
L’ex-présidente du musée a de nouveau défendu son bilan devant la commission d’enquête parlementaire. Les députés, eux, veulent comprendre pourquoi la sécurité du plus grand musée du monde accuse un tel retard.
Une audition sous tension
Laurence des Cars était de retour à l’Assemblée nationale mardi, face à la commission d’enquête sur la protection du patrimoine et la sécurisation des musées. Cinq mois après le vol spectaculaire de bijoux dans la galerie Apollon, et quelques semaines après sa démission de la présidence du Louvre, l’ancienne dirigeante a tenu une ligne de défense assez claire : elle aurait été la première à reconnaître que tout n’allait pas bien dans l’institution. Sauf que pour les députés Alexis Corbière et Alexandre Portier, qui pilotent cette commission, le constat ne suffit pas. Ce qu’ils veulent savoir, c’est pourquoi la mise en sécurité du musée a pris autant de retard alors que les failles étaient identifiées depuis des années.
83 millions d’euros et un schéma directeur toujours dans les cartons
Le Louvre accuserait quinze à vingt ans de retard sur d’autres grands établissements comme le château de Versailles. Et ce n’est pas qu’une question d’argent, selon Alexandre Portier, qui pointe aussi un problème de prise de conscience. Laurence des Cars reconnaît que ses équipes ont sans doute péché par optimisme sur les délais, mais refuse de parler de vrai retard. Le schéma directeur de sécurité et de sûreté était encore en phase d’étude il y a quelques mois, alors qu’il devait intégrer la cybersûreté, un système d’hypervision vidéo et la refonte du poste de sécurité central. Sur le papier, 83 millions d’euros étaient prévus. Dans les faits, le budget a à peine été entamé au moment du vol d’octobre 2025.
L’ex-présidente rappelle quand même qu’elle avait limité la jauge quotidienne à 30 000 visiteurs après le Covid, soit 18 millions d’euros de recettes en moins. Visiblement, la décision ne lui avait pas valu que des amis du côté de Bercy.
Le problème dépasse largement le Louvre
Les députés ont élargi le débat à l’ensemble des musées français. Et là, le tableau n’est pas plus rassurant. La commission s’est rendue au musée du Hiéron à Paray-le-Monial et au Musée national Adrien-Dubouché à Limoges. Partout, les mêmes difficultés reviennent. Laurence des Cars elle-même admet que la menace évolue en permanence et que ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera plus dans deux ans. Le grand projet Louvre – Nouvelle Renaissance, monté avec Emmanuel Macron pour moderniser l’accueil et les infrastructures, reste un chantier au long cours. Son successeur Christophe Leribault hérite d’un dossier sécuritaire qui n’a jamais vraiment quitté la phase de planification.
On parle quand même d’un musée qui accueille des millions de visiteurs par an et dont le système de vidéosurveillance n’était toujours pas au niveau au moment du casse. Laurence des Cars a beau répéter qu’elle a lancé les choses, le schéma directeur de sécurité était encore dans les cartons quand elle est partie. Et la situation n’est pas propre au Louvre, les musées français dans leur ensemble semblent accuser un retard qui, sur le volet numérique, devient difficile à ignorer. On commence à connaître la chanson : des annonces, des budgets, des commissions, et au bout du compte, pas grand-chose qui bouge.





