
On a tendance à croire que la forêt française se porte bien. Elle s’étend, elle gagne du terrain depuis des décennies, elle couvre désormais près d’un tiers du territoire. Sur le papier, c’est rassurant. Dans le détail, beaucoup moins.
Car derrière cette expansion se cache une dégradation discrète. La sécheresse fragilise les arbres, les scolytes ravagent les épicéas, les incendies progressent. L’été 2022 a vu partir en fumée des dizaines de milliers d’hectares, un record depuis le milieu des années 2000.
Face à ça, l’État a une réponse, et c’est là que le débat s’enflamme. On replante massivement, souvent en résineux, souvent en rangées bien alignées. Une forêt qui ressemble de plus en plus à un champ d’arbres qu’à un écosystème.
Le procédé porte un nom qui fâche : la coupe rase. On abat tout d’un coup sur une parcelle, on nettoie, on replante une seule essence. C’est rapide, c’est rentable, et c’est censé préparer la forêt de demain.
Sauf que des associations comme Canopée tirent la sonnette d’alarme. Selon elles, on n’adapte pas la forêt au changement climatique, on l’adapte aux besoins de l’industrie du bois. La nuance est de taille.
Une monoculture, c’est un peuplement fragile. Tous les arbres ont le même âge, la même espèce, les mêmes faiblesses. Un parasite, une canicule, et c’est toute la parcelle qui flanche. La diversité, elle, encaisse mieux les chocs.
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L’Office national des forêts, qui gère les forêts publiques, se veut rassurant. Il met en avant la régénération naturelle, les coupes progressives, l’idée d’une forêt en mosaïque mêlant les âges, les essences et les modes de gestion. Sur les forêts privées, qui dominent largement le pays, le contrôle est plus lâche.
Le vrai nœud du problème est économique. Le bois est une ressource, une filière, des emplois. Personne ne propose sérieusement d’arrêter de l’exploiter. La question, c’est comment, à quel rythme, et au profit de qui.
Une forêt n’est pas qu’un stock de planches. C’est un puits de carbone, un réservoir de biodiversité, un régulateur d’eau, un lieu où l’on respire. La réduire à sa valeur marchande, c’est passer à côté de l’essentiel.
Le débat n’est pas près de se refermer, et c’est tant mieux. Il oblige à penser sur le long terme, sur des cycles qui dépassent largement une vie humaine. Un arbre qu’on plante aujourd’hui, on ne le verra pas adulte.
Reste à savoir quelle forêt on veut léguer. Un alignement industriel optimisé au cordeau, ou un milieu vivant capable d’encaisser le siècle qui vient. Ce choix-là nous concerne tous, bien au-delà des seuls forestiers.
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