Idées

Le congé menstruel espagnol, ce tabou que personne n’osait toucher

posted by Vincent 15 mai 2022
Le congé menstruel espagnol, ce tabou que personne n'osait toucher

Pendant des siècles, on a expliqué aux femmes que leurs douleurs de règles relevaient de la fatalité, qu’il fallait serrer les dents et faire bonne figure. L’Espagne a décidé de regarder le problème autrement, et de l’inscrire noir sur blanc dans la loi.

Avec ce texte, le pays devient le premier en Europe à reconnaître un congé menstruel. Une mesure rare à l’échelle mondiale, qui n’existait jusque-là que dans une poignée d’États comme le Japon, Taïwan ou la Zambie. L’Europe, elle, n’avait jamais franchi le pas.

Le principe est simple sur le papier. Une femme souffrant de règles incapacitantes peut bénéficier d’un arrêt de travail, reconnu comme une situation d’incapacité temporaire au même titre que d’autres pathologies. Il faut un avis médical, et c’est la Sécurité sociale qui prend la facture en charge, pas l’employeur.

On parle bien ici de douleurs sérieuses, pas d’un simple inconfort. Sont visées les femmes touchées par des affections comme l’endométriose, maladie longtemps minimisée qui peut transformer chaque cycle en épreuve. Pour celles-là, l’avancée est concrète.

Le gouvernement de gauche qui a porté la mesure assume parfaitement sa dimension symbolique. L’idée est de briser un tabou tenace, celui d’un corps féminin dont on attend qu’il fonctionne en silence, sans jamais déranger l’organisation du travail.

Là où ça devient intéressant, c’est que le débat n’a pas opposé la droite à la gauche comme on aurait pu le croire. Il a aussi traversé le camp féministe, et de manière assez vive.

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D’un côté, celles qui voient une reconnaissance enfin sérieuse de la santé des femmes, longtemps ignorée par un monde du travail pensé par et pour les hommes. Enfin, dit-on, on cesse de faire semblant que tout le monde est logé à la même enseigne.

De l’autre, des voix s’inquiètent d’un effet boomerang. Et si cette protection se retournait contre les femmes, en donnant aux employeurs une raison supplémentaire de les juger moins fiables, de les écarter à l’embauche ou de les reléguer ? La crainte n’a rien d’absurde.

Ce désaccord dit quelque chose de passionnant sur le féminisme contemporain. Faut-il réclamer des droits spécifiques au nom des réalités biologiques, ou au contraire gommer toute différence pour exiger une stricte égalité de traitement ? La question est vieille, et elle n’a pas de réponse simple.

Reste que l’Espagne a osé légiférer là où d’autres se contentent de colloques et de bonnes intentions. Le pays s’est imposé ces dernières années comme un laboratoire des droits des femmes, quitte à essuyer les critiques et à tâtonner.

On verra à l’usage si la mesure tient ses promesses ou si les craintes se vérifient. Mais le simple fait d’en débattre publiquement, de nommer ces douleurs et de les sortir de l’intime, constitue déjà un changement qu’on aurait eu du mal à imaginer il n’y a pas si longtemps.

Crédit photo : DR

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