
Didier Valentin, alias Dr Kpote, travaille dans les collèges et lycées depuis vingt ans. Il intervient comme éducateur en santé affective et sexuelle, et ce qu’il observe n’a pas fondamentalement changé : les jeunes ont besoin qu’on leur parle sérieusement de sexualité, et les adultes ne le font pas assez.
Ce qui a changé, en revanche, c’est la place du consentement dans les discussions. Dr Kpote le dit clairement : le consentement est devenu un sujet central à l’école. Pas un sujet annexe, pas un module de fin de trimestre glissé entre deux conseils de classe. Un vrai sujet, traité en séance, avec des groupes d’élèves qui arrivent avec des questions de plus en plus précises.
Cette évolution est récente. Elle s’est accélérée avec le mouvement #MeToo, qui a mis sur la table des questions que les institutions avaient longtemps éludées. Depuis, les enseignants demandent des interventions, les chefs d’établissement y sont plus réceptifs, et le mot « consentement » n’est plus réservé aux cours d’éducation civique.
Dr Kpote ne se limite pas à ce seul sujet. Ses séances abordent les stéréotypes de genre, la masculinité, les représentations véhiculées par la pornographie, les relations de pouvoir. Il parle aussi aux garçons — peut-être surtout aux garçons, parce que l’éducation sexuelle a longtemps été pensée comme un message destiné aux filles pour se protéger.
Il intervient notamment en Seine-Saint-Denis dans le cadre de programmes contre les comportements virilistes. Pas pour « féminiser » les garçons, précise-t-il, mais pour leur donner des outils pour comprendre d’où viennent leurs réflexes — et décider eux-mêmes de les remettre en question ou non.
Cette approche, il la développe dans son livre « Pubère la vie, à l’école des genres », publié aux Editions du Détour en 2023. Il y emmène le lecteur dans ses séances, restitue les échanges bruts avec les lycéens, leurs réactions, leurs résistances et leurs moments de prise de conscience. C’est direct, parfois surprenant, souvent éclairant.
Ce qui frappe dans son travail, c’est la façon dont il considère les ados : non pas comme des sujets à protéger de haut, mais comme des interlocuteurs capables de réflexion si on leur pose les bonnes questions. La différence est énorme dans la pratique.
La question que pose Dr Kpote, en creux, c’est aussi celle de la formation des adultes. Les enseignants et les parents ne sont pas toujours mieux équipés que les adolescents pour parler de ces sujets. Ses séances montrent qu’il est souvent aussi nécessaire d’éduquer les adultes.
Vingt ans plus tard, il continue d’intervenir. Et le fait que le consentement soit aujourd’hui un sujet central à l’école, ce n’est pas anodin. C’est un progrès réel — lent, partiel, mais réel.
Crédit photo : DR
Le livre de Dr Kpote plonge dans ses séances avec les lycéens, entre rires et prises de conscience.
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