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MNA #3 : Expulsion de Mineurs isolés à Poitiers

Posté par Ju le Zébu 3 octobre 2018 0 commentaire

Le 17 septembre dernier nous vous décrivions la situation critique dans laquelle se trouve de nombreux mineurs isolés à Poitiers suite à la menace d’expulsion qui planait sur leur lieu d’hébergement et de vie, La Maison. L’épée de Damoclès s’est abattue hier sous la forme d’une centaine de CRS et gendarmes contre une poignée de manifestants pacifiques.

A 5h30 du matin, la mobilisation était l’une des plus importantes qu’il ait été donné de voir depuis plusieurs jours. La veille, en fin de soirée, l’information concernant une expulsion imminente pour le lendemain était donnée et partagée. On compte entre 70 et 80 personnes à 6h. Comme à « l’ordinaire », deux véhicules de gendarmerie effectuent des rondes régulières pour surveiller le rassemblement. Les expulsions ayant généralement lieu très tôt le matin, on peine à croire que les forces de l’ordre interviendront au milieu de la matinée alors que le trafique se densifie, surtout sur cet axe qui mène directement au centre-ville.

Au fur et à mesure des obligations de chacun, le nombre de mobilisés diminue drastiquement. A 8h, une petite vingtaine de manifestants se tiennent encore devant la Maison. On hésite sur la marche à suivre. Faut-il vraiment prendre les menaces d’expulsion plus au sérieux que les autres jours ?

Peu après, vers 8h20, on signale des camions de CRS au Sud de Poitiers.

Quinze minutes plus tard, dix cars CRS et autant de voitures de gendarmes descendent la voie Malraux qui a été bloquée au préalable. Une centaine de gendarmes bien armés et de CRS se postent à proximité des manifestants qui se sont regroupés devant la porte d’entrée et les fenêtres du rez-de-chaussé. Un médiateur annonce successivement les habituelles somations. A la deuxième, les manifestants se décalent progressivement avec l’aide des boucliers des gendarmes qui les poussent plus bas dans la rue, à une trentaine de mètres de la Maison. Personne ne résiste et les choses se passent assez calmement mais la tension est bien présente. On peut même apercevoir des larmes couler. L’incertitude est totale quant à ce qui va se passer une fois que la porte sera défoncée. Ce qui ne tarde pas à arriver. Alors que les manifestants sont parqués et entourés de gendarmes impassibles, des représentants des forces de l’ordre entrent et sortent du bâtiment et l’on assiste impuissant à ce défilé surréaliste. On ignore pendant un moment ce qui se passe à l’intérieur. En même temps, le groupe de manifestants gonfle à une cinquantaine de personnes.

Puis, un premier jeune sort. Il porte sur son dos ses quelques affaires et est escorté par un gendarme jusqu’au peloton qui entourent les manifestants. Le jeune homme passe la ligne sous les applaudissements. Les autres suivront de la même façon, un à un. Chacun d’eux a reçu un papier de la part de la préfecture, leur promettant une nuit d’hôtel à Chasseneuil-du-Poitou (ce qui fait un bout à pied) et une deuxième à condition d’appeler le 115 (qui ne prend en charge que les majeurs, il n’est donc pas certain que cette deuxième nuitée soit assurée). La Préfecture n’a apparemment absolument pas honte de mettre tous ces jeunes à la rue à partir de demain soir et d’y laisser ceux qui pourraient arriver par la suite. Pas leur problème.

On ignore alors encore ce qu’il advient des trois membres du Collectif de la Maison encore présents dans le bâtiment. Ils sortent finalement eux-aussi l’un après l’autre.

Les forces de l’ordre n’auront fait que relever les identités des occupants. Le mot était probablement donné d’éviter tout débordement au vu de la médiatisation de l’événement.

Et maintenant ? Maintenant, ce sont une quinzaine de jeunes qui ont perdu leur toit, encore une fois. Ce sont des jeunes qui dans des situations critiques aussi bien personnellement que juridiquement, se retrouvent sans protection parce que les pouvoirs publiques savent mieux faire preuve de respect des procédures plutôt que d’humanité. Maintenant, c’est un foyer de vie, au sens le plus noble du terme, qui se retrouve muré, brisé, parce qu’il vaut mieux protéger la propriété plutôt que la vie d’autrui.

Les habitants de La Maison sont maintenant dehors mais la mobilisation est loin d’être terminée, bien au contraire. Un rassemblement est organisé aujourd’hui à 18h devant la Préfecture. Le Collectif de la Maison sera également présent sur un stand durant le festival des Expressifs qui se tient annuellement à Poitiers et qui portera sur les frontières.

A l’heure actuelle, les forces se mobilisent principalement pour trouver des solutions d’hébergement plus pérennes pour les jeunes. Si vous souhaitez et pouvez procurer un toit, vous pouvez envoyer vos coordonnées par le biais de la page facebook de La Maison ou par mail.

Facebook :La Maison – Hébergement et soutien aux mineurs isolés en danger

Mail : lecollectifdelamaison@hotmail.com

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