
En août 1937, Emma pose sa valise dans une cabine de Biarritz. Elle n’a jamais vu la mer. C’est le point de départ de Congés payés, le nouveau roman de Tiffany Tavernier, paru le 27 août chez Sabine Wespieser.
Emma est ouvrière, ancienne enfant placée, mère seule. Si elle se retrouve les pieds dans le sable, c’est grâce aux grèves de 1936 et au Front populaire, qui viennent d’arracher deux semaines payées à ne rien produire. Pour des millions de gens, c’est une révolution intime. On a enfin le droit de souffler.
Autour d’elle, tout un petit monde. Julien, son fils, militant communiste, la tête pleine de convictions. Luis, un émigré espagnol proche des anarchistes, qui a laissé une guerre de l’autre côté de la frontière. Et Edmond, un bourgeois qui tourne autour d’Emma sans trop savoir ce qu’il cherche. La séduction et la lutte des classes dans le même mouvement, forcément ça grince un peu.
Le décor est trompeur. On croit à une carte postale et Tavernier glisse la guerre d’Espagne juste derrière la dune. Les réfugiés arrivent, les nouvelles sont mauvaises, et cet été de liberté a un goût de sursis. C’est là que le livre est le plus fort. Il fait tenir ensemble le bonheur tout neuf des congés et l’Histoire qui gronde.
Le roman dont on parle ici, à glisser dans le sac comme on part enfin souffler.
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Tiffany Tavernier n’est pas une débutante. Fille du cinéaste Bertrand Tavernier, elle a coécrit le scénario de Ça commence aujourd’hui avant de s’imposer comme romancière, jusqu’à En vérité, Alice en 2024. Elle sait raconter une époque sans l’expliquer de haut, et ça se sent dans ces 256 pages.
Alors oui, un roman qui met une ouvrière, un communiste et un anarchiste face à un bourgeois, ça pourrait vite virer au tract. Le risque existe, quelques passages appuient un peu fort. Mais Emma est trop vivante, trop indécise, pour se réduire à un symbole. On la suit parce qu’on l’aime, pas parce qu’elle a raison.
Le jury du prix de la Rentrée Forêt des Livres ne s’y est pas trompé, il l’a récompensée cette année.
Pour qui ? Pour celles et ceux qui aiment les romans où l’intime et le collectif se répondent, où une histoire d’amour finit par dire quelque chose d’un pays. Si les grandes fresques sociales vous parlent, celle-ci tient la route. Et à 22 euros, c’est une jolie fenêtre sur un été qui a changé beaucoup de vies.
Crédit photo : Sabine Wespieser Éditeur





