
C’est l’un des événements littéraires de ce début d’année 2026 et sans doute l’un des plus attendus par les fidèles de la fresque sociale entamée il y a quatre ans. Avec « Les Belles Promesses », Pierre Lemaitre pose le point final à sa tétralogie consacrée aux Trente Glorieuses. Si vous pensiez que la famille Pelletier avait déjà tout vécu, détrompez-vous : l’heure de l’addition a sonné.
Le banquet des conséquences
Après les péripéties de Beyrouth (Le Grand Monde) et les tourments parisiens des années 50, nous retrouvons la fratrie en 1963-1964. L’ambiance a changé. L’insouciance (relative) laisse place à une tension palpable. Comme le suggère la citation de Stevenson qui ouvre le roman, chacun doit tôt ou tard passer à la caisse pour ses actes passés.
Au centre de ce tourbillon final se trouve Jean, surnommé « Bouboule ». Personnage pathétique et inquiétant dont l’ombre plane sur la saga depuis le début, il se retrouve cette fois sous les feux des projecteurs, mais pas pour le meilleur. Son frère cadet, François, journaliste et romancier à succès, délaisse sa plume littéraire pour endosser celle d’enquêteur. Flairant des coïncidences suspectes autour de son aîné, il se lance dans une investigation intime et périlleuse.
Un retour aux sources du polar
Ce qui frappe dans ce quatrième opus, c’est la maestria avec laquelle Lemaitre renoue avec ses premières amours : le roman noir. On retrouve la mécanique implacable qui avait fait le succès de Robe de marié ou Alex. L’auteur joue avec nos nerfs, distillant les informations au compte-gouttes, créant ce décalage jubilatoire où le lecteur en sait parfois plus (ou moins !) que les protagonistes. C’est drôle, c’est cruel, et terriblement efficace.
Les dilemmes moraux s’enchaînent, et l’art du retournement de situation – véritable signature de l’auteur – fonctionne à plein régime jusqu’aux toutes dernières pages. Même Joseph, le chat de la famille, semble avoir son rôle à jouer dans cette partition finale.
La France en chantier
Comme toujours chez Lemaitre, la « grande histoire » n’est pas qu’un simple décor ; elle est le moteur du drame. Nous sommes au cœur des années 60, une époque de modernisation brutale. L’intrigue se tricote entre deux grands chantiers qui bouleversent le paysage français : la construction du périphérique parisien, qui redessine la capitale, et le remembrement agricole, qui déchire les campagnes.
Un fil narratif parallèle nous plonge d’ailleurs dans le passé d’une famille d’immigrés espagnols en milieu rural, dont le destin viendra percuter l’intrigue principale dans un final ébouriffant.
En bref
Avec Les Belles Promesses, Pierre Lemaitre ne se contente pas de boucler ses intrigues ; il offre une conclusion haletante à sa grande fresque du XXe siècle. Entre ironie mordante et tragédie familiale, c’est un adieu aux Pelletier qui se dévore d’une traite. La promesse d’un grand moment de lecture est, en effet, fichtrement bien tenue.





