Idées

En Italie, la justice se met à compter les secondes d’une agression

posted by Vincent 15 juillet 2023
En Italie, la justice se met à compter les secondes d'une agression

Il y a des décisions de justice qui laissent sans voix, non par leur complexité, mais par leur arithmétique glaçante. En Italie, un tribunal a estimé qu’un homme ayant touché les fesses d’une adolescente n’avait commis aucune infraction, au motif que le geste avait duré moins de dix secondes. Dix secondes. Comme si la gravité d’une atteinte se mesurait au chronomètre.

Les faits remontent à un établissement scolaire romain. Un surveillant de 66 ans est accusé d’avoir empoigné une élève de 17 ans dans un escalier. La jeune fille décrit un homme glissant ses mains sous son pantalon et tirant vers le haut, au point de lui faire mal. Lui parle d’une plaisanterie. Le parquet, lui, ne plaisantait pas : il réclamait trois ans et demi de prison. Les juges ont tranché autrement, considérant que la brièveté du contact et l’absence d’une supposée intention libidineuse suffisaient à écarter le délit.

On reste sidéré devant le raisonnement. Réduire une agression à sa durée, c’est ignorer ce qu’elle produit chez celle qui la subit, transformer une expérience violente en simple incident technique. Une victime ne tient pas de minuteur quand une main s’introduit là où elle n’a rien à faire. Et l’idée qu’il faudrait prouver une intention de plaisir pour qu’un geste devienne répréhensible revient à demander à la victime de sonder l’esprit de son agresseur.

La réaction ne s’est pas fait attendre. Sur les réseaux sociaux italiens, puis bien au-delà des frontières, le verdict a déclenché une vague d’indignation aussi rapide qu’inventive. Sous le mot-clé partagé par milliers, des femmes se sont filmées en train de se toucher ou de se faire toucher pendant exactement dix secondes, exhibant le compte à rebours comme une preuve par l’absurde. L’ironie comme arme, faute de mieux, pour dire l’ineptie d’une justice qui légifère à la stopwatch.

Cette affaire dépasse de loin le cas d’un surveillant romain. Elle touche à la manière dont les institutions, en Italie comme ailleurs, peinent encore à nommer ce qu’est une atteinte sexuelle. Trop souvent, la parole de la victime est pesée, relativisée, soumise à des critères qui semblent sortis d’un autre siècle. Combien de secondes faudrait-il, alors, pour qu’un geste devienne enfin un délit ? Onze ? Quinze ? La question, posée ainsi, montre l’absurdité de l’exercice.

Reste l’espoir, mince mais réel, que le tollé serve à quelque chose. Que ces vidéos moqueuses, partagées par des femmes excédées, finissent par peser dans le débat public et pousser à repenser des textes manifestement inadaptés. Car tant que la loi raisonnera en secondes plutôt qu’en consentement, elle continuera de donner raison à ceux qui se croient autorisés à poser la main où bon leur semble. Et ça, aucune horloge ne pourra l’excuser.

Illustration générée par IA

Le Consentement, Vanessa Springora

Sur l’emprise et la difficulte a nommer une agression, le recit de Vanessa Springora reste une lecture marquante.

Le Consentement, Vanessa Springora → voir sur Amazon

Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Leave a Comment

À lire