Culture

Wolfgang Tillmans clôt Beaubourg avec un dernier coup d’éclat

posted by Vincent 15 juin 2025
Wolfgang Tillmans clôt Beaubourg avec un dernier coup d'éclat

Avant que le Centre Pompidou ne ferme ses portes pour de longs travaux, il fallait un geste fort. C’est Wolfgang Tillmans qui s’en charge, et le photographe allemand n’a pas fait dans la demi-mesure.

Son exposition occupe 6 000 mètres carrés et porte un titre qui résume bien son art du paradoxe : Rien ne nous y préparait, tout nous y préparait. Visible jusqu’au 22 septembre, elle déroule plus de trente-cinq ans de pratique, du portrait à la nature morte, de l’architecture à l’abstraction la plus pure.

Tillmans, beaucoup le connaissent pour ses clichés intimes de la jeunesse berlinoise et londonienne. Des corps, des fêtes, des chambres en désordre, une certaine façon de capter l’air du temps sans poser. Mais réduire son travail à cette veine serait passer à côté de l’essentiel.

Car l’homme est un expérimentateur compulsif. Il fabrique des images sans appareil, joue avec le révélateur, détourne la photocopieuse, accroche ses tirages sans cadre ni hiérarchie. Une photo minuscule punaisée à côté d’un grand format, le banal qui côtoie le sublime : chez lui, le mur entier devient une composition.

C’est là que l’exposition prend tout son sens. On ne regarde pas des photos alignées sagement, on traverse une installation pensée comme un parcours, presque comme une performance. Chaque salle a son rythme, ses respirations, ses fulgurances.

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Et puis il y a la dimension politique, jamais absente. Tillmans a milité contre le Brexit, défend les libertés et une certaine idée de l’ouverture européenne. Ses images, même les plus douces, portent cette conviction qu’un regard sur le monde n’est jamais innocent.

Le moment ajoute à l’émotion. Donner carte blanche à un artiste vivant pour refermer la programmation d’un lieu aussi chargé d’histoire, c’est tout sauf anodin. Beaubourg s’apprête à disparaître plusieurs années derrière les bâches, et Tillmans signe en quelque sorte le point final avant la longue parenthèse.

Le résultat ne plaira pas à tout le monde, soyons honnêtes. Ceux qui cherchent une rétrospective classique, bien légendée et chronologique, risquent d’être déstabilisés par ce foisonnement qui refuse les repères. Mais c’est justement ce qui en fait le prix.

Pour le visiteur curieux, l’expérience est rare. On sort de là avec l’impression d’avoir vu un artiste penser à voix haute, étaler ses obsessions et ses doutes sur six mille mètres carrés sans jamais se prendre au sérieux jusqu’à l’ennui.

Quelques journées gratuites jalonnent même la programmation, histoire de ne priver personne. Si vous passez par Paris cet été, c’est l’occasion ou jamais. Après, il faudra patienter des années avant de retrouver ce bâtiment, et difficile d’imaginer plus bel adieu provisoire.

Crédit photo : DR

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