AstronomieSciences & Vie

Apophis, l’astéroïde qui ne va pas détruire la Terre

Posté par Celia Capella 30 septembre 2019 0 commentaire

Si la presse a saisi sans hésiter la nouvelle d’un gros caillou céleste frôlant bientôt la Terre, la nouvelle n’est en réalité pas aussi spectaculaire qu’il n’y parait.

Le constat alarmiste de la presse

Depuis sa découverte en 2004, l’astéroïde Apophis défraie la chronique. Appartenant à la liste des géocroiseurs, c’est à dire que son orbite s’approche ou croise celle de la Terre, ce gros caillou a un diamètre estimé à 325 mètres de diamètre. C’est probablement son nom qui en effraie plus d’un, emprunté au dieu de la mythologie égyptienne dont le but est la destruction de la création divine. Rien que ça.

Les premières estimations après sa découverte donnaient une probabilité de collision avec la Terre de 2,7%. Si l’on en croit un article de CNews sur le sujet, publié en aout de cette année, cette menace bien réelle pourrait être la cause de la fin de l’humanité toute entière en 2029.

Pas très rassurant tout ça…

Difficile de passer à côté de cette annonce ces derniers mois sur les réseaux sociaux. Selon le journaliste, avec un peu de chance, nous frôleront l’éradication de la vie sur Terre d’ici dix ans.

Mais depuis 2004, les agences spatiales et observatoires du monde entier ont étudié cette menace pour réévaluer la probabilité de collision. Et seulement quelques semaines après sa découverte, il semblait raisonnable de considérer que la catastrophe n’arriverait pas dans les décennies à venir. Si une autre collision était à craindre pour 2036, le danger a été définitivement écarté par les scientifiques en 2009.

En 2013, le télescope spatial européen Herschell réalise des observations détaillées d’Apophis, permettant notamment une meilleure estimation des conséquences de la chaleur solaire sur sa trajectoire. Encore une fois, la probabilité de collision dans le siècle à venir diminue.

Une réalité un peu moins spectaculaire

Lorsqu’on cherche les informations à la source – dans notre cas les communiqués de la NASA ou de l’ESA – on comprend que certains médias se saisissent des scénarios les plus catastrophiques ou exagèrent certains aspects pour faire du clic. En effet CNews publie une image provenant bien du communiqué de la NASA que le journaliste le désigne comme « le meilleur des scénarios ». Alors que c’est bien le pire des scénarios pour 2029 qui est représenté sur cette simulation, montrant le passage de ce « monstre céleste » relativement proche de l’orbite des satellites géostationnaires (utilisés entre autres pour les télécommunications). Nous sommes en 2019, et le journaliste explique que la collision n’est pas exclue par les scientifiques de la NASA, alors que dans les faits, elle l’est complètement depuis plus de dix ans.

On aura probablement pas besoin d’un astéroïde pour détruire l’humanité

Le monstre destructeur est en réalité un peu moins impressionnant, puisque son impact serait important sur une région de la taille d’un pays, mais surement pas sur la Terre entière. On me dira surement que cette information ne pouvait pas être trouvée par le journaliste rapidement et facilement. Pourtant, l’Imperial College propose un calculateur en ligne permettant d’estimer l’impact d’une telle collision en fonction de la taille de l’objet et de quelques autres paramètres. Je vous conseille de jouer un peu avec, vous découvrirez que pour anéantir la vie sur Terre, il faudra plus qu’un caillou de quelques centaines de mètres.

Pour éviter ce genre de constat faussement alarmiste, les scientifiques ont mis au point une échelle nommée « échelle de Turin » permettant de classifier les géocroiseurs en fonction de leur dangerosité pour la planète bleue. Certes, après sa découverte, Apophis a escaladé les marches de cette échelle jusqu’à devenir le seul astéroïde à ce jour à avoir atteint 4/10. Mais depuis 2006, il est redescendu… à 0.

Pas de panique donc, la fin du monde n’est prévue ni pour 2029, ni pour 2036… Mais alors, pourquoi tout le monde s’est affolé en Aout de cette année autour de ce non-événement?

Sensation ou désinformation?

C’est probablement le communiqué de la NASA datant d’avril dernier, et le vide médiatique des vacances d’été qui ont fait remonter le sujet en Aout. L’article en question est titré : « Les scientifiques planifient dès aujourd’hui le passage d’un astéroïde dans 10 ans ». La Nasa évoquait alors l’incroyable aubaine scientifique que représentait le passage d’Apophis, rappelant au sujet de la collision que « les observations ont complètement éliminé cette possibilité ».

Ce n’est pas la première fois qu’un sujet scientifique est utilisé à des fins de « click-bate », pour attirer le lecteur avide de scénario catastrophe et sensationnel. Quand ce type d’article est publié sur un site miteux qui n’est visité que grâce aux partages Facebook, il est un vecteur limité de fausse information. Mais quand ces élucubrations sont partagées par un média comme CNews, qui parait assez sérieux pour inspirer la confiance au lecteur, c’est la communauté scientifique qui est décrédibilisée. Je vous incite à toujours vous méfier des informations sensationnelles et des gros titres. Il existe de nombreux médias plus sérieux et spécialisés traitant de ce type de sujet, mais aussi les sites internet des agences spatiales (européenne ESA, ou française CNES). C’est un bon moyen, quand on vous annonce un cataclysme météoritique proche, de vérifier la date de la fin du monde.

Sources

Laisser un commentaire

Vous aimerez aussi