Coups de gueule

Et vous, les fautes d’ortografe sa vous énerve ?

Posté par Maxima 2 juillet 2019 0 commentaire

Un article écrit par les voilactères

Ça ne t’est jamais arrivé de t’énerver sur un commentaire ou un article parce que tu y as vu une faute monstrueuse, au point de ne plus t’attacher à ce qui est dit dans le fond ?

« Comme même », « tu est partit ? », «  sa va », « ils croivent », « bonne anniversaire »

Si tu as les yeux qui saignent à la lecture de ces quelques mots, cet article est fait pour toi !

Nb : pour faciliter la lecture de cet article, nous avons décidé de ne pas utiliser l’écriture inclusive*, au profit du féminin. En effet, comme cette tribune de 314 proffes l’écrit, nous avons décidé d’utiliser les accords de majorité. Comme nous écrivons en français et que la majorité des français sont des françaises, et bah on écrira au féminin.

Nb2 : tous les mots avec des * sont expliqués en fin d’article

Pourquoi c’est pas bien

C’est la grande mode avec l’avènement* des réseaux sociaux, tout le monde s’autoproclame proffe de français, et corrige minutieusement les fautes d’orthographe de chaque commentaire. La moindre erreur est dramatique, et est aussitôt mise en accusation et jugée devant le tribunal de notre Sainte Écriture Patrimoniale.

On va voir ensemble en quoi cette pratique peut être douteuse et contre-productive.

Cela condamne les personnes ayant des difficultés

Derrière son ordinateur, on peut se sentir toute puissante … Sans prendre en compte que l’autre, derrière son ordinateur n’est pas forcément comme nous.

En effet, la démocratisation* d’internet et des réseaux sociaux ont permis à des milliers de personnes de pouvoir échanger à travers le monde. Et Internet, en ce cas, est le reflet au moins d’une partie de l’humanité. Et la population n’a pas toujours eu 18/20 en dictée, ni même eu accès à des dictées.

Des chercheuses estiment qu’en France, 6 à 8 % de la population a des troubles dys. (même si dans l’ensemble, les études se contredisent beaucoup, et il est difficile de faire un diagnostic pour certaines personnes, la moyenne des études tourne autour de 6 à 8%).

Parmi les « dys », le plus connu de ce trouble est la dyslexie, qui est un handicap entraînant des dysfonctionnements dans l’écriture. Pour faire simple, pour les personnes ayant ce handicap, les connexions dans le cerveau ne se font pas bien, et il leur est impossible de retenir certaines règles d’orthographe car elles vont avoir tendance à confondre les lettres. D’où le très récurrent « sa va » par exemple.

Mais les personnes dys ne sont pas les seules à éprouver des difficultés avec l’écriture. Mettez vous une seconde à la place d’une étrangère qui tente d’apprendre le français. On est d’accord qu’il ne s’agit pas de la langue la plus simple au monde ? A l’oral, on trouve généralement les accents et les fautes d’orthographe mignonnes (à titre d’exemple, on fond toujours lorsqu’un ami allemand nous dit « j’arrivera » avec son petit accent). Mais à l’écrit, sur internet, on n’entend plus l’accent, on a l’impression de se retrouver face à une égale de nous même, qui part avec les mêmes connaissances, la même culture. Bah, c’est pas toujours le cas.

Enfin, l’Agence Nationale de lutte contre l’illettrisme nous apprend que 7 % de la population française est illettrée (soit quand même 2 500 000 personnes), c’est à dire qu’elle ne maîtrise pas ou plus la lecture et l’écriture. Ces personnes ne sont pas pour autant privées d’un accès à Internet et de la possibilité d’écrire totalement. Seulement, elles vont avoir plus de difficultés, et ce faisant, faire plus de fautes d’orthographe que la moyenne.

Or, quand tu utilises ton Grand Savoir pour reprendre des personnes sur les Internet, tu te montres méprisante envers elles. C’est comme leur signifier qu’elles ne sont pas dignes d’échanger des propos avec les autres.

Surtout que, ne nous racontons pas de mensonges, souvent la carte « olalala la vilaine faute d’orthographe » est utilisée par les fameuses grammar nazies pour attaquer la forme sans avoir à répondre au fond. C’est à dire de ne pas avoir à répondre au cœur du message de la personne mise en cause. Car, en fait, si une personne écrit sur internet, ce n’est pas pour faire sortir de la fumée de tes oreilles, mais pour participer aux débats qui peuvent avoir lieu en commentaire (même si, on est d’accord, les commentaires sur les réseaux c’est pas forcément génial génial…)

Cette forme d’attaque est en réalité, pour les personnes qui ont des difficultés avec l’orthographe, une forme de pression sociale. En effet, quand on se retrouve plusieurs fois avec des commentaires qui ne critiquent que notre orthographe, et ne répondent concrètement pas à notre message, au bout d’un moment, bah ça en devient vexant, attristant. Cela pousse les personnes qui ont des difficultés à ne plus écrire sur internet de peur de se prendre des reproches, et donc à faire une forme d’autocensure*. En définitive, cela exclut donc des personnes qui sont déjà bien souvent exclues dans la société.  

Et puis, lectrice de Berthine, sais tu que lorsque tu agis de la sorte sur les réseaux sociaux, tu valides aussi une institution conservatrice*, anti-femmes et anti-province ? Allez, c’est parti pour une petite histoire de la langue française.

Petite histoire de la langue française

Savais-tu que jusqu’en 1542, le i et le j n’étaient pas distincts ? On écrivait alors iurer pour dire le mot « jurer ». A l’oral, cependant, on disait bien « jurer ». C’est le grammairien Meigret qui propose d’allonger le i pour en faire un j et marquer une différence à l’écrit. Mais ce n’est qu’en 1762 que l’Académie Française fait rentrer dans le dictionnaire la différence entre le i et le j. Soit plus de 200 ans plus tard. Aujourd’hui, on n’imaginerait pas écrire « ioyeux » ou encore « iouissance ». Alors, à toutes celles qui ont récemment critiqué l’entrée de « ognon » dans le dictionnaire, n’ayez pas peur, demandez à votre chère Académie la suppression immédiate du J dans l’alphabet. Et au passage, la suppression du V, du W, des accents, et de la cédille, eux aussi inexistants à cette époque.

Au Moyen-âge, le but des scribes est de retranscrire ce qui était dit. On trouve donc de très nombreuses variantes en fonction du patois qui est parlé, pour coller au plus près du langage. L’Académie Française, en imposant l’écriture des mots, a ainsi participé à gommer l’usage du patois dans les écoles, et donc à le faire progressivement disparaître. Cela a entraîné par la même occasion une perte progressive de la culture des différentes identités régionales, car les plus jeunes ne sont plus en mesure de lire les textes des anciennes.

Enfin, cerise sur le gâteau, alors que durant le XVIIe siècle, les batailles sur l’écriture font rage (l’Académie Française voulant perpétuer la tradition du langage qu’elle a fixée, au point que les personnes tentant de réformer l’orthographe sont obligées de fuir la France), François Eudes de Mézeray, historien membre de Académie Française, écrit dans les années 1670 :

« La compagnie (comprendre l’Académie) déclare qu’elle désire suiure l’ancienne orthographe qui distingue les gents de lettres d’auec les jignorants et les simples femmes ».

Et oui, ici on voit bien le problème : écrire suivant l’ancienne orthographe, donc celle qui est plus compliquée, permet de faire une différence entre l’élite du moment et ceux qui n’y ont pas accès. Cela permettait ainsi de faire en sorte que les moins aisées ne puissent avoir accès à la lecture et donc au savoir. Notons aussi que les femmes sont considérés directement comme faisant partie de celles qui n’avaient pas le droit à l’accès à l’écriture, puisqu’elles sont considérées comme inférieures, simples. Ce n’est d’ailleurs qu’en 1980 qu’une femme fait la première fois son apparition à l’Académie Française : Marguerite Yourcenar. Et oui, l’absence d’inclusivité des mots, l’absence des femmes au sein de l’Institution de l’Académie Française ne sont pas les deux seuls marqueurs de sexisme dans notre langage : il en allait même jusqu’à l’accès à l’écriture.

Des pistes de solution

On ne dit pas qu’il faut juste laisser tomber l’orthographe et s’en foutre totalement. En effet, écrire correctement un article de presse, un roman, un cours d’histoire géographie est très important. Il est évident que les personnes dont le métier est l’utilisation des mots se doivent de diffuser les règles officielles d’écriture. Cela permet aux personnes en difficulté de voir comment bien écrire, et comprendre leurs erreurs, mais aussi de ne pas se perdre dans des dizaines d’écriture différentes par mot.

Mais fichtre, laissez donc les personnes dont ce n’est pas la fonction principale tranquille ! Dans les commentaires des réseaux sociaux, tout le monde peut s’exprimer, et le but EST de s’exprimer, quelque soit son niveau en orthographe.

Si personne ne vous le demande, c’est probablement que la personne s’en fiche de savoir si elle fait des fautes d’orthographe. Vous n’améliorerez pas sa vie de la sorte.

Si jamais vous voyez un commentaire rempli de fautes au point de vous provoquer un ulcère, vous pourriez aussi choisir la solution suivante : répondre au commentaire (parce que sinon, franchement, cela n’a vraiment aucun intérêt), puis écrire (gentiment svp) qu’il y a des fautes.

Mais attention, dire qu’il y a des fautes, ce n’est pas suffisant. Quelqu’un qui fait des fautes ne s’en rend pas compte. Cela peut paraître évident, mais on l’oublie trop souvent. Alors, quand on indique à quelqu’un qu’elle fait des fautes, si l’on souhaite bien faire, il faudrait aussi expliquer quelles sont les fautes et comment on est sensé écrire. Ainsi, on fait preuve de pédagogie, et peut être que cela aidera la personne à ne plus reproduire cette faute. Et hop, au passage, on aide à débarrasser internet des vilaaaaiiinnnes fautes d’orthographe !

Enfin, dernière option, si vous doigts refusent de répondre sur le fond du commentaire : ignorez, tout simplement. Prenez une tisane, sortez faire une balade. Promis, ça ira mieux après.

Dico de poche :

Avènement : c’est l’arrivée de quelque chose d’important, de grande ampleur

Démocratisation : mettre à la portée de toutes, rendre possible pour beaucoup de personnes

Grammar Nazie : défenseure de la langue française et de son orthographe sur Internet, qui va systématiquement corriger les fautes d’orthographe. Agit principalement sur les réseaux sociaux

Auto-censure : forme de censure que l’on exerce sur nous même

Conservatrice : qui refuse le progrès social, politique, technologique, au profit de ce qui existait déjà avant

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