Idées

À Lorient, un collège a rangé les portables il y a trois ans, et ça tient

posted by Vincent 11 janvier 2025
À Lorient, un collège a rangé les portables il y a trois ans, et ça tient

Pendant que la France découvre cette année la généralisation de la pause numérique, il y a un collège qui regarde tout ça avec le sourire de ceux qui ont déjà fait le boulot. À Lorient, le collège Auguste-Brizeux a coupé les portables il y a trois ans. Pas un test de quelques semaines : trois années pleines.

L’idée semblait casse-gueule. On imaginait des ados en sevrage, des conflits permanents, des téléphones planqués au fond des sacs. La réalité racontée par l’établissement est beaucoup plus tranquille. Les élèves vivent plutôt bien la chose. Mieux : une fois la règle posée et acceptée, elle cesse d’être un combat quotidien.

Concrètement, le principe est simple. Le téléphone n’a pas sa place pendant le temps scolaire, point. Pas de coup d’oeil furtif entre deux cours, pas de notification qui vibre au fond de la poche pendant un exercice. L’appareil reste éteint et rangé, et le cerveau peut enfin se poser sur autre chose.

Ce qui change vraiment, ce sont les interstices. La récré, le couloir, la cantine. Ces moments où, ailleurs, chacun se réfugie derrière son écran. Sans portable, les gamins se reparlent. Ils jouent, ils s’ennuient, ils se chamaillent, bref ils refont de la vie de cour comme avant. Ça paraît anodin, c’est en réalité l’essentiel.

Les retours nationaux vont dans le même sens. Le ministère de l’Éducation a expérimenté le dispositif à partir de l’automne 2024, avec près de 200 établissements et quelque 32 000 collégiens. Le bilan qu’il en tire : climat scolaire amélioré, signalements de cyberharcèlement en baisse, concentration en hausse. Trois bénéfices qui se tiennent, et qui suffisent à expliquer la décision.

Pour creuser le sujet, l’essai de Michel Desmurget sur l’effet des ecrans sur le cerveau des enfants.

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Car la suite, on la connaît. Élisabeth Borne, alors ministre, a annoncé au printemps 2025 la généralisation progressive de la pause numérique à tous les collèges publics dès la rentrée de septembre. Ce que Lorient pratique depuis trois ans devient la norme pour tout le monde.

Je vous avoue un léger agacement, quand même. On a mis des années à acter une évidence : un enfant de douze ans n’a pas besoin de son smartphone entre deux cours de maths. Il a fallu des expérimentations, des comités, des annonces ministérielles pour valider ce qu’un collège breton avait déjà compris tout seul.

Et puis il y a la question qu’on évite poliment. Interdire le portable au collège, très bien. Mais l’adolescent le retrouve à 16h30, intact, avec ses applis et ses algorithmes affamés d’attention. La pause numérique soulage les heures de classe, elle ne règle pas le rapport global des jeunes aux écrans. C’est un garrot utile, pas un remède.

N’empêche, l’exemple lorientais a le mérite de démonter une peur. Non, retirer les téléphones ne déclenche pas l’émeute. Au contraire, il libère un peu d’espace pour grandir. Reste à savoir si les familles, elles, prendront un jour la même pause à la maison.

Crédit photo : DR

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