
Le principe du Moment Meurice tient en une phrase : prendre un micro, aller au contact, et laisser l’absurde affleurer tout seul. Avec sa chronique baptisée « Équilibrons Mélenchon », l’humoriste de France Inter reprend sa recette favorite, en pleine campagne présidentielle.
L’idée de départ est savoureuse. Sous couvert de respecter le sacro-saint équilibre des temps de parole imposé aux médias, Meurice se propose d’aller titiller les soutiens et les élus de La France insoumise. Une fausse rigueur déontologique qui sert surtout de prétexte au jeu.
Le format, on le connaît bien : l’humoriste débarque, l’air faussement candide, pose ses questions avec le plus grand sérieux, et observe la mécanique se gripper. Le décalage entre le ton appliqué et la teneur des échanges fait tout le sel de l’exercice.
Ce qui fonctionne chez lui, c’est précisément cette posture du naïf. Meurice ne donne pas de leçon, il pousse ses interlocuteurs dans leurs retranchements en jouant l’innocence, jusqu’à ce qu’une réponse un peu trop sûre d’elle vire au comique malgré elle.
La période s’y prête à merveille. En campagne, chaque camp défend son champion avec une ferveur qui frôle parfois la caricature. Mélenchon et ses partisans n’échappent pas à la règle, et offrent à l’humoriste un terrain de jeu idéal pour ses petites embuscades verbales.
Il faut reconnaître à Meurice une forme de cohérence. Il ne réserve pas ses piques à un seul bord politique, il promène son micro un peu partout au fil des élections. C’est sans doute ce qui lui permet de tirer sur tout le monde sans passer pour un militant déguisé.
Le premier roman de l’humoriste de France Inter.
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L’objet a ses limites, bien sûr. Le procédé peut sembler répétitif à force, et certains lui reprochent de cueillir des soutiens parfois mal préparés plutôt que d’affronter les têtes d’affiche. La satire de trottoir a ses facilités, on ne va pas le nier.
Mais il reste quelque chose de précieux dans cette démarche. À l’heure où le débat politique se fige en éléments de langage récités à l’identique, voir quelqu’un venir gratter le vernis avec un sourire fait du bien. Le rire comme dernier rempart contre la langue de bois.
C’est aussi tout l’intérêt de l’humour politique : il rappelle qu’aucune figure n’est intouchable, qu’aucun discours n’est à l’abri d’un grain de sable bien placé. Meurice ne renverse rien, mais il déride, et c’est déjà beaucoup.
Au fond, « Équilibrons Mélenchon » n’est pas qu’une vanne sur un candidat. C’est une manière de se moquer gentiment de toute cette grand-messe électorale, de ses certitudes et de ses petits arrangements. Et entre deux sondages anxiogènes, ça reste une excellente raison de tendre l’oreille.
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