
Joann Sfar n’a jamais eu peur de se mêler des grands débats du moment, et celui-là tombait à pic. Le 4 septembre, il publie chez Seuil « Cohen contre l’intelligence », un roman graphique de rentrée qui prend l’intelligence artificielle au sérieux tout en s’en moquant gentiment. C’est la première fois qu’il s’attaque frontalement au sujet, et le résultat est franchement réjouissant.
Le héros, Pierre Cohen, est un écrivain parisien qui déteste la technologie. Il sait à peine se servir de son téléphone. Sauf que voilà, sa mère, une figure de mère juive impossible comme Sfar sait les croquer, pousse au suicide le prototype de la grande IA nationale, une machine baptisée « Baguette ». Oui, Baguette. À partir de là, Cohen se retrouve embarqué dans un scandale d’État énorme, obligé de mener l’enquête de Paris à Tel-Aviv pour réparer sa bourde.
Sur le papier, ça ressemble à une farce absurde. Dans les faits, c’est surtout un prétexte, et un bon. Derrière la comédie, Sfar pose la question qui agite tout le milieu de la création. Qu’est-ce que l’IA change vraiment pour ceux qui écrivent, dessinent, inventent ? Le débat est partout en ce moment, souvent traité de façon solennelle et un peu plombante. Lui préfère le prendre par le rire, avec un intellectuel médiatique ridicule, une histoire d’amour compliquée, un projet industriel à la française qui part en vrille.
Envie de juger sur pièce ? Le roman graphique de Sfar est dispo dès sa sortie, en version cartonnée.
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C’est du Sfar pur jus. Le trait vif et griffonné qu’on reconnaît tout de suite, les dialogues qui fusent, cette manière de mêler le trivial et le métaphysique dans la même case. On rit, et puis on se surprend à réfléchir pour de vrai à ce qu’on est peut-être en train de perdre.
Comptez 26 euros pour la version cartonnée, un peu moins pour l’ebook illustré. C’est copieux, dense, bavard comme toujours chez lui, et ça ne plaira sans doute pas à ceux qui trouvent l’auteur un peu trop présent dans ses propres livres. Les autres, ceux qui aiment quand une BD réfléchit tout haut sans se prendre au sérieux, vont se régaler.
Reste une vraie question de fond, que Sfar pose sans jamais y répondre. Face à une machine qui imite déjà nos styles, est-ce que raconter des histoires reste un truc d’humain ? Il ne tranche pas, et c’est tant mieux. On referme le bouquin avec l’envie d’en parler, ce qui est déjà pas mal pour une comédie.
Crédit photo : Seuil





