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Pourquoi et comment limiter le réchauffement climatique

Posté par Celia Capella 27 juin 2019 0 commentaire

En octobre 2018, le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) publiait un rapport spécial sur les conséquences d’un réchauffement climatique global de plus de 1,5 °C à l’horizon 2100. Comme nombreux rapports de ce type, il regroupe les travaux de scientifiques du monde entier et gagnerait à être lu par tou·te·s. Malheureusement, ce rapport rédigé à l’intention des décideurs est exclusivement en anglais et très peu lu par nos politiques, et encore moins par les citoyens. Mais en Mars 2019, des bénévoles ont décidé d’en proposer une traduction en français pour rendre le document plus accessible. Disponible sur internet, je vous propose de découvrir avec Berthine quelques points importants du rapport.

Le GIEC, c’est quoi ?

Ceux qui s’intéressent à la cause environnementale et/ou à la politique auront probablement déjà entendu parler des rapports du GIEC sur le climat. Sinon, c’est ceux de l’IPCC qui auront atteint leurs oreilles attentives. Premier point important, donc : le GIEC et l’IPCC est un seul et même organisme. IPCC est le sigle anglosaxon : International Panel on Climate Change.

Par la suite, j’utiliserai l’acronyme GIEC qui est le plus utilisé dans les pays francophones. Un exemple parmi tant d’autre de « francisation » persistante des termes scientifiques qui a tendance à être déroutante.

Créé en 1988 par le comité des Nations Unies pour l’environnement (UN Environment) et la World Meteorological Organization, le GIEC regroupe 195 états membres soit la presque totalité des pays du monde.

Le GIEC ne réalise aucun travail de recherche mais est chargé de donner un état des lieux des consensus scientifiques concernant le climat, et des points méritant des études plus approfondies. Son rôle est décrit clairement sur la page d’accueil du site officiel :

 “L’IPCC a été créé pour fournir aux décideurs un état des lieux régulier du changement climatique, de ses implications et des futurs risques potentiels et également de proposer des options d’adaptation et d’atténuation pour l’avenir.”

Site internet de l’IPCC

Le GIEC réunit donc des résultats scientifiques provenant de chercheurs des 195 pays membres pour en proposer un rapport simplifié à l’intention des décideurs du monde entier. Cela signifie que même Donald Trump a dû un jour trouver sur son bureau ce rapport d’une trentaine de page, censé traiter le sujet d’une manière aussi simple qu’exhaustive.

Pour comprendre plus précisément la façon dont il est rédigé, je vous propose un lien dans les sources vers un article du site de l’Université Paris Saclay à ce sujet. J’aimerais plutôt m’intéresser ici au contenu de ce rapport.

Un dernier point avant d’entrer dans le vif du sujet : Pourquoi est-il important pour nous en tant que citoyens de prendre connaissance du contenu de ce rapport ?

Déjà, pour savoir quelles informations sont fournies à nos dirigeants et sur quels scénarios ils se basent pour les prises de décision. Cela peut sembler évident mais parler d’écologie, c’est parler de sciences, et s’il y a bien un domaine gangrené par la désinformation sur internet, c’est celui-ci. Si ce rapport ne doit pas être pris comme référence absolue – car tout résultat de recherche est inévitablement empreint de certains biais – il est certain que c’est un rapport très complet qui regroupe un grand nombre de travaux de recherche.

Moment fan-girl

 J’ajouterais que c’est par exemple un rapport qui devrait, à mon sens, être lu par tous les professeurs qui souhaitent introduire une dimension écologique dans l’enseignement. Créer des documents pédagogiques pour développer l’éducation à l’écologie, c’est le projet de l’ « Office for Climate Education » (OCE), fondé en 2018. Des institutions scientifiques et fondations françaises et allemandes sont à l’origine de cette initiative et j’ai personnellement eu la chance de rencontrer un de ses membres, Pierre Léna, membre de l’Académie des Sciences lors d’une visite à l’observatoire du Cerro Paranal, au Chili. Lors de sa présentation sur le changement climatique pour les scientifiques, il a insisté sur l’importance de l’éducation pour la transition vers un monde plus vert. Selon lui, cet enseignement doit être interdisciplinaire et éveiller chez les jeunes un esprit critique mais aussi plein d’espoir. Un article dans les sources évoque cette initiative plus précisément, pour les curieu·x ·ses.

Après cette longue introduction, venons-en au fait. Que contient ce rapport ?

La Terre se réchauffe

Difficile de ne pas le savoir, la température moyenne de la planète croît. Et même s’il arrive que les températures soient « plus basses que les normales de saison », le consensus scientifique existe : globalement les températures à la surface de la Terre augmentent. En effet, il ne faut pas confondre la « météo », qui étudie le temps qu’il fera demain ou cette semaine dans une ville et le « climat », qui étudient les variations sur des plages de temps et des zones géographiques plus grandes. Quand on étudie l’impact de l’homme sur la planète, on parle en termes de climat.

Le rapport étudie le « réchauffement anthropique », c’est-à-dire la changement climatique dû aux activités humaines. Il considère différents scénarios pour les 80 années à venir, et indique pour chacun la probabilité de limiter le réchauffement à 1,5°C d’ici à 2100.

Conclusion : Le seul scénario permettant de voir la température de la Terre augmenter de « seulement » 1,5°C nécessite de réduire à 0 les émissions de C02 anthropiques d’ici 2050, et d’initier une réduction des émissions des autres gaz à effet de serre après 2030.

On constate donc qu’un arrêt total des émissions de CO2 ne permettrait de stopper le réchauffement climatique que sur l’échelle de plusieurs décennies, à cause des émissions cumulées depuis la période préindustrielle (fin XIXe).

Le rapport conclue ainsi que « Les risques futurs liés au climat seraient réduits par l’intensification et l’accélération des mesures d’atténuation du changement climatique à grande échelle, à plusieurs niveaux et à travers différents secteurs ». L’efficacité des quelques actions mises en place actuellement est également constatée, bien que largement insuffisante.

Personnellement, je comprends que non, il n’est pas trop tard pour limiter les conséquences de l’activité humaine sur la planète, mais il faut agir vite.

Quelles sont les conséquences de ce réchauffement ?

Pourquoi est-il important de limiter à 1,5°C le réchauffement plutôt que 2°C par exemple ? Cette partie du rapport compare les risques associés à ces deux scénarios.

Une différence de 0,5°C de la température moyenne peut sembler infime, mais elle a en réalité de grandes conséquences sur la météo à la surface du globe. Deux exemples sont évoqués :

  • Pour une journée extrêmement chaude à une latitude moyenne (par exemple, une journée canicule en France), le thermomètre grimperait de 3°C dans le scénario 1,5 contre 4°C pour le scénario 2°C
  • Pour une nuit extrêmement froide aux latitudes élevées (imaginons la village enneigé du Père Noël en Laponie), la hausse serait de 4,5°C pour le scénario 1,5°C, mais pourrait atteindre 6°C si la hausse est de 2°C. De quoi faire fondre le beau manteau blanc…

Les risques de sécheresses seraient plus élevés avec un réchauffement de 2°C, tout comme les fortes précipitations dans de nombreuses régions. Non, lé réchauffement ne te permettra pas de se dorer la pilule toute l’année, loin de là.

L’accélération de la fonte de glaciers millénaires entraîne la hausse du niveau de la mer

Également, un réchauffement plus important signifie hausse plus importante du niveau de la mer, mettant en danger plus de côtes au niveau mondial.

Le rapport évoque également les effets sur les écosystèmes : « limiter le réchauffement planétaire à 1,5°C par rapport à 2 °C devrait réduire les effets sur les écosystèmes terrestres, d’eau douce et côtiers et conserver une plus grande part de leurs services aux humains ». On remarque ici que la notion de « service aux humains » est utilisée de manière assez pragmatique. Protéger la biodiversité n’est surement pas une raison suffisante pour agir aux yeux des destinataires de ce texte.

Un chiffre parlant est fourni : Si l’on considère la superficie terrestre susceptible de subir une transformation des écosystèmes pour un réchauffement de 1,5°C, elle sera doublée dans le cas d’une hausse de 2°C.

En ce qui concerne les océans, leur réchauffement et leur acidification aura un impact important sur les espèces marines. Et le manque à gagner est loin d’être négligeable pour la pêche mondiale : avec +1,5°C, ce sont 1,5 millions de tonnes poissons marins qui disparaitront des filets, et deux fois plus en cas de réchauffement de 2°C !

Limiter le réchauffement, c’est aussi sauver des vies humaines. En effet, la mortalité liée à la chaleur, à l’ozone ou à l’approvisionnement en nourriture et en eau sera directement proportionnelle à la hausse de la température moyenne.

Comment limiter le changement climatique et en réduire les conséquences ?

Ces différents éléments le montrent, limiter le réchauffement à 1,5°C est un enjeu majeur d’ici à 2100. Mais alors, quels est le chemin à emprunter pour y parvenir ?

Il est certain qu’il va falloir décupler le peu d’efforts faits actuellement pour atteindre cet objectif : réduction de 45% des émissions par rapport à 2010 d’ici 2030 et atteindre le 0 net vers 2050. Plus que 10 ans pour diviser nos émissions par 2

Dans l’ensemble, les mesures présentées sont assez vagues. Ce document n’a pas pour but de donner un mode d’emploi anti réchauffement climatique !

Parmi les secteurs producteurs de CO2 et autres gaz à effet de serre (méthane et protoxyde d’azote par exemple) l’agriculture est en ligne de mire. Bien entendu, comme près de deux tiers des terres agricoles dans le monde sont destinées à l’élevage, la réduction de la consommation de viande dans les pays développés est inévitable. Cet aspect n’est pas directement pointé dans le texte, mais largement sous-entendu par des expressions telles que « les changements vers des régimes alimentaires moins gourmands en ressources ». Les émissions industrielles devront elles aussi être drastiquement diminuées, au moyen de l’utilisation de produits biologiques durales et de l’électrification ou l’hydrogène.

Eolien : des records, malgré une diminution de la ...

L’aspect énergétique fait l’objet de plusieurs paragraphes du rapport. Si les énergies renouvelables devront représenter 70 à 85% de la production d’électricité d’ici 2050, la part de l’énergie nucléaire devra augmenter dans la plupart des trajectoires imaginées.

Emettre moins c’est une chose, mais il faudra également ajouter à cela le déploiement de techniques permettant le captage et le stockage du CO2 atmosphérique. Ces méthodes existent ou sont en cours de développement, mais doivent être mises en place au plus vite.

Finalement, plusieurs paragraphes s’intéressent au coût de cette transition aujourd’hui nécessaire. Spoiler Alert : Pour parvenir à cela, il va falloir dépenser plus. Beaucoup plus. Ce qui justifie que certains pays dont les économies sont les plus prospères devront investir plus que les pays plus pauvres. Bonne nouvelle : dans la majorité des cas, ils ont également une part de responsabilité plus grande dans cette crise.

Limiter le réchauffement climatique, un combat contre la pauvreté

« Les effets du changement climatique et les réponses qui y sont apportées sont étroitement liés au développement durable qui concilie bien-être social, prospérité économique et protection de l’environnement. »

Traduction citoyenne du rapport du GIEC sur le réchauffement climatique

Une jolie phrase pour insister sur un fait important : les effets négatifs du réchauffement climatiques se feront sentir principalement pour les populations les plus pauvres. Prendre en compte « l’éthique et l’équité » est devenu primordial pour remédier à ces inégalités.

Parmi les mesures préconisées se trouve la diversification de l’économie et de l’énergie pour les régions qui dépendent fortement des combustibles fossiles. Également, les politiques de redistributions pour protéger les populations les plus pauvres et vulnérables seront indispensables, bien que ne représentant qu’une faible part de l’investissement financier total évoqué plus haut.

 La transition doit avoir lieu autant au niveau des systèmes économiques et politiques que dans le comportement individuel. Le défi est sociétal aussi bien que technologique, et la collaboration internationale est désignée comme catalyseur essentielle de ce changement.

Je ne peux m’empêcher de penser aux résultats des récentes élections européennes pour rêver d’une Europe plus écologique à l’avenir. Après cette to-do list infinie d’aspects à traiter, il faut savoir ne pas baisser les bras et visualiser ce défi comme un ensemble d’actions, une philosophie à adopter. Répandre ces messages qui ne relèvent d’aucun fanatisme mais simplement du bon sens nous revient à tous.

Bien entendu, de nombreuses limites peuvent être associées à ce rapport. Je noterais par exemple que les émissions dues aux transports aériens ne sont pas traitées, alors qu’elles sont loin d’être négligeables. Si beaucoup de ces aspects sont connus depuis longtemps, apporter des chiffres et des estimations plus fines de leur ampleur me semble indispensable pour cibler nos actions de manière plus efficace. On parle souvent d’urgence climatique, et cela justifie d’autant plus la nécessité de ce type de travail scientifique pour prioriser les actions et les mener intelligemment. Permettre à chacun de prendre connaissance du travail des scientifiques sur le sujet devient de plus en plus important, notamment dans un contexte dans lequel les fausses informations circulent à des vitesses folles.

J’espère que cette proposition de résumé aura apporté plus de faits à votre réflexion sur le développement durable, et vous aura convaincu de l’urgence de la situation. N’hésitez pas à cliquer sur les liens ci-dessous pour en découvrir plus sur le sujet !

Sources :

  • Référence officielle du rapport du GIEC : IPCC, 2018: Summary for Policymakers. In: Global Warming of 1.5 °C. An IPCC Special Report on the impacts of global warming of 1.5 °C above pre-industrial levels and related global greenhouse gas emission pathways, in the context of strengthening the global response to the threat of climate change, sustainable development, and efforts to eradicate poverty [Masson-Delmotte, V., P. Zhai, H.-O. Pörtner, D. Roberts, J. Skea, P.R. Shukla, A. Pirani, W. Moufouma-Okia, C. Péan, R. Pidcock, S. Connors, J.B.R. Matthews, Y. Chen, X. Zhou, M.I. Gomis, E. Lonnoy, T. Maycock, M. Tignor, and T. Waterfield (eds.)]. World Meteorological Organization, Geneva, Switzerland, 32 pp.

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