
On a tous un souvenir de Tom-Tom et Nana quelque part, dans un vieux numéro de J’aime lire corné, sur une étagère d’enfance, dans une salle d’attente. Bernadette Després, la dessinatrice qui a donné vie à ce frère et cette soeur indisciplinés, est morte à 72 ans. Et c’est tout un pan de la bande dessinée jeunesse française qui prend un coup de vieux.
La série naît en 1977, dans les pages du magazine de Bayard. Le principe tient en une phrase : deux gosses, Tom-Tom l’aîné et sa petite soeur Nana, multiplient les bêtises et transforment chaque repas de famille en champ de bataille. Rien de révolutionnaire sur le papier. Sauf que ça marche, et ça marche fort. Pendant des décennies, les albums s’empilent et accompagnent des générations d’apprentis lecteurs.
Le secret, c’est le trait de Després. Reconnaissable entre mille, rond, vivant, jamais sage. Elle dessine des enfants qui ressemblent vraiment à des enfants, pas à des adultes miniatures bien élevés. Les catastrophes domestiques, les disputes, les réconciliations, tout y passe avec une tendresse qui ne tombe jamais dans la morale. Aux scénarios, elle a longtemps travaillé main dans la main avec Jacqueline Cohen et Évelyne Reberg, et ce trio a fini par fabriquer un petit monde immédiatement identifiable.
Pour replonger en enfance, ce best-of réunit les plus belles gaffes de Tom-Tom et Nana.
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Ce qui frappe, avec le recul, c’est que Tom-Tom et Nana n’a jamais cherché à éduquer ses lecteurs. Pas de leçon de vie plaquée à la fin, pas de gentil qui gagne contre le méchant. Juste deux enfants normaux, parfois insupportables, souvent attachants, dans un quotidien que n’importe quel gamin reconnaissait au premier coup d’oeil. C’est sans doute pour ça que les parents, eux aussi, y retrouvaient quelque chose.
Depuis l’annonce de sa disparition, les hommages affluent du milieu de la BD comme des lecteurs devenus grands. Beaucoup racontent la même chose : c’est avec ces albums qu’ils ont appris à lire pour le plaisir, pas pour l’école. Difficile de faire plus beau compliment pour une autrice jeunesse.
Bernadette Després laisse une oeuvre qui n’a pas pris une ride. Les premières éditions s’arrachent déjà chez les collectionneurs, mais l’essentiel est ailleurs : ses personnages continuent de tomber entre les mains de nouveaux enfants, qui rient des mêmes bêtises que leurs parents avant eux. Pour une dessinatrice, c’est probablement la plus jolie forme d’immortalité.
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