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Comment produire un album ?

Posté par Loupche 15 septembre 2019 0 commentaire

Après la sortie de son deuxième album Drink Responsibly, Swan nous retrouve ici aujourd’hui pour présenter le processus de création, et nous en apprendre un peu plus sur ce qui se cache derrière un album tout chaud, tout juste sorti du four.


Tout d’abord, un album est un projet bien plus ambitieux qu’un titre ou même qu’un clip, car il s’agit ici de réaliser une oeuvre composée de plus petites oeuvres, qui vont, les unes avec les autres, avoir un plus grand impact qu’à elles seules, mais qui doivent tout de même avoir un intérêt individuel. Dans cet article, mon but est de faire découvrir le processus de création d’un album, à partir de ce que je sais de l’industrie musicale, mais aussi à partir de mon expérience personnelle, puisque le 30 août 2019 est sorti sur les plateformes de streaming mon album “Drink Responsibly”.

LE CORPS DE L’ALBUM

Ou plutôt sa tracklist, qui est l’ensemble des morceaux qui le composent. On va considérer que vous savez déjà faire un titre. Une très grande partie du processus va être de créer et perfectionner cette tracklist. Pour ce faire, il y a plusieurs approches (même beaucoup). 

On peut se fixer une tracklist, avec des sons dont le thème, le titre, et l’ambiance sont déjà décidés, où il faut juste “remplir les trous” en produisant les sons en question, mais je trouve que ce genre de contraintes peut finir par étouffer un projet, en figeant dès le départ sa forme, et donc en empêchant toute évolution qui aurait pu être bénéfique. En ce qui me concerne j’ai simplement produit beaucoup de titres (environ une douzaine), et ma tracklist a beaucoup changé au cours du temps, puisqu’elle ne contient maintenant “que” 9 titres. Des sons qui y étaient ont été remplacés par d’autres, certains ont été transformés, rallongés, supprimés, etc., et tous ces choix étaient guidés par une idée générale, l’idée de l’album. Cette idée s’est concrétisée au fur et à mesure que je travaillais sur la tracklist, même si le titre “Drink Responsibly” était là presque depuis le début, et donc a fortement influencé les titres que je produisais (en effet, les thèmes de l’alcool et la drogue y sont très présents).

Le processus que je viens d’expliquer s’appelle la direction artistique d’un projet. Dans la plupart des albums qui existent, ce n’est pas l’artiste qui s’en occupe, c’est le travail du directeur artistique (surprenant), c’est iel qui va s’assurer que l’album prend la bonne direction, et que l’artiste ne s’éparpille pas, ne reste pas enfermé dans un style ou un thème. En d’autres termes, iel impose des contraintes, ou ouvre des pistes, pour que l’artiste produise un album qui a du sens et qui est cohérent.

En général, pendant cette étape du travail, les titres ne sont jamais finis (donc ni mixés, ni masterisés, ni même des fois enregistrés), à part, dans mon cas, quelques singles que j’avais sorti avant (faut bien alimenter le spotify quand on n’a pas des millions de streams). Ils sont sous la forme de démos, un genre de pré-rendu du morceau, qui donnent une idée de ce que ça donnera une fois toutes les étapes finies. En effet, quand on fait un album, on va pratiquement toujours produire plus de titres que nécéssaire, et il serait bête de travailler plus pour des sons qui ne seront potentiellement pas dans la tracklist. Tout ceci a un autre avantage, c’est que lorsque la composition et l’ordre de la tracklist sont décidées, tous les titres vont être finis plus ou moins en même temps. Mixer et masteriser tous les morceaux en parallèle permet de s’assurer de l’unité sonore du projet, c’est-à-dire que tous les morceaux vont avoir la même couleur, et l’auditeur n’est pas choqué par une différence entre deux titres. Evidemment, deux titres peuvent être l’opposé l’un de l’autre d’un point de vue artistique, mais il est important que si un des morceaux a des basses puissantes par exemple, le suivant n’ait pas des basses ridicules, sinon l’illusion d’unité ne marche plus. Il faut que l’auditeur sache (même inconsciemment) que le titre qu’il entend fait partie de l’album.

Je me permets une petite digression pour tout musicien ayant soif d’amélioration. Lorsque vous travaillez sur un morceau, que ce soit avec votre groupe, ou sur votre ordi, il est important de travailler avec des reference tracks. Ce sont des titres dont vous aimez le rendu, qui vous inspirent, et dont vous aimeriez retrouver la couleur et l’énergie dans votre musique. Travailler votre morceau en les écoutant permet d’analyser et d’isoler ce qui fait que la reference track vous plaît (ce peut être une technique de jeu, un élément du mixage, et plein d’autres trucs), et le transposer dans votre travail. Cette technique améliore radicalement tout mix, et en particulier le mix d’un album entier, puisqu’elle fournit un exemple à suivre, et en plus vous entraîne à mieux écouter votre musique, et la musique en général. Fin de la digression.

AUTOUR DE L’ALBUM

C’est bien joli de faire des chansons, mais un album c’est un peu plus que ça. C’est aussi une pochette : le visuel (la couverture quoi) de l’album. Il y en a une infinité, et encore plus de procédés pour les faire, donc je ne vais pas détailler le processus, mais c’est une étape cruciale dans la réalisation de l’album. C’est l’image qui va être associée à tout l’album, et peut même être ce à partir de quoi l’auditeur se fera sa première impression, elle doit donc être réalisée avec un certain soin pour les détails, et rien ne doit être laissé au hasard.

En plus de la pochette, il y a la promotion d’un album ! Je ne parlerai pas de techniques professionnelles, mais simplement de mon expérience, à savoir de la promo sur instagram et facebook. Un album seul n’est (en soi) qu’une collection de musiques sur internet. Il faut donc maximiser le nombre de gens qui savent que cet album existe, le mentionner régulièrement, engager son audience à faire plus que simplement recevoir l’information (instagram est très pratique sur ce point). L’idée est que l’audience de l’album (pour un artiste amateur comme moi) dépasse le cercle des connaissances, et que des personnes découvrent ma musique sans savoir qui je suis en premier lieu. C’est pas facile, ni automatique, et c’est l’objet d’une profession à part entière, le marketing, donc je n’ai fait qu’en explorer la surface.

Les clips sont aussi une grande partie du travail autour de l’album. Il faut d’abord décider quels titres seront clippés (en fonction des tendances des streams, des préférences de l’artiste, de la maison de disque, etc…). Peut-être que certains sons de l’album sont sortis en tant que singles et ont déjà un clip, auquel cas il déterminent un peu l’esthétique visuelle des clips à venir. Certains morceaux peuvent être clippés avant la sortie de l’album pour participer à la promo, et annoncer le projet. Bref, c’est tout un travail qui orbite autour de l’album.

Enfin, il faut aborder la question du live. Jusqu’à présent, votre travail s’est principalement passé tout seul à travailler le son de votre musique, mais il est aussi important de pouvoir faire du live, et se produire sur ses propres chansons. Il faut donc concevoir une version de chaque titre qui puisse être jouée sur scène. Que ce soit seul avec une instru ou avec un vrai groupe de musique, il y a un travail d’arrangement et de préparation non négligeable. Quand on regarde les grandes tournées que font les artistes les plus influents après avoir sorti un album, on est forcé de constater qu’il y a un vrai travail, bien différent de celui fourni en studio. Cela rejoint également le point précédent, puisque faire de la scène est un des meilleurs moyens de faire connaître sa musique. Il est donc important de fournir une performance qui soit à l’image de l’album (pas du playback svp).

Et voilà, votre album est terminé, posté sur les plateformes, vous faites votre campagne de promo, préparez vos clips, et commencez votre tournée, il n’y a plus qu’à tout donner et faire vivre votre musique.

L’avantage de faire un album est qu’il permet de mieux vous explorer, vous-même et votre style, que de simples singles sporadiques. Comme ce n’est pas qu’un seul titre, l’album permet d’expérimenter plus, donc de mettre une plus grande variété de facettes de vous-même dans votre oeuvre. Car un album n’est pas qu’une simple collection de titres. C’est une oeuvre à part entière, et même plus, car un album est le reflet musical d’un artiste, bien plus qu’un single ne pourra jamais l’être. Aussi, la prochaine fois que vous découvrez un artiste, n’hésitez pas à aller écouter son dernier album, vous comprendrez bien mieux l’artiste. Et pourquoi ne pas commencer maintenant en écoutant Drink Responsibly ?


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