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Les bienfaits de la danse de salon : du faux-pas à la créativité

Posté par Nathanael 12 mars 2019 0 commentaire

Les danses de salon ne sont pas excessivement répandues en France, il faut bien l’admettre. L’image d’un couple de quinquagénaires dansant le tango n’est pas assez émoustillante pour les générations plus jeunes – bien que les danses latines, type salsa ou bachata et autres soient un phénomène de mode bien répandu. Celleux qui recommandent à un public néophyte ce type de danses ont recours à une kyrielle d’arguments expliquant les bénéfices de la pratique d’une danse de couple, et ces bénéfices sont variés.

            Amélioration du système cardiovasculaire, de la flexibilité, de la balance, de la posture, de la mémoire, de la coordination, des compétences sociales, exercice de tous les groupes musculaires majeurs, apaisement du stress, de la dépression et de la solitude par l’interaction sociale, amélioration de l’acuité mentale tout au long de la vie et diminution des risques de démence, amélioration de l’humeur… Les bénéfices ne sont pas moindres – sans parler de ceux attribuables aux versions compétitives de ces danses de couples. La danse sportive attire de plus en plus de spécialistes et professionnel.le.s de la médecine et du sport, visant à développer le potentiel de celleux qu’il convient bien d’appeler athlètes.

            Un aspect en particulier me semble intéressant, parce qu’il ne saute pas forcément aux yeux lorsqu’il est question des avantages de la pratique d’une danse de couple : les moments de gêne. Les moments embarrassants, pendant lesquels on se trouve maladroit.e.s et ça se voit… Imaginez : vous vous trouvez dans un bar bondé, un vendredi soir, sur la piste de danse avec un.e partenaire que vous venez d’inviter. Vous avez bu un peu d’alcool, des congas entraînantes marquent le rythme d’une salsa enlevée. Vous êtes entouré.e.s d’une dizaine de couples sur la piste, mais cela n’importe peu – vous êtes dans votre bulle, avec votre partenaire. Vous vous sentez bien, vous échangez quelques figures, quand tout à coup, votre corps vous échappe, votre connexion avec votre partenaire se désagrège, votre visage se décompose !

            Ce que je décris est une réaction négative à l’extrême face à la situation de l’erreur. L’erreur est un élément intrinsèque de la danse de couple, mais son statut est particulier. Tout au long des cours de danse, les élèves apprennent des figures séparées, ainsi que les moyens de les lier ensemble, de les combiner de manière créative et de construire, d’improviser ainsi avec leur partenaire, une danse entière. Les quelques films (Dirty Dancing 1 et 2, Shall We Dance, Strictly Ballroom) ayant pour thème la danse de salon mettent l’emphase sur un enchaînement bien évidemment travaillé tel quel au préalable – une situation donc bien loin de celle d’un échange spontané entre deux partenaires. Cependant, c’est cette image qui prévaut et qui est diffusée à travers ces films : celle d’un couple qui, sans la moindre erreur, improvise parfaitement une danse extraordinaire. Or, si la complexité des figures s’accroit avec le niveau des danseurs, le potentiel d’une erreur, lui, ne s’estompe jamais.

L’image de la danse de couple transmise par ces films – celle d’une communion si parfaite entre les partenaires que jamais aucune de leurs intentions n’est manquée par leur partenaire – est une illusion. Il faut bien les comprendre, les producteurs cherchent à vendre une idéalisation de la danse de salon assez puissante pour faire rêver les spectateurs et spectatrices. Cette idéalisation représente un mythe si puissant que tout être humain est tenté de s’y identifier : celui d’une connexion empathique si puissante avec un autre être humain que la pensée ni la parole ne soient nécessaires. Ce trope télépathique est peut-être même insidieusement plus puissant dans le cadre de la danse de couple, puisque l’échange est principalement corporel, et symbolise donc la connexion sexuelle entre deux partenaires. Cette image est produite au prix de la réalité, en rendant invisible cet élément intrinsèque à la danse de couple qu’est l’erreur.

Or, l’erreur est un élément capital, et ce pour trois raisons :

  • La situation d’une perte de contrôle, voire d’une information mal échangée ou mal reçue est symptomatique d’un élément incompris, d’un potentiel d’apprentissage. Il s’agit d’une information qui nous permet de nous poser des questions, de nous interroger sur ce que nous pouvons apprendre et sur ce que nous ne maitrisons pas encore. Si mes pieds s’emmêlent entre deux figures, il se peut que leur transition me soit encore floue. Si mon ou ma partenaire est surpris.e par ma réaction, il se peut que les éléments avec lesquels nous communiquons ne soient pas suffisamment adaptés à cette situation – Autant de situations qui nous permettent d’apprendre, de nous développer.
  • Ces situations nous permettent également de pratiquer l’humilité. Nous, peuples occidentaux, sommes tellement fixés sur les pratiques intellectuelles que nous ne jurons que par le contrôle du corps. S’exercer, de manière ludique, à bouger son propre corps, et appréhender par la même occasion la volonté propre qu’il semble posséder nous permet de ne pas nous prendre trop au sérieux, de ne pas croire à outrance qu’on peut le dominer, de transformer cette relation hiérarchique en une relation empathique, pleine de bienveillance. Notre corps, même s’il nous est parfois étranger, nous appartient et nous définit : l’accepter tel quel, comme il peut se déplacer, peut nous aider à nous accepter nous-même, par extension, avec nos potentiels et nos chantiers.
  • Enfin, l’erreur dans la danse de couple se passe au sein d’une situation sociale. Elle nous permet donc d’en profiter pour nous reconnecter avec notre partenaire, de rire, d’échanger sur la situation, d’apprendre, et de pratiquer encore une fois la bienveillance, envers nous puis envers l’autre, par extension.

S’il vous arrive, de temps en temps, de vous retrouver dans les bras d’un.e autre, le temps d’une danse, laissez-vous bercer par les délices du moment, qu’une erreur ne parviendra – qui sait ? – qu’à sublimer …    

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