Culture

Michel Blanc en dix rôles : l’éloge d’un faux loser génial

posted by Vincent 5 octobre 2024
Michel Blanc en dix rôles : l'éloge d'un faux loser génial

Michel Blanc s’est éteint à 72 ans, dans la nuit du 3 au 4 octobre. La France a perdu l’un de ses comédiens les plus fins, ce visage de la déveine qui cachait un acteur d’une précision rare. Retour sur une carrière qu’on résume trop souvent à un seul rôle.

Ce rôle, on le connaît tous : Jean-Claude Dusse, dans Les Bronzés. Le dragueur lourdaud et malchanceux, sa moustache, sa tenue improbable, ses tentatives ratées qui finissent invariablement par un sois pas vulgaire. Quarante ans plus tard, on en rit encore. C’est avec la troupe du Splendid, en 1978, que tout démarre.

Suivront Les Bronzés font du ski, puis bien plus tard Les Bronzés 3. Aux côtés de Lhermitte, Balasko, Clavier, Jugnot et Chazel, Michel Blanc a forgé une partie de notre mémoire comique commune. Ces films sont devenus des rituels familiaux.

Mais le réduire à Dusse serait passer à côté de l’essentiel. Marche à l’ombre, en 1984, marque sa première réalisation, où il commence déjà à tordre son personnage de loser attachant.

Le tournant, c’est Tenue de soirée, de Bertrand Blier, en 1986. Il y incarne Antoine, un homme qui découvre son homosexualité, face à un Depardieu déchaîné. La performance lui vaut le prix d’interprétation à Cannes. D’un coup, le comique devient un immense acteur dramatique, et personne ne le voit plus pareil.

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Il enfoncera le clou avec Les Témoins, d’André Téchiné, en 2007, où il joue un médecin homosexuel au tout début de l’épidémie de sida. Tout en retenue, en humanité blessée. Aux antipodes du grimacier qu’on attendait.

Derrière la caméra aussi, il a marqué les esprits. Grosse fatigue, où il joue son propre double victime de sosies, ou Embrassez qui vous voudrez, fresque douce-amère récompensée par un César du meilleur scénario. Michel Blanc écrivait, dirigeait, doutait. Un perfectionniste discret.

Ce qui frappe, dans cette filmographie, c’est le grand écart permanent. Le même homme pouvait faire hurler de rire une salle entière et, l’instant d’après, la bouleverser sans un geste de trop. Très peu d’acteurs tiennent les deux bouts comme ça.

Il jouait souvent les anxieux, les complexés, les éternels seconds rôles de leur propre vie. Sauf que dans la sienne, il était de tout premier plan.

Dix rôles ne suffisent pas à mesurer ce qu’il laisse. Mais ils rappellent une évidence qu’on oublie devant ses pitreries : Michel Blanc était un très, très grand comédien.

Crédit photo : DR

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