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Le sexe après un viol

Posté par Sexthine 17 juillet 2019 1 Commentaire

Il est des violences qui nous marquent à vie. À la fois dans la tête mais aussi dans le corps. N’y voyez pas là une défense du dualisme. Simplement, les traumatismes psychologiques sont teintés de réactions somatiques avec lesquelles il faut apprendre à vivre. Parfois la tête avance plus vite que le corps. Parfois, la tête est prête mais le corps ne peut pas. Alors comment faire ?

Cet article ne sera pas du type « 10 astuces pour se remettre d’un viol et avoir une sexualité épanouie », tout simplement parce que je n’ai pas d’astuces, juste des idées vagabondes, juste quelques trucs que j’ai mis en place pour m’aider. Cela ne s’applique pas à toutes, mais cela peut être l’occasion, pourquoi pas, en commentaires, d’ouvrir un espace de paroles pour que nous nous aidions entre victimes.

Questionnement

Le sexe est omniprésent dans notre société de notre naissance – fruit d’une relation charnelle – à notre mort. Il est ce sujet tabou qui fait rougir bon nombre d’entre nous, il est ce point d’interrogation qui s’installe lors du commencement d’une idylle. Comment faire ? Combien de fois le faire ? Vais-je réussir à le faire ? Il existe des modes d’emploi, des livres par centaine, des vidéos…pour apprendre à faire, à bien faire.

Mais que faire quand on n’a plus envie de faire ? Quand le sexe nous terrifie ? Quand il nous fait du mal ? Quand il est teinté de ce moment où notre intimité a été bafouée, ignorée, piétinée ? Qui est là pour nous expliquer comment ne pas faire ? A-t-on seulement le droit de ne plus vouloir faire

Le choc

Après un viol (je le mets au singulier mais il s’agit souvent de plusieurs¹ ), le corps est sous le choc et il va bien souvent présenter des réactions post-traumatiques. C’est normal, c’est une protection.

Il n’y a pas « une façon » de réagir après le choc et encore moins une « bonne façon ».

Vous pouvez entrer dans une phase de déni et elle peut durer des jours, des semaines, des mois, des années. Vous pouvez avoir des envies sexuelles décuplées ou au contraire un refus de connexions corporelles. Vous pouvez faire des attaques de panique, y penser en permanence ou au contraire ne jamais y penser.

Il n’y a pas de bonne façon parce qu’il s’agit simplement de continuer à vivre et selon notre histoire de vie, notre cerveau met en place ses propres mécanismes de défense.

Les miens ont été tenaces, ils ont duré 10 ans.

L’acceptation

Sortir du déni a été pour moi une étape clé pour me reconnecter à ma sexualité. Cela ne veut pas dire que je n’avais pas de sexualité mais il s’agissait plus d’une noyade que d’une agréable baignade. Le rejet et le dégoût de mon corps m’avait installé dans une dissociation totale de mon corps et de ma tête (entendez cerveau). Mon corps était une enveloppe, un objet de désir, qui ne m’appartenait plus.

Il m’a fallu des années pour apprendre à le respecter et ainsi me respecter. Pour réaliser que mon corps, c’était moi tout autant que ma tête.

C’est ainsi que j’avais passé tout ce temps à continuer à le maltraiter parce que j’avais enregistré inconsciemment que le sexe c’était ça : s’abandonner et subir.

Communiquer

Il ne s’agit pas simplement de savoir que l’on s’est fait violer, ni se de reconnaître comme victime, pour guérir d’un traumatisme.

Mon corps qui avait accepté toutes ses violences a changé du tout au tout le jour où il a décidé de s’allier de nouveau avec « mon esprit ». C’est là que j’ai commencé à ressentir le besoin de faire table rase, de reprendre depuis le début, de réapprendre à connaître mon corps comme s’il m’avait été donné le matin même. Et pour cela, il m’a fallu communiquer. Dire à mon compagnon ce que j’avais vécu. Lui en parler vraiment. Pas simplement « j’ai été violée » (cela n’évoque rien pour un homme la plupart du temps) mais lui communiquer mes peurs de façon brute, mes angoisses dans le moindre détail. Il a fallu que je rencontre la « bonne personne » (je n’aime pas cette expression mais c’est l’idée) pour apprendre à jouir.

Fantasme(s)

Notre société judéo-chrétienne a voulu faire de nos désirs une réincarnation de Satan. Sans cesse réprimés, méprisés et moqués, nous en avons souvent honte. Après un viol, ils peuvent devenir terrifiants car imprégnés de ce qu’il nous est arrivé. Parfois, le corps aura besoin de retrouver des situations similaires pour se sentir excité. Ce n’est pas de votre faute.

Il ne sert à rien de lutter contre et de vous incriminer. Les désirs ne se modifient pas à la demande.

Plus nous avons traversé cette épreuve jeune, plus notre sexualité en a été influencée. Flageller ses fantasmes, c’est s’offrir une nouvelle occasion de souffrir. Se réapproprier ses fantasmes est une victoire, quels qu’en soient leurs origines.

Patience

Il ne s’agit finalement pas de guérir du viol mais d’apprendre à vivre avec.

Le sexe ne sera plus jamais le même. La pénétration me terrifie, je ne lubrifie quasiment pas. Les flashbacks sont récurents. Il m’arrive souvent de devoir m’arrêter, parfois au bout de 5 minutes. Je n’ai plus honte. Je ne me force plus. C’est une petite victoire au regard de tous les compromis qu’il faut faire dans la vie sexuelle de mon couple. Mais je sais qu’il me faudra du temps, beaucoup de temps.

S’épanouir dans sa sexualité est déjà compliqué mais quand on a été violée, il s’agit d’un combat, d’un travail de longue haleine. Le seul objectif à poursuivre c’est un peu d’appaisement. Pour ce faire, la patience est une clé quand bien même la pression sociale est telle qu’on se sent pressée.. Penser à soi avant de penser à l’autre, vous avez le droit à ça. La parole est aussi une alliée. Exprimer ses doutes, ses refus, ses envies, quand bien même ces derniers paraissent anticonformistes.

Une dernière chose mais pas des moindres : la sexualité n’est pas un passage obligé pour une vie heureuse, il est primordial de dépasser cette idée reçue.

  1. Dans 80% des cas, l’agresseur est connu de la victime, et un tiers des viols a lieu au sein du couple. Les viols à répétition sont donc monnaie courante. Cela dure parfois des années.

1 Commentaire

Delbaere daniele 17 juillet 2019 at 20 h 24 min

Attention àl’expression se faire violer ..
« Se faire »c’est comme une demande,hors personne ne demande ça .
Autre chose , pourquoi tout baser sur
l’heterosexualite comme si c’était la panacée
universelle ?quand on sait la souffrance et la honte ,la peur que cette sexualité unilaterale
dans son arrogance égocentrique de male peut engendrer .Plus les inconvénients multiples qui suivent pour les femmes , car lorsque pour lui c’est terminé , pour vous souvent ça ne fait que commencer . Les temps changent et nous apprennent a changer , faisons sauter nos oeilleres .Le féminisme n’a jamais tué personne
mais il en a sauvé beaucoup .
« Quand les femmes s’aiment , les hommes ne récoltent pas »

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