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Grève à France 3 : quand les salariés font leur vendredi noir avant la fusion imposée

posted by Vincent 25 novembre 2023
Grève à France 3 : quand les salariés font leur vendredi noir avant la fusion imposée

En mai 2024, France 3 et l’ensemble de l’audiovisuel public se sont mis en grève. Deux jours — les 23 et 24 mai — pendant lesquels émissions et journaux télévisés ont été perturbés, parfois supprimés. Pour les salariés de France Télévisions, Radio France et leurs partenaires, ce « vendredi noir » n’avait rien à voir avec des promotions commerciales.

Le terme de « Black Friday », repris par Télérama, n’est pas anodin. Il désigne un jour de paralysie totale — un jour où rien ne passe, où les antennes tournent à vide ou presque. Un signal fort, dans un secteur où faire grève, c’est exposer des programmes vides à des millions de téléspectateurs.

La raison de ce mouvement ? Un projet de réforme porté par Rachida Dati, ministre de la Culture, qui prévoit de fusionner sous une même structure France Télévisions, Radio France, France Médias Monde — qui chapeaute RFI et France 24 — et l’INA. Une restructuration massive touchant quelque 16 000 salariés, à compter du 1er janvier 2026.

Les syndicats — CGT, CFDT, FO, SNJ, SUD, CGC — ont déposé des préavis de grève et exigé le retrait pur et simple de ce projet. Leurs arguments sont de plusieurs ordres : risques pour l’indépendance éditoriale, incertitudes sur les conventions collectives, crainte de suppressions de postes masquées derrière un jargon de modernisation.

Ce qui frappe dans ce dossier, c’est la méfiance profonde des personnels de l’audiovisuel public à l’égard d’une réforme présentée comme une « rationalisation ». Dans les faits, ce mot-là fait souvent office de synonyme d’économies réalisées sur le dos des équipes.

France 3, en particulier, représente un maillage territorial unique. Ses rédactions régionales produisent une information de proximité que ni les chaînes privées ni les plateformes numériques ne cherchent à remplacer. Le risque, pour les syndicats, est que la fusion fasse disparaître ce qui fait la spécificité de ce réseau.

Ce débat dépasse largement les querelles internes à l’audiovisuel. Il pose une question de fond : à quoi sert le service public de l’information à l’ère du streaming et des réseaux sociaux ? Quelle est sa mission, et comment la financer sans la vider de son sens ?

Les salariés qui ont fait grève en mai 2024 n’avaient peut-être pas tous la réponse. Mais ils ont eu raison de poser la question bruyamment.

Un service public digne de ce nom ne se rationalise pas comme une entreprise de logistique. Il se défend, se nourrit, s’entretient. Sinon, il se transforme en coquille vide avec un logo reconnaissable.

Ce serait dommage.

Crédit photo : DR

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