
Depuis le 1er janvier 2023, les jeunes de 18 à 25 ans peuvent repartir d’une pharmacie avec une boîte de préservatifs sans débourser un centime, et sans ordonnance. Il suffit de la demander au comptoir et de justifier son âge, carte Vitale ou pièce d’identité à l’appui. La mesure, annoncée quelques semaines plus tôt par Emmanuel Macron, avait d’abord visé les 18-25 ans avant d’être élargie aux mineurs. Sur le papier, c’est une avancée évidente. Dans les faits, c’est plus nuancé.
D’abord, ce que ça change concrètement. Plusieurs marques sont prises en charge à 100 % par l’Assurance maladie, des classiques comme Manix aux gammes Eden ou Sortez couverts. Le retrait reste confidentiel, ce qui compte énormément à un âge où franchir la porte d’une pharmacie pour ce type d’achat peut encore intimider. Et l’enjeu de santé publique est réel : les infections sexuellement transmissibles repartent à la hausse depuis plusieurs années, chlamydia en tête, sans parler du VIH dont la prévention ne doit jamais relâcher.
Le préservatif reste le seul moyen de contraception qui protège à la fois d’une grossesse non désirée et des IST. Le rendre gratuit pour une tranche d’âge où les budgets sont serrés et la vie sexuelle souvent intense, c’est lever un frein bien réel. On ne va pas bouder une politique de prévention qui mise sur la prudence plutôt que sur la morale.
Reste que la gratuité ne fait pas tout, et c’est là que le bât blesse. Encore faut-il que les jeunes concernés sachent que la mesure existe. Or l’information circule mal, et beaucoup ignorent encore qu’ils peuvent en profiter. Encore faut-il, aussi, que l’usage du préservatif redevienne un réflexe, à l’heure où certaines études pointent un relâchement chez les plus jeunes, parfois persuadés à tort que les traitements actuels rendent les risques anecdotiques.
Et puis il y a le grand impensé de cette mesure : elle reste largement pensée pour les hommes. Le préservatif dit masculin domine le dispositif, quand le préservatif interne, lui, demeure cher, mal connu et difficile à trouver. Une politique de prévention qui ferait porter aux femmes la charge mentale de la protection tout en leur compliquant l’accès aux outils, ce serait un comble. La gratuité, oui, mais pour tout le monde et pour tous les usages.
Au fond, distribuer des préservatifs gratuitement, c’est nécessaire mais pas suffisant. Sans éducation à la sexualité digne de ce nom dans les collèges et lycées, sans campagnes d’information qui touchent vraiment leur cible, sans lutte contre le tabou qui entoure encore ces sujets, le geste risque de rester symbolique. La boîte gratuite ne sert à rien si personne ne sait qu’elle existe, ou si l’on a oublié pourquoi elle compte.
Bonne nouvelle, donc, mais à condition de la regarder comme un point de départ et non comme une case cochée. La prévention ne se décrète pas en distribuant des objets. Elle se construit, patiemment, par la parole et l’habitude.
Crédit photo : DR
Au-delà des préservatifs gratuits, l’éducation à la vie affective et sexuelle se joue aussi à la maison : ce guide aide.
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