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Mon stage dans le désert #2 : Vivre dans un observatoire

Posté par Celia Capella 18 mai 2019 0 commentaire

Depuis février 2019, je suis en stage à l’observatoire astronomique du Cerro Paranal dans le désert de l’Atacama au Chili. Dans cette série d’articles, je vais tenter de vous décrire le mode de vie des astronomes et ingénieurs sur ce lieu de travail peu commun, telle une envoyée spéciale en terre hostile.

Pour observer le ciel de nuit, les scientifiques nécessitent un ciel le plus « pur » possible. Le choix du site sur lequel on place un observatoire est choisi selon différents critères. Pour commencer, il faut s’éloigner des grandes villes dont la pollution lumineuse crée un voile orangé sur le ciel. D’autre part, toute la technologie du monde ne suffit pas à s’affranchir du pire ennemi des astronomes : les nuages. Il faut donc choisir un lieu aride (un désert par exemple !) et en altitude pour être au-dessus de la couche nuageuse. D’autres aspects entrent en jeu, mais ces quelques points me suffisent à introduire le sujet de cet article : travailler dans un observatoire, c’est être isolé au milieu du désert à 3000 m d’altitude. Mais surtout, comme il est hors de question de faire l’aller-retour chaque jour vers la ville la plus proche – située à 2 heures de bus – l’observatoire du Cerro Paranal est un lieu de vie pour toutes les personnes qui y travaillent.

Le travail à Paranal fonctionne en « shifts » : les employés alternent des jours de présence sur la montagne et des jours de repos chez eux, ou de travail dans les bureaux situés Santiago. Ils ne peuvent rester sur la montagne plus de 14 jours, et comme ironise l’un de mes collègues sur le sujet : « A partir de 10 jours à Paranal ça commence à être difficile. 11 ou 12 jours, une légère démence apparaît et après, ça devient irrattrapable! ». J’imagine (et j’espère) que c’est légèrement exagéré, mais pour permettre de bonnes conditions de travail, l’ESO a fait de ce lieu de vie un endroit tout à fait hors du commun.

Je vais vous présenter 5 choses que vous ne penseriez pas trouver dans un observatoire astronomique, et qui permettent aux employés de se détendre quelques instants après des journées de travail de 10 heures en moyenne

1. Un hôtel de luxe

La « residencia », de son petit nom, abrite les chambres des employés de l’ESO. Loin de ressembler à un vaste internat, cet hôtel conçu par le cabinet d’architecte allemand Auer+Weber+Assoziierte offre un oasis moderne au milieu du désert quasi-martien. Une serre tropicale sous un dôme rétro-futuriste et une piscine turquoise permettent de maintenir un taux d’humidité agréable – selon la version officielle – mais surtout quelques brasses au chercheurs. Pour compléter ce tableau luxueux, l’hôtel propose un sauna.

Ce lieu improbable a même servi de décor à un film de la saga James Bond : Quantum of Solace.

Cette vidéo réalisée par le pôle de communication de l’ESO propose quelques extraits du tournage et des interviews du réalisateur et des acteurs à propos de ce lieu insolite.

2. Un complexe sportif

« Un esprit sain dans un corps sain » disait l’autre. Même avec un air légèrement raréfié en oxygène par l’altitude, les scientifiques entretiennent leurs corps d’athlètes. Du yoga, de la musculation, du futsal, du squash: aucune excuse pour y échapper (est-ce que c’est maintenant que je vous avoue que je n’y suis allée qu’une fois en trois mois? ).

Pas beaucoup de choix dans les banques d’images quand on tape « scientifique musclé ».
[Image vraiment pas contractuelle]

3. Une salle de musique

Voilà un endroit où j’ai passé un peu plus de temps ! Les scientifiques sont souvent musiciens, et pour briser le silence du désert, quoi de mieux qu’une salle de musique équipée? Il y a même un professeur de musique qui vient une fois par semaine organiser des ateliers de composition, des jams sessions et même des représentations ! Piano, guitares, batterie, etc. : tout pour booster la créativité de ceux dont l’idole n’est autre que Brian May: guitariste du groupe Queen et astrophysicien. Ce dernier a d’ailleurs signé quelques autographes et quelques instruments lors de sa précédente visite à l’observatoire.

La musique – et le service des ressources humaines – ont d’ailleurs inspiré les employés: en 2013, ils réalisaient cette reprise d’une chanson de Kaiser Chief suite à la visite de certains membres du groupe:

Ceux là sont peut-être restés sur la montagne plus de 12 jours…

Des télescopes et des employés-musiciens [presque] convaincus par ce qu’ils font : un vrai lip-dub digne des regrettées années 2000!

4. Un wagon-musée

Oui, je sais, cet article est de plus en plus absurde. Mais tout est véridique ! Un passionné de trains – chacun son truc, pas de jugement – est à l’origine de cette initiative. Un ancien wagon du début du XXe a été récupéré et emmené sur la montagne pour être restauré et abriter à terme un musée. Différents instruments scientifiques relatant l’histoire scientifique de l’observatoire sont collectés pour préserver la mémoire de ce lieu unique. Il paraîtrait même que Stéphane Berne en personne parraine l’opération ( Source : mes rêves ).

5. Des célébrités

Pour beaucoup de scientifiques à travers le monde, l’observatoire de Paranal est un temple de l’astronomie. Nombre d’entre eux viennent en pèlerinage quand ils parviennent à se faire inviter : l’hôtel et l’observatoire ne sont ouverts au public que lors de visites diurnes le week-end mais pour avoir la chance de passer une nuit au sommet, il faut être invité par un employé. Ainsi depuis mon arrivée à Paranal, j’ai pu rencontrer des chercheurs de renom: Michel Mayor, qui a découvert la première exoplanète en 1995, Alain Aspect dont les travaux ont fondé l’optique quantique ou encore Pierre Léna, l’un des pères fondateurs de l’observatoire. Ces noms ne vous évoquent peut-être pas grand chose, mais comme je l’ai évoqué plus haut il n’y a pas que les physiciens qui visitent ce lieu.

Paranal a également accueilli le plus rock’n’roll de tous les astrophysiciens: le guitariste de Queen, Brian May. Sa visite a laissé des étoiles dans les yeux des employés et c’est toujours avec un large sourire qu’ils évoquent ce moment.

La légende raconte qu’il était excité comme une puce devant les télescopes et était ravi de sa nuit d’observation – Crédit photo: site web de l’ESO.

Je n’étais malheureusement pas encore sur les lieux mais plus récemment j’ai pu rencontrer un créateur de contenu sur Youtube que j’admire beaucoup et qui était de passage pour un reportage: Patrick Baud, créateur de la chaîne et des livres Axolot.

Patrick Baud et une fan-girl au milieu du désert d’Atacama. Je vous avoue qu’il était aussi étonné que moi de croiser une abonnée à cet endroit là !

Je ne saurais faire une liste des célébrités ayant défilé sur les lieux, mais je pourrais évoquer le violoncelliste Yo-Yo Ma qui a donné un concert magique sous les étoiles au début du mois de mai .

Yo-Yo Ma et son récital sous les étoiles – Crédit photo :
@austinmann

Vous imaginez bien que l’un de mes passe-temps favoris à l’observatoire est d’enquêter pour savoir qui sera le ou la prochain·e VIP présent·e sur la montagne et d’essayer de le·la croiser de manière tout à fait inopinée pendant sa visite!

Il y aurait encore tant à dire sur ce lieu, mais je dois bien conclure cet article. Je pourrais évoquer le fait que les employés passant parfois Noël ou le Nouvel An sur la montagne, et que des événements sont organisés pour l’occasion. Il y a également chaque année un concours de photographie qui permet aux nombreux photographes parmi les employés de présenter leurs plus belles captures – souvent d’extraordinaires paysages ou clichés d’animaux sauvages dans ce pays si riche qu’est le Chili. Ou peut-être raconter que l’un de mes collègues pense avoir un soir croisé un fantôme dans les tunnels qui courent sous les télescopes. Je laisse ces informations à vos imaginations débordantes et j’espère qu’un jour Paranal sera plus qu’un décor de fiction mais en deviendra le sujet à part entière !

Si le sujet vous intéresse, n’hésitez pas à visiter le site de l’ESO:
https://www.eso.org/public/france/ ou leur compte instagram pour illuminer votre fil d’actualité de milles étoiles :
https://www.instagram.com/esoastronomy/

Pour suivre mes aventures au sein de l’observatoire et au Chili en général, vous pouvez aussi me suivre sur instagram :
https://www.instagram.com/celiaquincampoix/

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