
Il y a des séries qu’on a manquées à leur sortie et qu’on traîne comme un remords poli. Mad Men fait partie de celles-là. La voilà désormais accessible en intégralité, et c’est l’occasion parfaite de combler le trou.
Pour ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans cet univers, un rappel s’impose. Créée par Matthew Weiner, la série suit Don Draper, directeur de création d’une agence de publicité de Madison Avenue, dans le New York du début des années 1960. Jon Hamm y campe ce personnage opaque, brillant et profondément abîmé, avec une élégance qui a fait sa carrière.
Sept saisons, quatre-vingt-douze épisodes. Autant dire qu’il y a de quoi tenir un bon moment, ce qui tombe plutôt bien quand la chaleur vous cloue sur le canapé.
Ce qui frappe d’abord, c’est l’esthétique. Les costumes, les décors, les voitures, les intérieurs lambrissés et enfumés : tout respire une reconstitution maniaque des sixties. Le travail sur les tenues est un personnage à lui seul, et il en dit souvent plus long sur les rapports de pouvoir et de genre que bien des dialogues.
Car au fond, Mad Men n’est pas vraiment une série sur la publicité. C’est une série sur le mensonge. Le mensonge qu’on vend aux clients, celui qu’on se raconte à soi-même, celui sur lequel se construit une identité entière. Don Draper passe sa vie à fabriquer des images séduisantes, en commençant par la sienne.
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Il faut le dire honnêtement : la série prend son temps. Ceux qui cherchent du rebondissement à chaque scène risquent de tiquer. Mad Men avance par petites touches, par silences, par regards. C’est une lenteur assumée, presque romanesque, et c’est exactement ce qui la rend si addictive une fois qu’on accepte son rythme.
L’autre réussite, c’est de filmer une époque en pleine bascule sans jamais tomber dans la carte postale. La place des femmes au bureau, le racisme ordinaire, la consommation triomphante, l’arrivée de la contestation : tout traverse le récit en arrière-plan, sans leçon de morale. On regarde un monde qui se croit éternel et qui ne sait pas encore qu’il va vaciller.
Le personnage de Peggy Olson, simple secrétaire qui se fraye un chemin dans un milieu d’hommes, reste l’un des plus beaux arcs narratifs de la série. Son ascension vaut à elle seule le visionnage.
Évidemment, tout n’est pas parfait. Certaines intrigues secondaires s’étirent, et le personnage de Draper finit par tourner un peu en rond dans ses errances. Mais ce sont des reproches de privilégié, face à un ensemble d’une tenue rare.
Alors si vous cherchez une série à savourer plutôt qu’à dévorer, c’est tout choisi. Préparez un verre, baissez la lumière, et laissez-vous happer par Madison Avenue. Vous risquez d’y rester un bon moment.
Crédit photo : DR





