pibrac a voyagé au Japon pendant l’une des périodes les plus étranges de ces dernières décennies : la pandémie de Covid-19 a débuté quelques semaines après son arrivée, en décembre 2019. Les photos ont donc été prises dans un contexte de fermeture, d’incertitude, de ralentissement forcé. Ce contexte transparaît dans la qualité du silence qui enveloppe les images.
Le musée Guimet, musée national des arts asiatiques, était le lieu idéal pour accueillir ce travail. Il ne s’agissait pas d’une expo de plus sur le Japon, mais d’un dialogue entre une collection permanente d’art asiatique séculaire et le regard contemporain d’un photographe français en immersion.
La série interroge aussi la relation entre l’observateur étranger et son sujet. De Pibrac ne prétend pas comprendre le Japon de l’intérieur. Il capte, avec une attention extrême, ce qu’un regard extérieur peut percevoir d’une culture qui a fait de l’intériorité une forme d’art à part entière.
Les amateurs de photographie humaniste et ceux qui s’intéressent à la culture japonaise y trouveront les deux — et c’est plus rare qu’on ne le croit dans un projet unique.
Crédit photo : DR
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