Culture

Le jazz parisien ne joue plus les fantômes, il reprend le micro

posted by Vincent 8 février 2026
Le jazz parisien ne joue plus les fantômes, il reprend le micro

On a longtemps regardé le jazz à Paris comme une relique. Les caves de Saint-Germain-des-Prés, Boris Vian et sa trompette, le Caveau de la Huchette qui tourne sans interruption depuis 1948 : un patrimoine magnifique, mais un patrimoine. Une musique de papa, voire de grand-papa, qu’on visitait comme on visite un musée. Cette image a la vie dure, et elle est en train de voler en éclats.

La preuve la plus visible se joue au Théâtre du Châtelet. Du 6 au 9 février 2026, le festival Le Châtelet fait son jazz a transformé l’écrin classique de la place du Châtelet en laboratoire. Trois plateaux par soir, trois ambiances, trois découvertes : la formule refuse la solennité du concert assis et du silence religieux. On y croise aussi bien le pianiste vétéran Kenny Barron que la chanteuse Gabi Hartmann, le oud envoûtant de Dhafer Youssef ou la voix de China Moses. Des générations qui se télescopent sans hiérarchie, et c’est tout l’intérêt.

Ce qui frappe, c’est moins la programmation que l’esprit. Le festival assume un jazz au pluriel, traversé par la soul, les musiques du monde, l’électronique. Loin du purisme parfois pesant des amateurs, qui passaient leur temps à expliquer ce qui était du vrai jazz et ce qui n’en était pas. La jeune scène, elle, n’a pas ce complexe. Elle pioche partout, mélange tout, et tant pis pour les puristes.

60 ans de jazz au Caveau de la Huchette

Pour prolonger la descente dans les caves parisiennes :

60 ans de jazz au Caveau de la Huchette → voir sur Amazon

Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Cette vitalité ne sort pas de nulle part. Elle remonte des caves justement, de ces clubs minuscules où l’on joue à un mètre du public, où l’on transpire et où l’on rate parfois des notes. Le Caveau de la Huchette continue de faire danser le Quartier latin, le Duc des Lombards et le Sunside affichent complet, et de nouveaux lieux ouvrent un peu partout. Paris n’a jamais cessé d’être une ville de jazz, elle avait simplement arrêté de s’en vanter.

Le passage des caves au Châtelet raconte donc autre chose qu’une simple promotion sociale de la musique. Il dit qu’une scène a suffisamment confiance en elle pour occuper les grands plateaux sans renier ses sous-sols. Le jazz parisien arrête de jouer les fantômes du passé. Il a de nouveau des choses à dire au présent, et il les dit fort. Reste à espérer que le public, lui aussi, redescende dans les caves le reste de l’année, parce que c’est là, dans la moiteur et la proximité, que cette musique respire le mieux.

Crédit photo : DR

Leave a Comment

À lire