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Liberté, (in)égalité, contraception

Posté par MaryCherryTree 10 novembre 2018 0 commentaire

Avec la (re) montée en force des discours réactionnaires sur l’IVG, il me semble primordial de remettre les points sur le «  i » et les traits sur les « t » de la contraception, notamment en ce qui concerne la vaste inégalité entre hommes et femmes à ce sujet.

/!\ Par souci de simplicité, je n’aborderai ici que la question en utilisant le prisme des relations sexuelles hétéros.

Si vous avez eu le malheur de tendre l’oreille et d’écouter le discours de certaines personnes anti – IVG, vous vous êtes sûrement rendu.e compte que si grossesse non-désirée il y a eu, alors c’est forcément de la faute de la femme, qui aurait dû se protéger, of course !

Evidemment, ce genre d’argument est tout à fait malveillant, dangereux, infantilisant. Et surtout, c’est une réflexion qui nie complètement des fondements biologiques basiques. Faisons un peu de maths : un homme en bonne santé est capable de procréer 7j/7, 24h/24, depuis sa puberté (disons depuis ses 14 ans, pour compter très large) jusqu’à sa mort (environ 79 ans). Cela donne peu ou prou 23 725 jours de fertilité dans une vie, sachant que à quelques variations près, la fertilité masculine évolue très peu avec le vieillissement. Face à ces 23 725 jours, la fertilité féminine est presque dérisoire : en effet, une femme en bonne santé est fertile au grand maximum 10 jours par cycle menstruel, de ses 13 ans en moyenne jusqu’à ses 54 ans en moyenne ; soit 4920 jours de fertilité dans toute une vie. Et ce n’est pas tout, la fertilité féminine est progressivement affaiblie, et chute en flèche à partir de 35 ans.

Face aux purs faits mathématiques et logiques, les partenaires sexuels masculins devraient être, de très loin, les plus prévoyants en terme de contraception dans la mesure où c’est eux qui ont le plus de chance de fertiliser leur(s) partenaire(s). Mais que nenni ; non seulement les femmes sont les premières pointées du doigt par les anti-IVG lorsqu’il s’agit de dénoncer une grossesse non désirée (voire une grossesse tout court !), mais en plus, dans une dynamique de couple hétérosexuel lambda, les femmes  portent systématiquement la charge mentale de la contraception (si vous n’êtes pas familier.ère avec le concept de charge mentale, vous pouvez faire un petit tour par ici ).

Mais alors, comment se fait-il que ce soit aux femmes de porter ce fardeau émotionnel, décisionnel, mental ?

Bien évidemment, la première réponse est écrasante de simplicité et d’absence de solutions : si les femmes ont à se soucier de la contraception de manière constante et sérieuse, c’est parce que si grossesse non-désirée il y aurait, alors ce serait à leurs corps d’en subir les conséquences : grossesse, IVG éventuelle, accouchement éventuel etc. La peur de la grossesse non-désirée est un sentiment qu’aucun homme biologique ne pourrait entièrement saisir, puisque trop éloignée de leur réalité physique et corporelle. Chaque femme sexuellement active que je connaisse a déjà guetté ses règles, a déjà angoissé à l’idée d’être enceinte…

Evidemment, pour beaucoup d’hommes (et heureusement !), une grossesse non-désirée chez la partenaire serait un source de grande détresse psychologique ; mais à cela ne s’ajoute pas la détresse physique. Et, surtout, dans l’absolu, un homme a toujours le choix de la fuite. Une femme ne l’a jamais. Ainsi, là où la contraception est, dans le meilleur des cas, primordiale pour un homme, pour une femme elle devient vitale.

Outre cette distinction biologique malheureusement irrévocable (pour l’instant, du moins ; peut-être qu’un jour cela ne sera plus le cas !), il est très clair qu’il existe également d’autres explications permettant de mieux comprendre la raison pour laquelle le fardeau de la contraception revient plus largement aux femmes.

Prenons l’exemple de la pilule contraceptive,  qui se trouve au passage être le moyen de contraception le plus utilisé en France. Bien que la pilule ait été une avancée hautement symbolique de la libéralisation de la sexualité féminine, et un outil de prise de contrôle des femmes sur leurs propres corps, elle a de nombreux désavantages. Premièrement, pour être efficace, une pilule contraceptive doit être prise tous les jours à une heure fixe (ce qui apporte, en soi, une grande charge mentale), que la personne la prenant soit sexuellement active à ce moment donné ou non ; le moindre oubli peut faire vaciller son efficacité et mener à une grossesse indésirée. En outre, elles apportent un grand lot d’effets secondaires extrêmement désagréables (prise de poids, douleurs, migraines, baisse de libido) voire dangereux (dépression, embolie pulmonaire). La pilule est un moyen de contraception controversé, car plusieurs types de pilules contraceptives ont été retirées du marché suite à la découverte de l’immense danger qu’elles représentaient pour de nombreuses femmes ; en outre, les effets sur le long terme de la prise d’un contraceptif hormonal n’ont toujours pas été tout à fait éclaircis.

Souvenez-vous, il y a quelques mois de cela, une pilule contraceptive masculine efficace  a été développée par un laboratoire allemand, mais cela n’a  jamais abouti car les sujets sur lesquels l’expérience a été menée ont jugé les effets secondaires trop envahissants. La nature de ces effets secondaires ne surprendront pas les femmes prenant ou ayant déjà pris la pilules : acné, sauts d’humeur, troubles affectifs. En somme, des effets ressemblant comme deux gouttes d’eau à ceux vécus par les femmes prenant la pilule, surtout en ce qui concerne celles qui s’y sont essayé dans les années 70’ – 80’, avec les premiers prototypes de pilules contraceptives.

Les laboratoires pharmaceutiques sont bien frileux en ce qui concerne la contraception masculine, alors qu’ « On a largement les moyens scientifiques de développer la pilule pour homme » (Cécile Ventola, chercheuse à l’INED) . Et pour cause, au sein de la société patriarcale dans laquelle nous vivons, la souffrance sanitaire et sexuelle féminine est acceptable si elle rend la vie masculine plus facile.

La pilule, seule coupable?

Il suffit de comparer la pilule féminine avec un autre moyen de contraception très utilisé en France : le préservatif masculin. En terme d’accès, le préservatif est champion du monde : supermarchés, pharmacies, épiceries du coin, distributeurs… Le préservatif est disponible partout. Au contraire, une femme désirant prendre la pilule doit passer par de nombreuses étapes : rendez vous chez le/la gynécologue pour la première ordonnance ; achat impossible sans ordonnance ; ordonnance à renouveler régulièrement (chose que beaucoup de médecins généralistes refusent de faire, ce qui veut dire qu’il faut se préoccuper plusieurs mois à l’avance de prendre rendez-vous chez un.e gynécologue pour le renouvellement). Ce parcours, en plus d’être long et de demander de l’organisation, est parfois semé d’obstacles désagréables, comme l’infantilisation voire la culpabilisation opérée par certain.e.s médecins, pharmacien.nes, et par les médias. Sans prendre en compte la question financière ! Car dans de nombreux pays, la pilule n’est absolument pas remboursée.

Le plus grand inconvénient du préservatif est son inconfort ; il atténue le plaisir lors du rapport (surtout le plaisir masculin), marque très nettement le début/fin de la pénétration etc. Ces inconvénients ne font pas le poids face aux avantages (je rappelle tout de même que le préservatif masculin est la seule protection face aux MST et IST !) et surtout face aux inconvénients de la pilule : finalement, vaut-il mieux dérouler un peu de latex ou avoir des sauts d’humeur pouvant mener à une dépression ? Loin de moi l’idée de culpabiliser les femmes optant pour la pilule contraceptive ; ce que je cherche à montrer ici, c’est qu’une fois de plus le confort masculin prime dans la sexualité hétérosexuelle. Lorsqu’une fine barrière en latex est considérée insurmontable par certains qui n’hésitent pas à mettre la pression sur leurs partenaires pour qu’elles prennent la pilule ou pour qu’elles acceptent une pénétration sans protection (la technique du retrait n’étant ni fiable ni sécurisante), alors il est évident que la perception masculine de la contraception n’est globalement pas la même que la perception féminine. Beaucoup d’hommes font peser leurs impératifs – le plaisir, le confort- sur leurs partenaires qui se retrouvent à écarter leurs propres impératifs – sécurité sanitaire et sexuelle, équilibre psychologique – au profit du confort masculin.

Bien sûr, tous les hommes ne réagissent pas de cette manière, et pour beaucoup le préservatif est un réflexe. Mais il suffit d’une poignée d’hommes refusant catégoriquement de se nier le plaisir d’une pénétration sans préservatif, de quelques dangereux faisant semblant d’en mettre un pour le retirer discrètement juste avant l’acte, pour que toute une construction sociologique se fasse.En outre, du fait des arguments avancés précédemment, même si beaucoup sont volontaires, leur relation à la contraception ne sera jamais la même que la relation d’une femme avec la contraception. Certains ont beau s’y intéresser, le poids de la prise de décision et du choix de la contraception (pilule, stérilet, patch, diaphragme…?) pèse toujours sur les épaules féminines, et même dans un couple déconstruit il n’est pas rare d’observer une dynamique où la partenaire se soucie bien plus amplement de sa contraception que le partenaire.

La marge de progrès est encore conséquente, mais il est net que notre rapport à la contraception est en train d’évoluer peu à peu. Bien que les femmes soient toujours très régulièrement considérées comme responsables de leurs grossesses indésirées, les recherches scientifiques tendent de plus en plus vers le développement de techniques contraceptives masculines. Mais il reste toujours le poids étouffant de la charge mentale de la contraception, fardeau féminin depuis de nombreux siècles !

 

 

 

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