Portraits

Ce qu’une octogénaire peut nous apprendre

Posté par Loupche 10 août 2019 0 commentaire

A 83 ans, la vie de Maria-Jesús a été riche en expériences. Née en 1936 en Espagne, les premières années de sa vie sont occupées à survivre à la guerre civile espagnole, puis à la Seconde Guerre mondiale. Entre dormir sur le sol de la cuisine d’une résidence, parce qu’elle est fille de femme célibataire et n’a donc pas le droit à une chambre, et apprendre à coudre à l’âge de 13 ans, ce qu’elle fera toute sa vie au black — son passé est rempli de traumatismes multiples. Toutefois, ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est son présent, celui d’une femme remplie de joie et de gratitude envers la vie. Aujourd’hui, au fil de ses digressions, elle a beaucoup de choses à nous transmettre. 

Peux-tu donner trois traits de caractère qui te définissent ? 

Je suis patiente. Je me satisfais de ce que j’ai, et je me sens heureuse. 

A 83 ans, est-ce que tu te considères « vieille » ? 

Non. Avoir un corps vieux, c’est inévitable, mais se sentir vieille de l’intérieur, ça non. 

Qu’est-ce que ça veut dire « se sentir vieille de l’intérieur » ? 

C’est quelqu’un que rien ne motive, qui vit dans ses souvenirs, rien ne l’attire, il se sent seul. Quand il s’agit de l’extérieur, on est vieux et puis c’est tout. Il faut l’assumer, faire au mieux pour vivre avec mais, justement, ne pas oublier de continuer à vivre.

Pour toi, une journée réussie, c’est quoi ? 

Le plus important, c’est que toute ma famille aille bien. Que mes enfants et petits-enfants soient en bonne santé. Rien que ça me suffit pour aller bien. Et puis après, avoir accompli mon travail de la journée, avoir fait du mieux que je pouvais. Ça, c’est une journée réussie. 

Et quelle serait l’élément le plus important pour une vie heureuse et épanouie ? 

C’est un peu ce que je t’ai dit avant. Et puis, il ne faut pas emmerder les autres. Comme c’est impossible que tout se passe bien tout au long de notre vie, il faut faire au mieux. Et si tu as fait quelque chose de mal, eh bien il faut faire en sorte d’apprendre de nos erreurs. Après, je remercie Dieu de m’avoir donné des enfants et des petits-enfants, j’ai beaucoup de reconnaissance. 

Qu’est-ce que tu voudrais transmettre aux nouvelles générations ? 

Tu sais, moi je suis croyante. Pas aveuglée par la religion, mais croyante. Et je crois en les Dix Commandements. Le deuxième Commandement, c’est : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », qui veut dire beaucoup de choses. Malheureusement, on ne le comprend pas réellement. Il signifie qu’il ne faut pas blesser autrui. Au-delà de ne pas tuer, voler, c’est surtout dans des petits détails de l’existence. C’est dans ces petites choses insignifiantes que nous devrions appliquer ce commandement. 

Tu peux me donner un exemple ? 

Par exemple, ne pas jeter une peau de banane ou d’orange dans la rue, parce que quelqu’un peut glisser dessus et tomber. Quand je me promène dans la rue et que j’en vois, même si moi je n’ai pas glissé dessus, je la pousse quand même sur le côté. C’est insignifiant, mais c’est important en même temps, pour éviter que quelqu’un d’autre ne glisse. Et des petits gestes comme ça, que l’on pourrait éviter, il y en a une infinité, pour ne pas blesser son prochain. 

Après, il faut travailler. Apprendre un métier qui nous plaît, c’est un privilège. Ce n’est pas une possibilité pour tout le monde. Moi, j’apprécie toutes les personnes qui vont nettoyer, balayer les rues, parce que si elles n’étaient pas là, comment on ferait ? Et il y a tellement de métiers dont nous ne connaissons même pas l’existence mais qui nous facilitent la vie. Travailler dans une usine alimentaire, à toujours répéter le même geste, c’est pour que nous puissions manger ! Nous n’apprécions pas assez ces personnes. 

Et puis je ne te parle pas de l’argent ! Il faut se satisfaire de ce qu’on a. Il ne faudrait pas critiquer, mais celui qui esclavagise les autres pour son profit, ça ne va pas du tout, c’est inacceptable. Ça fait beaucoup de mal, et il y en a beaucoup trop. Il faut apprendre ça à la jeunesse à l’école, leur montrer.

C’est-à-dire ? 

Qu’on ne peut pas profiter des autres pour être riche ! Et de la nature. Se dire que tel objet est super et qu’on va le produire malgré la catastrophe environnementale que sa production va causer, ça en fait aussi partie. Parce qu’il « faut gagner de l’argent ». Il faudrait apprendre dans les écoles qu’on peut être heureux en faisant un travail honorable, et en le faisant bien. Gagner son salaire, ne pas trop s’endetter, se satisfaire de ce qu’on a, parce qu’on peut être heureux avec peu. 

Laisser un commentaire

Vous aimerez aussi