
Décider qui a le droit de poser des questions au président, voilà un pouvoir que la Maison-Blanche n’avait pas l’habitude d’exercer. Elle vient de se l’arroger, et le geste a de quoi inquiéter.
L’administration Trump a annoncé qu’elle choisirait désormais elle-même les journalistes admis dans le « pool », ce petit groupe de reporters qui suit le président au plus près, dans le Bureau ovale comme à bord d’Air Force One.
Ce pool n’a rien d’anecdotique. C’est lui qui voit, entend et rapporte ce que le reste du monde ne peut pas observer en direct. En contrôler l’accès, c’est mettre la main sur une bonne part du récit présidentiel.
Jusqu’ici, sa composition relevait de l’association des correspondants de la Maison-Blanche, un usage installé depuis plus d’un siècle. En reprenant la main, l’exécutif s’octroie le droit de trier les voix qui le couvrent au quotidien.
Sur le papier, l’argument se veut rassurant : garantir une couverture « responsable », ouverte à de nouveaux médias numériques en plus des grands titres traditionnels. L’idée d’élargir le cercle n’a rien de choquant en soi.
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Sauf que le contexte change tout. La décision tombe alors que l’agence Associated Press s’est vu fermer plusieurs portes pour avoir refusé de plier sur un point de vocabulaire. Difficile, dès lors, de ne pas y voir une manière de récompenser les médias dociles et d’écarter les gêneurs.
Car c’est bien là que le bât blesse. Quand celui qui est observé choisit ses observateurs, l’équilibre se rompt. Le risque, c’est une couverture lissée, débarrassée des questions qui fâchent, où l’indépendance des rédactions passe au second plan.
Les défenseurs de la liberté de la presse ne s’y trompent pas et montent au créneau. Pour eux, l’enjeu dépasse la simple logistique : il touche au droit du public à une information qui ne soit pas filtrée par le pouvoir lui-même.
Reste à voir jusqu’où ira cette reprise en main, et comment des médias américains déjà sous pression choisiront de répondre. Parce qu’une presse qui laisse trier ses rangs à sa place a déjà cédé un peu de terrain.
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