QuotidienTémoignages

Antimilitariste, je fais du sport à la caserne

Posté par Loupche 4 octobre 2019 2 Commentaires

Moi, je m’appelle Lou. J’ai 23 ans, je suis vegan, féministe radicale, grande défenseuse des droits LGBT+, écolo à tendance anarchiste, etc. De fait, l’antimilitarisme me semble évident au vu de mes valeurs. Alors, qui aurait pu penser que je me retrouverais un jour à faire de l’elliptique dans la caserne militaire de la ville ? Laisse-moi te raconter. 

Warning : cet article n’a pour aucun cas l’objectif de te détailler mes opinions politiques mais simplement de te raconter une partie de ma vie un peu insolite à savoir que, chaque semaine, je rentre dans la caserne millitaire pour aller faire du sport.

Tout a commencé quand j’ai fait part à mon ami Aloïs de mon envie de trouver une chouette salle de sport pour profiter du shoot d’endorphine d’une bonne séance. Voulant faire comme tou•te•s les étudiant•e•s à petit budget, j’envisageais Basic Fit quand mon cher ami Aloïs me fit part d’une conversation qu’il avait eu avec un de ses collègues de son espace de co-working (ndlr : toujours avoir un ami infiltré dans un espace de coworking macroniste — oui, c’est un oxymore — c’est très pratique). En effet, il existe une salle de sport dans la caserne militaire avec des prix défiants toute concurrence : constitué en association, ce centre sportif fonctionne avec une cotisation annuelle de 170€ ou 140€ pour les étudiant•e•s. Cela équivaut à 11,67€ par mois ! Mon intérêt fut immédiat, on s’en doute. 

Après une première visite, j’étais convaincue : l’ambiance était conviviale, la salle spacieuse et lumineuse, les coachs disponibles avec la possibilité d’avoir un programme personnalisé gratuitement. Par ailleurs, l’idée de donner mon argent à une association plutôt qu’à un gros groupe comme Basic Fit me semblait s’aligner avec mes valeurs. Même si, pour cela, je devrais entrer toutes les semaines dans la caserne militaire. 

Comment rentrer dans la caserne ? 

Chaque matin, je pars pour la salle de sport et arrive devant la caserne vers 10h30. Grâce au petit macaron bleu que j’ai dû mettre en bas à gauche de mon pare-brise et pas ailleurs, le ou la jeune militaire en formation m’ouvre le portail de la caserne. A partir de là commence le plan « anti-terrorisme ». Le badge de la salle de sport doit être toujours autour de mon cou et je dois arrêter ma voiture juste à côté du portail pour un contrôle de cette dernière : coffre, porte arrière, porte avant et sac, tout doit être ouvert et vérifié. Seulement après ce contrôle ai-je le droit de remonter dans mon véhicule et de m’engager dans la caserne, en roulant à 20km/h maximum. En gros, je ne suis sur mon elliptique chéri qu’à partir de 10h40, puisque dix minutes de mesures « anti-terrorisme » nous séparent chaque matin. 

Fragments de vie 

Le public de ce centre sportif très particulier est majoritairement composé d’hommes fonctionnaires retraités et de leurs femmes. Quelques jeunes égaré•e•s comme moi, des habitué•e•s d’une quarantaine d’années, mais la moyenne d’âge reste aux alentours de soixante-dix ans. A force d’entendre des bouts de conversation, j’ai le regret d’annoncer que quand on cumule troisième âge et carrière dans l’armée, on est souvent raciste, sexiste, traditionnaliste et d’extrême-droite. Ils ont l’air sympas les petits vieux, mais il ne faut pas trop écouter les conversations quoi. Malgré tout, mes oreilles traînent. Sur ce, je te laisse avec mes petites pépites de la journée :

  • Un quinquagénaire extrêmement musclé et pas commode explique à son collègue de machine en baissant la voix qu’avant on pouvait se moquer des arabes gentiment mais que maintenant on ne peut plus rien dire. 
  • Un petit vieux navré se plaint à une dame sur le rameur de l’anonymat des bornes automatiques d’achats, que maintenant tout est anonyme et qu’il n’y a plus de chaleur humaine.
  • Deux personnes autour d’une troisième installée sur la machine pour le développé assis. Celle-ci demande à monsieur X comment vont ses chiens. Ah, tu n’en as plus que 5… C’est des beagles (prononcé « béagueule » par madame Y) ? Oui c’est idéal, ils sentent à des kilomètres… Mmm, une petite ouverture de la saison de la chasse, délicieux…
  • Il y a pléthore de femmes septuagénaires longilignes adorant les commérages à voix basse, si possible sur d’autres adhérent•e•s de la salle. Les stéréotypes de genre sont tout de même remis en question, puisque les hommes sont encore plus souvent en groupe à murmurer les derniers gossips croustillants, si possibles bien glauques (« mme machin qui a perdu son fils, elle est têtue elle refuse mon aide », « et X il pissait le sang, on l’a pas revu depuis »). 
  • Ce septuagénaire je le vois tout le temps, que je vienne à 10h ou à 13h, le mardi ou le jeudi, il est toujours en train de papoter et rarement sur les machines. 
  • Ah tiens, encore le contrôleur du bus. Celui-là, je pensais qu’il me faisait peur juste parce qu’il contrôle ma carte de bus depuis que j’ai dix ans, mais en fait il est vraiment très flippant, il a toujours l’air énervé et dès qu’on lui parle il réussit à ronchonner, dire que « c’est pas normal », « à un moment donné faut pas déconner » et autres « roooh pffff franchement… ». J’ai peur qu’il finisse par tuer quelqu’un, il a même l’air énervé contre les machines. 

2 Commentaires

Camouflet 5 octobre 2019 at 12 h 26 min

Salut,

Je suis un peu étonné par ton article.
Je suis nouvel adhérent à la même salle (vraisemblablement) et nous partageons les mêmes valeurs et idéaux bien que je ne sois pas militant.
J’avoue d’ailleurs être allé à la salle un peu à reculons la première fois à cause du cadre militaire, et ce qui m’a attiré était principalement le prix.
Nous n’y allons pas aux mêmes horaires mais mon expérience diffère assez de la tienne.

10 minutes de mesures anti-terroriste qui consistent à ouvrir des portières et un sac ? Ça me paraît un peu surévalué. Pour ma part je viens en vélo et ouvrir mon sac me prend 10 secondes.
Ou alors tu prends en compte le trajet à partir de l’entrée de la caserne, de te garer, de parcourir le bâtiment du club jusqu’à la salle de sport ? Le tout me prend 2 ou 3 minutes dont bien moins d’une minute de mesures anti-terroriste.
Tu peux aussi te garer dans la rue qui longe la caserne ou sur le parking juste en face si tu veux éviter d’avoir à ouvrir tes portières.

Quand j’y vais, la salle n’est pas « majoritairement composée d’hommes fonctionnaires retraitées et de leurs femmes ». C’est peut-être en raison des horaires ? Lorsque j’y suis, l’après-midi, le public est assez hétérogène. La moyenne d’âge est sans doute plus haute qu’un club de muscu « classique » (entre 30 et 40 ans ?) mais rien à voir avec ta « moyenne d’âge aux alentours de soixante-dix ans ». Comme tu l’as souligné, on y trouve de tous âges.

Quant aux discussions des autres, je les écoute assez peu, concentré sur mon activité, mais je n’ai rien entendu de déplaisant. Les gens discutent de tout, de rien et de sport.
Je me dis aussi que tes quelques anecdotes de dialogues pas très agréables que tu décris pourraient finalement se retrouver dans n’importe quel contexte : dans la rue, dans un bar, au marché… Et ne me semblent pas spécifiques au public de ce club ou à l’environnement militaire.

Répondre
Loupche 7 octobre 2019 at 8 h 37 min

Salut ! Je suis ravie que tu aies adhéré à cette salle de sport 🙂 Le terme « mesures anti-terrorisme » est celui utilisé par la caserne, d’où le fait que je l’utilise (c’est écrit sur une feuille affichée sur une des portes de sortie, au niveau des rameurs si tu veux aller checker). C’est possible en effet que notre expérience diffère au vu de l’heure à laquelle j’y vais, à savoir le matin, quand beaucoup de personnes sont au travail. L’objectif de cet article était humoristique et non pas dénonciateur, ne te méprends pas, je suis ravie de passer une année dans cette salle 😉 !

Répondre

Laisser un commentaire

Vous aimerez aussi