Arts et Littérature

Le fabuleux récit des femmes : lire (ou relire) Carole Martinez

Posté par Ju le Zébu 30 juin 2020 0 commentaire

Peut-être avez-vous déjà lu les romans de Carole Martinez, ou peut-être pas et dans ce cas vous avez la très réjouissante perspective de pouvoir les découvrir ! L’autrice a publié à ce jour trois romans : Le cœur cousu (2007), Du domaine des Murmures (2011) et La Terre qui penche (2015). L’entrée de Carole Martinez sur la scène littéraire fut assez discrète mais son premier roman rencontra un grand succès dès sa sortie en librairie. Elle a remporté un certain nombres de prix et distinction pour ses romans.

D’une écriture chatoyante, Carole Martinez offre dans chacun de ses romans les récits de personnages féminins broyés par les structures patriarcales mais luttant pour s’en extraire et d’exister pour elles-mêmes, en tant qu’individues. Les trois romans se situent dans des périodes historiques différentes et posent ainsi, par le biais de la fiction, la question de la place des femmes dans l’Histoire. Écrite par les hommes, l’Histoire avec son grand « H » délaisse tout ce qui constitue la réalité des femmes. Carole Martinez s’attache à constituer dans ses romans d’autres voies (voix) pour transmettre leur fabuleux récit. Les fonds de casserole des cuisinières, les gestes des brodeuses ou les mains des conteuses deviennent les supports d’autres histoires.

« Écoutez mes sœurs !
Écoutez cette rumeur qui emplit la nuit !
Écoutez… le bruit des mères !
Écoutez-le couler en vous et croupir dans vos ventres, écoutez-le stagner dans ces ténèbres où naissent les mondes ! […] Par-delà le monde restreint de leur foyer, les femmes en ont surpris un autre.
Les petites portes des fourneaux, les bassines de bois, les trous des puits, les vieux citrons se sont ouverts sur un univers fabuleux qu’elles seules ont exploré.
Opposant à la réalité une résistance têtue, nos mères ont fini par courber la surface du monde du fond de leur cuisine.
Ce qui n’a jamais été écrit est féminin. »

Le coeur cousu, Carole Martinez

Le caractère merveilleux n’en supprime pas la souffrance ou la cruauté qu’ont dû subir (et que continuent à subir) les femmes.

Le cœur cousu (2007)

Il s’agit d’une épopée familiale, concentrée essentiellement sur les membres féminins de la famille Carasco, et plus particulièrement sur la mère, Frasquita. Cette dernière est inspirée de l’arrière-arrière-grand-mère de l’autrice. L’intrigue se déroule dans la seconde moitié du XIX e siècle, dans le sud de l’Espagne. Les femmes de la famille sont initiées à un rituel ancestrale au moment de leurs ménarches, c’est-à-dire de leurs premières menstruations. À l’issue de cette initiation, on leur confie une boîte qui, si elle résiste à la curiosité de l’ouvrir, contiendra un don merveilleux. Frasquita obtient une palette inouïe de bobines de fils qui lui permettra de broder son monde.

Du domaine des Murmures (2011)

Ce roman est le récit d’Esclarmonde, fille du seigneur des Murmures, qui, au XIIe siècle, pour échapper à ses noces et se consacrer à la prière, se tranche l’oreille. Avec sa dot, elle fait construire une chapelle et un minuscule réduit où elle se fera emmurer. Depuis sa cellule, la recluse observe le monde qui l’entoure et en devient une actrice puissante pendant un temps.

La Terre qui penche (2015)

La Terre qui penche conserve le même décor du domaine des Murmures, mais se déroule deux siècles plus tard pour raconter l’histoire de Blanche. La vieille âme qu’elle est devenue écoute la petite fille effrontée qu’elle a été lui raconter leur courte vie : la tyrannie du père, l’arrivée aux Murmures, l’apprentissage de la lecture… Mais aucune des deux narratrices ne se résout à raconter leur mort.

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