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Portrait – Doula es-tu là ?

Posté par Ju le Zébu 17 décembre 2018 0 commentaire

Savez-vous ce qu’est une doula ? Ce n’est pas une sorcière et ce n’est pas une médecin. En fait, nous ne le savions pas très bien mais Jenny nous a tout expliqué et c’est très intéressant que l’on veuille des bébés ou non (en plus Jenny est très sympa).

Les Doulas de la Vienne, Jenny est la troisième en partant de la gauche !

Berthine : Salut Jenny ! Est-ce que pour commencer tu pourrais te présenter à nos lecteurs et lectrices ?

Jenny : Alors, je m’appelle Jenny. J’ai 41 ans. J’ai deux enfants. J’habite à Poitiers après 14 ans passés à la campagne. Et qu’est-ce que je pourrais dire d’autre ? J’ai eu pleins d’emplois différents., dans pleins de domaines. Et là, aujourd’hui, je suis Doula, depuis un peu plus d’un an.

B : Ça tombe bien, on est justement là pour parler un peu de Doula. Est-ce que tu pourrais nous expliquer ce qu’est une Doula ?

J : Alors, une Doula, c’est une personne, à 99,9 % une femme, qui va accompagner une future maman ou un couple, surtout pendant la période de la grossesse, pour donner aux parents le pouvoir de choisir ce qu’ils veulent comme accouchement. La première mission, on va surtout être sur de l’empowerment par un processus d’écoute active. Les parents nous contactent généralement en début ou milieu de grossesse parce qu’ils veulent préparer l’accouchement. Mais il n’y a pas que ça. Avec mes collègues Doula [de Poitiers], on a aussi une spécialisation sur tout ce qui est PMA. On est assez attentives à ce qu’il y ait un jour en France une PMA. On peut aussi travailler sur la phase pré-conceptionnelle avec les mamans, les parents. On peut éventuellement être là à l’accouchement, surtout si c’est à domicile ou si l’hôpital est ok. Et bien sûr on accompagne sur les premières semaines où le bébé est là. Ce sont des semaines qui peuvent être assez critiques en terme de fatigue pour la maman, de difficulté d’allaitement si elle le choisit. On peut aussi intervenir plus tard pourquoi pas, avec des petites filles lorsqu’elles vont avoir leurs premières règles ou dans l’absolu aussi pour des femmes en période de ménopause. Le spectre est très large (pas uniquement l’accouchement).
Il est très important de noter, parce qu’on l’oublie souvent, que la Doula n’intervient qu’en complément d’un suivi médical avec un médecin ou une sage-femme. Nous, on intervient vraiment plus sur tout ce qui est psychique, émotionnel et éventuellement matériel.

: Et ce mot « Doula », d’où vient-il ?

J : ça vient du grec « doula », qui voulait dire celle qui assiste la mère et celle qui est l’esclave. C’est un terme pas très positif. Quand on me demande ce que je fais, je dis plutôt « accompagnatrice à la grossesse ». C’est très restrictif mais si les gens ont des questions, après je développe sur les autres aspects.
De plus en plus, les gens connaissent le terme de « doula ». Du coup, on ne peut pas vraiment se détacher du mot parce qu’il commence tout juste à se faire médiatiser. A titre personnel, je trouve que « doula » ne sonne pas très bien. Ça me fait penser un peu à douleur.

B : Donc les doulas existent depuis … toujours ?

J : Depuis la nuit des temps ! En fait, les personnes qui faisaient office de Doula, on en retrouve jusqu’au début de la seconde Guerre Mondiale. C’étaient des personnes qui assistaient la sage-femme et qui prenaient le relais pendant la période des relevailles, c’est-à-dire les 40 jours après l’accouchement. On disait à la maman de s’allonger pendant 40 jours et de prendre soin de son bébé et les doulas s’occupaient de tout le reste. On retrouve ça encore dans certains pays d’Afrique, où la mère est assistée d’autres femmes, ça peut être sa mère, ses sœurs ou belles sœurs, etc. Nous, dans nos sociétés, on reprend un mode de vie « normale » très très rapidement, ce qui fait que, en France, on a des difficultés maternelles ( baby-blues et/ou dépression post-partum et/ou burn-out maternel) de l’ordre de 30%. Pas mal de burn out et de fatigue aussi. Parce qu’on ne s’écoute pas et qu’on ne prend pas en compte que le corps a quand même vécu un accouchement et qu’on peut ne pas s’en remettre tout de suite.

B : Comment est-ce qu’on devient Doula ?

J : « Doula », ce n’est pas un mot qui est déposé. Il ne correspond pas à un métier ou une formation en particulier. Dans l’absolu, toi demain, tu peux dire que tu es Doula et personne ne viendra rien te dire [attention, ceci n’est pas une bonne idée ^^]. Mais il y a plusieurs organismes de formation en France, dont Institut Doula de France, qui est la plus grosse structure. Une trentaine de doulas y sont formées chaque année sur Paris, Bordeaux et Lyon. C’est là que j’ai fait ma formation. La formation se fait sur un week-end par mois pendant un an. Ce qui permet de pouvoir réfléchir entre chaque module.

B : 30 doulas par an… Est-ce que ça signifie qu’il y a une demande croissante de doulas ?

J : Il y a environ 160 doulas en exercice en France. Elles sont référencées sur un annuaire des doulas. Après pour qu’il y ait une demande, il faut qu’elles soient connues aussi déjà. Personne n’en vit. Pour ça il faudrait faire vingt accompagnements en même temps. C’est généralement en complément d’une autre activité. Il y aura une demande lorsque les gens connaîtront les doulas et verront ce que ça peut leur apporter pour la grossesse et la période post natale. Tout est à faire pour le moment. Il faut en parler, il faut que les gens fassent le pas de venir nous voir. Et puis, comme on est une profession non réglementée, on n’est pas remboursé par la sécu. Donc les parents qui font le choix de faire appel à une doula, ce sont des gens qui ont un peu d’argent, qui peuvent se permettre une dizaine de séances. On va dire qu’ils vont être capables de débourser entre 500 et 800€. Il y a beaucoup de parents qui font le choix de payer avec ce qu’on appelle la prime de naissance qu’ils recevront aux 2 ou 3 mois de l’enfant. Généralement, on leur dit que ce n’est pas grave si ils ne nous payent qu’à ce moment-là. On travaille aussi en chèque universel. Donc les parents qui nous payent comme ça récupèrent au bout d’un an la moitié de l’argent en crédit d’impôts. Il faut quand même avancer l’argent… Il y a aussi des parents qui décident de faire une cagnotte, de demander ça à leur proche plutôt que la dizaine de doudous et cie à la naissance. On peut aussi faire du troc… On peut faire pleins de choses.

B : Comment s’est formée votre association de Doulas à Poitiers ?

J : Alors, Jessica et Emilie ont fait la même formation de doula avec moi en 2017. Pour notre travail de fin de formation, on a choisi de travailler toutes les trois sur le thème de la PMA. On bossait super bien ensemble et le hasard a fait qu’on venait toutes de Poitiers. Ça nous a semblé évident de monter notre asso à la fin de l’année [association des doulas de la Vienne]. Maintenant, on est quatre. Lise vient de finir sa formation à Bordeaux et nous a rejoint. L’asso est ouverte à d’autres doulas qui voudraient venir.

Nous travaillons sur des aspects pragmatiques, de soutien psychologique, émotionnel, voire matériel, c’est lié à notre formation Doula de France. On s’attache à ce que toutes les informations qu’on donne soit issues d’études randomisées-contrôlées

B : Depuis 2017, tu as donc déjà accompagné des parents ?

J : Oui. J’ai accompagné un couple, une maman solo et là je commence à accompagner un nouveau couple la semaine prochaine.

B : Et comment ça se passe un accompagnement (si ce n’est pas top secret) ?

J : Le principe s’est d’intervenir chez les parents, vraiment dans leur univers, sur un créneau horaire qui leur convient. L’idéal, c’est qu’on accompagne la maman mais qu’il y est aussi un travail avec le conjoint ou la conjointe si elle est en couple.

Tous les accompagnements sont différents, il se peut que le papa n’ait pas vraiment le souhait de s’investir pendant la grossesse et ne souhaite pas prendre part aux RDV, par exemple. Moi ça ne me pose pas de problème parce que ce n’est pas parce qu’un ou une conjoint.e ne s’investit avant la naissance que ça fera un mauvais parent par la suite
Ce sont des rendez-vous qui durent généralement 1h30 ou 2h, sans thème préétabli. En fait, c’est ce que les parents ont à apporter à ce moment-là. Quand on ouvre un espace d’écoute, les parents ont beaucoup de choses à dire. Ils ont beau être objectivement accompagné.e.s par un médecin, une sage-femme, une gynéco, ils ne peuvent pas vraiment parler parce que les rendez-vous durent 30min. On se rend compte qu’ils ont beaucoup de choses à dire, des échanges qu’en dehors de ces 2h ils ne sont pas forcément en capacité d’avoir. Ça déclenche souvent d’autres discussions et ça va beaucoup bouger entre deux rendez-vous.
Une fois, j’ai accompagné des parents dont c’était le deuxième enfant et ils avaient aussi besoin de revisiter la première grossesse, ce qui n’avait pas trop marché, ce qui était plus positif. Et surtout ils venaient avec une demande très claire, ils voulaient un accouchement physiologique, le moins médicalisé possible. Qu’est-ce qu’on peut faire pour éviter que ce soit médicalisé ? Autant dire que c’est très compliqué, à part chez soi. Notre rôle est vraiment de dire comment éviter des violences obstétricales dont on n’a pas envie. Il est très important de parler du consentement dans les pratiques obstétricales et gynécologiques.
On peut avoir des demandes très précises aussi. Une amie a eu une maman, dont ce n’était pas le premier bébé, qui voulait travailler sur la gestion de la douleur. Ça peut être par exemple des demandes sur le bon déroulement de l’allaitement aussi. Ce n’est donc pas uniquement pour les premiers bébés.

B : Et pourquoi est-ce que tu as décidé de devenir  Doula ?

J : Quand mes enfants étaient petits, j’étais vraiment hyper intéressée par toutes ces questions. Je me disais que ça allait passer, que c’était parce que j’étais dedans. Mais au fur et à mesure, je tournais toujours autour de ces questions. X fois j’ai regardé comment on devenait sage-femme et tous ces métiers. J’ai choisi de ne pas les faire parce que ça voulait dire passer le concours de première année de médecine, c’était quatre ans d’études et puis les enfants étaient petits à l’époque. J’avais repéré, il y a longtemps déjà, la formation de doula mais c’était toujours trop loin de chez moi et pareil les enfants étaient petits donc c’était compliqué de partir un week-end. Il y a deux ans, j’étais séparée du papa de mes enfants, donc on avait la garde alternée et je me suis dit ça y est, ça libérait du temps et en plus la formation avait ouvert à Bordeaux. C’est par passion autour de ces thématiques, grossesse, accouchement, etc, que je l’ai fait. Après comme le métier n’est pas connu, on ne travaille pas beaucoup, j’en suis très frustrée, donc je vais passer le concours pour être auxiliaire de puériculture. Je voudrais vraiment travailler au plus près de ces moments clés, quand le bébé naît. J’ai assisté il y a quelques mois à un accouchement, j’ai trouvé ça super, d’apporter un peu de douceur parce qu’on parle souvent de l’accouchement comme un moment violent. Lorsqu’il arrive, le bébé, on lui fait subir tout un tas de tests, examens et autres… On accueille pas très bien les bébés en fait. Aujourd’hui 99 % des bébés en France naissent en structure hospitalière.

B : L’avenir idéal des doulas en France pour toi ce serait quoi ?

J : Que toutes les mamans qui souhaitent en avoir une le puissent. Pour ça, il faut qu’elles sachent que ça existe, qu’elles aient les moyens de se payer ça. Après une doula, ce n’est pas nécessaire pour tout le monde. Moi, je suis très pro choix. Une maman qui me dit qu’elle veut une péridurale, qu’elle ne veut pas allaiter, y a aucun souci. Mais après, si il y a des mamans qui veulent une alternative, c’est bien qu’elles puissent être accompagnées. C’est un travail de tous les jours que l’on fait de discuter avec les sages-femmes, de discuter avec les médecins… on est une doula en permanence.

Pour retrouver les doulas de la Vienne et leur poser vos questions :  Les doulas de Vienne (facebook)

 

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