
À chaque sommet climatique, les mêmes voix résonnent dans les salles de négociation, et ce ne sont pas celles des populations qui encaissent déjà les dégâts. La COP27, organisée à Charm el-Cheikh en Égypte, a vu émerger une revendication que l’on ne pouvait plus ignorer : celle des femmes africaines et indigènes, qui demandent à être entendues là où se décide leur avenir. Leur message tient en une phrase simple. Celles qui subissent en premier la crise climatique devraient avoir leur mot à dire sur les solutions.
Le constat est documenté depuis longtemps. En Afrique subsaharienne, les femmes assurent une part considérable de l’agriculture vivrière, vont chercher l’eau, nourrissent les familles. Quand les sécheresses s’allongent, quand les récoltes s’effondrent, quand les déplacements forcés se multiplient, ce sont elles qui absorbent le choc en premier. Et pourtant leur présence reste marginale dans les instances qui négocient les financements et les engagements. Un déséquilibre qui en dit long sur la manière dont on continue de penser le climat : comme une affaire de chiffres et de diplomates, rarement comme une affaire de vies concrètes.
Face à cela, un collectif réuni sous la bannière « African Women and Girls Demand Climate Justice » a porté à Charm el-Cheikh un agenda précis, fort de plusieurs dizaines de revendications. L’idée n’était pas de quémander une place symbolique, mais d’inscrire la question du genre au cœur même des discussions, plutôt que de la reléguer en marge des sommets comme une variable d’ajustement. Coordonnées notamment par le Women and Gender Constituency, ces demandes touchaient au financement de l’adaptation, à l’accès à la terre, à la reconnaissance du travail invisible des femmes dans les économies rurales.
Les femmes indigènes, elles, ont apporté autre chose à la table. Un savoir. Gardiennes de pratiques agricoles, de gestion de l’eau et des forêts transmises sur des générations, elles défendent l’idée que la lutte contre le dérèglement passe aussi par une reconnexion avec des manières de vivre que la modernité a souvent balayées d’un revers de main. Leur plaidoyer ne relève pas du folklore. Il propose une grille de lecture alternative, où la nature n’est pas un stock de ressources à exploiter mais un équilibre à préserver.
Reste la question qui fâche. Ces revendications seront-elles suivies d’effets, ou rejoindront-elles la longue liste des bonnes intentions affichées puis oubliées une fois les caméras éteintes ? L’histoire des COP invite à la prudence. Mais le simple fait que ces voix se soient organisées, structurées et fassent désormais pression de manière coordonnée change déjà quelque chose. La justice climatique ne sera ni crédible ni efficace tant qu’elle laissera de côté celles qui paient le prix fort. C’est une évidence morale autant qu’une exigence pratique.
Illustration générée par IA
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