Vous connaissez peut-être le procès de Bobigny sans vraiment le connaître. On en a tous entendu parler comme d'un symbole, un de ces moments qu'on range dans la case « avancée des droits » sans trop savoir ce qui s'est joué dans la salle d'audience. Le film de Lauriane Escaffre et Yvo Muller, sorti ce 4 novembre, prend justement le temps de rouvrir le dossier.
Nous sommes en novembre 1972. Marie-Claire Chevalier, seize ans, est jugée pour avoir avorté après un viol. Sa mère et trois autres femmes passent aussi devant le tribunal. Et au lieu de plaider l'indulgence, leur avocate Gisèle Halimi décide de retourner le procès contre la loi elle-même. Pas défendre l'accusée, attaquer le texte qui la met en accusation. L'idée est vertigineuse, et le film tient là-dessus.
Charlotte Gainsbourg joue Halimi avec une retenue qui fait du bien. Pas de grands effets de manche, une détermination froide qui laisse la parole aux témoins. Face à elle, Cécile de France campe la mère, Michèle Chevalier, et Grégory Gadebois complète un casting qui ne cherche jamais à tirer la couverture. Une heure quarante-deux, pas une minute de trop.
Alors oui, c'est un film de procès assez classique dans sa forme. On sent la reconstitution soignée, le découpage académique, ce côté un peu scolaire qui agace les uns et rassure les autres. La critique est d'ailleurs partagée là-dessus, certains lui reprochant de trop lisser son sujet. Présenté à Cannes cette année en séance spéciale, il assume ce format un peu sage.
Pour prolonger le film, le texte fondateur de Gisèle Halimi elle-même :
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Mais bon, la forme compte moins que ce qu'elle porte. Parce que le film n'invente rien, il restitue. Les vrais mots des plaidoiries, les vrais arguments, cette bascule où des femmes ont transformé leur propre procès en tribune. Et le voir aujourd'hui, alors que le droit à l'avortement recule dans plusieurs pays, ça donne au truc une résonance que les réalisateurs n'avaient sans doute pas prévue en lançant le projet.
Le petit regret, c'est que Marie-Claire elle-même, l'adolescente par qui tout arrive, reste un peu en retrait derrière les figures adultes. Le film porte son nom mais s'intéresse surtout à celles qui parlent pour elle.
Si vous aimez les films de prétoire qui font réfléchir sans vous prendre par la main, foncez. C'est juste, sobre et utile. Et par les temps qui courent, un rappel pareil ne fait pas de mal.
Crédit photo : Gaumont




