Idées

Travailler 120 heures par semaine : la drôle d’idée venue de Séoul

posted by Vincent 27 mars 2022
Travailler 120 heures par semaine : la drôle d'idée venue de Séoul

Il y a des chiffres qui font sursauter. Cent vingt heures de travail par semaine, par exemple. Faites le calcul : cela revient à enchaîner plus de dix-sept heures de boulot par jour, week-end compris, sans jamais souffler. Sur le papier, c’est une journée qui ne s’arrête pour ainsi dire jamais.

Ce chiffre n’est pas sorti d’un mauvais roman dystopique. Il a été défendu en Corée du Sud par Yoon Suk-yeol, alors candidat à la présidence, élu au printemps 2022. Sa formule, restée célèbre, partait d’un exemple concret : pour développer un jeu vidéo, expliquait-il, il faut parfois pouvoir travailler une semaine entière d’affilée plutôt que de s’arrêter à 52 heures.

L’argument se voulait celui de la flexibilité. Laissons les gens libres de bosser autant qu’ils le veulent, disait-il en substance, comme si les salariés signaient toujours ces horaires de gaieté de cœur.

Pour comprendre l’ampleur de la proposition, il faut regarder d’où vient le pays. La Corée du Sud reste l’une des nations les plus laborieuses de la planète. La semaine légale y était déjà passée de 68 à 52 heures, et il avait fallu cinq ans au gouvernement précédent pour imposer ce plafond. Cinq ans pour rogner quelques heures. Vous imaginez le climat.

Alors, doubler ce volume pour atteindre 120 heures, même ponctuellement, cela revenait à effacer d’un trait des années de bataille sociale. Les opposants n’ont pas mâché leurs mots. Certains sont allés jusqu’à comparer cette vision du travail aux pires régimes du siècle dernier.

Mon travail me tue - Burn-out

Seize histoires pour comprendre pourquoi le travail nous epuise.

Mon travail me tue – Burn-out → voir sur Amazon

Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Derrière la polémique, il y a une vraie question de société, et elle ne concerne pas que la Corée. La culture du surtravail y est si ancrée qu’un mot existe pour désigner la mort par épuisement professionnel. Des employés s’effondrent à leur bureau, littéralement. Le pays affiche par ailleurs l’un des taux de natalité les plus bas du monde, et l’on peine à croire que ces deux faits soient sans rapport.

Quand on consacre l’essentiel de ses journées à son employeur, il ne reste plus grand-chose pour fonder une famille, voir ses amis, ou simplement exister en dehors du bureau. La performance économique a un prix, et il se paie en heures de vie.

Vu depuis la France, où l’on débat des 35 heures avec la passion qu’on lui connaît, ces 120 heures relèvent presque de la science-fiction. Mais elles disent quelque chose d’universel : jusqu’où sommes-nous prêts à aller au nom de la productivité ?

La proposition coréenne a au moins le mérite de poser la question sans détour. Travailler pour vivre, ou vivre pour travailler. À chacun de tracer la ligne. Reste à savoir qui, vraiment, choisit de quel côté il se trouve.

Crédit photo : DR

Leave a Comment

À lire