
Il y a des moments où une profession entière décide de monter au créneau. Le cinéma français a connu le sien, quand plus de deux mille personnes ont répondu à un appel lancé à l’Institut du monde arabe. Réalisateurs, producteurs, techniciens, scénaristes, exploitants de salles, organisateurs de festivals. Tout le monde dans la même pièce, le même jour, avec la même inquiétude.
Le constat qui les rassemblait n’avait rien de réjouissant. La fréquentation des salles s’effondrait. Sur une seule année, le nombre d’entrées avait chuté de près d’un tiers par rapport à l’avant-pandémie. Des millions de spectateurs ne revenaient tout simplement plus pousser la porte des cinémas.
Les causes, elles, sont multiples et bien connues. Le confinement a habitué tout le monde au canapé et aux plateformes. Pourquoi payer une place et un parking quand Netflix, Disney et les autres déversent des nouveautés directement dans le salon ? L’habitude a la vie dure.
S’ajoute à ça une crise de l’offre. Beaucoup de gros films américains ont été décalés ou envoyés en streaming, laissant les salles avec des trous dans leur programmation. Et le public, lui, ne s’est pas reporté en masse sur le cinéma d’auteur, qui peine à trouver son audience hors des grandes villes.
D’où cette demande d’états généraux, adressée directement aux pouvoirs publics. L’idée n’est pas de pleurnicher mais de remettre à plat tout un système. Le financement, la chronologie des médias, la place du service public, le soutien aux salles indépendantes qui ferment les unes après les autres en province.
Pour situer le débat sur le cinéma français, cette histoire décennie par décennie est précieuse.
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Car derrière les chiffres, c’est un modèle culturel qui vacille. Le cinéma français est l’un des derniers en Europe à résister vraiment à l’hégémonie américaine, grâce à un système de financement solidaire que le monde entier nous envie. Le voir fragilisé a quelque chose de glaçant.
Reste à savoir ce que peuvent vraiment changer des états généraux. On connaît la mécanique : beaucoup de réunions, des rapports volumineux, des promesses, et parfois quelques mesures concrètes noyées dans le reste. L’exercice a ses limites, et les professionnels ne sont pas dupes.
Mais il y a une chose qu’un tel rassemblement réussit toujours, c’est de poser une question simple. Veut-on encore d’une salle de cinéma dans chaque ville moyenne, d’un écran où des inconnus rient et pleurent ensemble dans le noir ? Si la réponse est oui, alors il faut bien en payer le prix.
Le pire ennemi du cinéma en salle, ce n’est pas le streaming. C’est l’indifférence. Et un secteur qui se mobilise à deux mille, au moins, prouve qu’il n’a pas encore renoncé à se battre.
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