Sexe

La vie sexuelle de mon voisin Francis

Posté par Loupche 26 mai 2019 0 commentaire

Le 31 décembre 2018, mon cher et tendre et moi-même emménageâmes dans un lumineux appartement du centre-ville. La vieille cheminée devenue décorative dans le salon, le parquet d’époque qui crisse sous les pieds, les hautes fenêtres rectangulaires — louer un appartement dans un vieil immeuble poitevin a définitivement son charme. Mais il y a aussi quelques inconvénients : la salle de bain au carrelage vert anis (moche) ou encore la tapisserie type rayures d’Obélix dans la chambre d’ami•e•s et… l’isolation inexistante entre les différents appartements. 

A première vue, le voisinage est sympathique : une jeune active souriante, une boulangère que l’on croise peu, une jeune retraitée un peu solitaire mais qui fait de la couture ou encore un sexagénaire aux allures de crooner. Nous pensions que nos seuls problèmes dus à la mauvaise isolation viendraient de nos voisins de pallier, un frère et une soeur malentendant•e•s qui, de fait, n’entendent pas leur chien aboyer ou claquent leur porte d’entrée violemment plusieurs fois par jour. Clairement, nous n’étions pas prêts pour ce que notre quotidien allait devenir. 

Les premiers jours, dans la frénésie de l’emménagement, nous entendions à peine les allées et venues de notre voisin du dessus — que nous appellerons ici Francis le Crooner — qui, grand mélomane, joue du piano dans son salon au-dessus de nos têtes. Nous nous sentions bénis par ce voisinage qui allait rendre la vie en appartement douce, musicale et sans remous. 

Bon, vous le sentez venir comme une montagne parce que je ne manie pas subtilement les ressorts de cette aventure pleine de péripéties, mais nous avons vite déchanté. En effet, Francis ne fait pas uniquement du piano dans son salon, mais il joue également de la guitare électrique et, cette fois-ci, au-dessus de notre lit. Etonnamment, ses envies de gratte sont toujours après 23h et aux alentours de 7h du matin. 

Après plusieurs matins (très très tôt) à être réveillée par des gammes à la guitare électrique branchée sur son ampli, Francis a commencé à me gonfler. Pour prendre de la distance et juger de la situation avec humour et compréhension, j’ai regardé en boucle cette vidéo, qui a donné à Francis des allures d’artiste — parce que, disons-le franchement, ses talents de musicien stagnent et je n’arrive plus à y discerner sa fibre artistique. 

Et puis, un jour, je découvris en Francis une grande humanité. C’était une froide soirée de janvier, il était 23h12 et je lisais paisiblement dans le lit conjugal, quand j’entendis soudain, après quelques crissements de lit, un orgasme aigu de Francis juste au-dessus de ma tête. Quel bonheur, Francis a trouvé l’amour ! Déçue que mon cher et tendre (je maintiens cette expression désuète par pur plaisir narratif) ait loupé le spectacle, je lui raconte tout dans les moindres détails, pendant que Francis a déjà retrouvé son premier amour, sa chère guitare, et donne la sérénade à coups d’une même phrase mélodique répétée en boucle. 

Sauf que, nous l’apprenions à nos dépends un peu plus chaque jour, Francis le Crooner est un homme d’habitude. Ainsi, plusieurs soirs par semaine, entre 23h12 et 23h32, nous assistions à ce spectacle auditif de la jouissance de Francis, puis de cinq minutes de rires avec sa chère et tendre (l’humour de répétition, ça marche parfois), très vite suivis de quelques riffs électriques, avant de raccompagner sa bien-aimée chez elle aux alentours de minuit et de retourner à sa guitare avant de sombrer dans le sommeil — nous soupçonnons toutefois Francis de ne pas dormir, puisque ses arpèges amplifiées semblent accompagner toute notre nuit. 

Ainsi, nous connaissons la vie sexuelle de notre voisin Francis sans jamais l’avoir croisé dans la cage d’escalier, ce qui rend les relations de voisinage un tant soit peu déséquilibrées. Par ailleurs, beaucoup de questions me taraudent : quand va-t-il enfin progresser en guitare ? Pourquoi ressent-il le besoin de brancher son ampli à 7h du matin ? Quel est son secret pour jouir tous les soirs à la même heure ? Et s’il m’entendait jouir moi aussi ? A-t-il des pulsions meurtrières quand il entend notre sèche-cheveux à 00h30 ? 

Aujourd’hui, en tant que voisin•e•s de Francis, nous hésitons. Connaissant le bruit qu’il fait quand il jouit nous le rend à la fois plus proche et plus éloigné de nous, comme un ami avec qui nous fûmes très intimes mais dont nous ne savons plus rien. Toquer à sa porte pour lui demander d’arrêter de jouer de sa putain de guitare à 7 heures du matin nous semble donc être une tâche difficile à accomplir puisque, malgré ses défauts, nous sommes très heureuse et heureux de l’épanouissement auquel nous assistons auditivement. 

Ainsi nous vous demandons, chers lecteurs, chères lectrices, de l’aide : que faire avec Francis le Crooner ? 

Toute ressemblance avec des faits réels ou des personnes ayant existé n’est que pure coïncidence.

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